Muriel Mordant,
Employée service affrètement

Interview réalisée en novembre 2008

CTB Magemon est une société d’affrètement active principalement dans le domaine de la logistique et du transport routier et fluvial. Elle compte plusieurs implantations dans la région liégeoise ainsi qu’à Couillet et à Loën, à proximité de la frontière hollandaise. C’est sur le site de Seraing que nous avons rencontré Muriel Mordant, employée au service transport/affrètement depuis 1986.

Comment pourrait-on définir votre métier ?

Il s’agit de la recherche de sous-traitants qui peuvent effectuer une mission, soit parce que nous ne disposons pas du matériel nécessaire pour le faire, soit parce que nous avons un surcroît de travail. En tous cas, l’objectif est de faire effectuer cette opération avec une marge bénéficiaire. Avant, les modes de transport existaient séparément tandis qu’aujourd’hui on a de plus en plus souvent recours au multimodal. Donc, nous nous devons d’envisager, d’utiliser et, si besoin est, de combiner toutes les solutions à notre disposition. Au départ, nous sommes une société de services, notre rôle consiste donc à rendre le meilleur service au meilleurrapport qualité/prix.

Quelles sont les qualités indispensables pour exercer cette profession ?

La connaissance des langues étrangères, le sens du contact, l’esprit d’équipe et faire preuve de calme et d’opiniâtreté. Mais il faut également être flexible, résistant au stress, savoir travailler dans l’urgence et être imaginatif pour trouver des solutions aux problèmes qui sont posés et rencontrer les desiderata du client. Le sens de la psychologie est aussi fort utile. En effet, il est indispensable de déterminer les potentialités des personnes avec qui on est amené à travailler pour en retirer le meilleur. Cela permet d’assurer un service impeccable tout en restant compétitif. Par exemple, lorsqu’on a des confrères spécialisés sur une destination, il ne faut pas hésiter à les appeler. L’expérience permet, certes, de porter son choix de façon rapide sur un transporteur mais il ne faut jamais omettre de comparer le prix remis par ce dernier avec les offres reçues de la part d’autres transporteurs. Pour les qualités de savoir-faire, la maitrise de l’outil informatique est indispensable ainsi que des capacités administratives. La connaissance d’Internet aussi et plus particulièrement Outlook (messagerie) sont également un atout. On peut ainsi trier les demandes et retenir les bonnes adresses mails ou sites internet afin de gagner du tempsdans la recherche d’un transporteur.

Et concernant la connaissance des langues ?

La connaissance des langues constitue un atout essentiel. Et la volonté de se former, de compléter ou de parfaire ses connaissances de départ sont un plus. Outre la connaissance de l’anglais, le néerlandais est nécessaire car il est utilisé par de nombreux bateliers. L’allemand est, quant à lui, utilisé par une partie des transporteurs de l’Est. La connaissance de l’espagnol peut également servir. Enfin, dans un avenir proche, la connaissancedu chinois sera également importante.

Quels avantages et inconvénients comporte cette profession ?

Ce métier est fort prenant et enrichissant. L’avantage, c’est qu’on bouge tout le temps. Les contacts sont multiples. Le travail est quant à lui fort diversifié. La législation en matière de transports évolue constamment, de même que la mécanisation. La mondialisation du commerce et le recours à la multimodalité sont également des facteurs qui impliquent une remise à niveau de vos connaissances. Donc, être prêt à suivre ces formations est indispensable. L’inconvénient principal est lié au stress. On travaille perpétuellement dans l’urgence. Le client ne constitue plus des stocks comme par le passé, on est souvent amené à le dépanner en dernière minute avec tout le surcroît de travail et le stress que cela génère. La demande de livraisons just in time est aussi de plus en plus présente. Par conséquent, la rapidité de réaction fait aussi partie des qualités inhérentes à l’exercice de ce métier. Par ailleurs, nous sommes l’interface entre l’amont et l’aval. On est une sorte d’entonnoir qui doit pouvoir absorber et satisfaire les demandes des uns et des autres, ce qui n’est pas souvent facile. C’est un milieu un peu misogyne et, même si les moeurs sont en train d’évoluer, à certains moments il faut savoir faire preuve d’une bonne dose d’humour. Cela dit, il est tout à fait possible pour une femme depouvoir évoluer dans ce milieu.

Qu’est-ce qui vous plaît dans ce métier ? Qu’est-ce qui en fait l’attrait ?

Le principal attrait de ce métier est qu’il vous permet d’évoluer et de vous réaliser dans un monde qui bouge. Cette profession vous permet également d’avoir de nombreux contacts, que ce soit avec des donneurs d’ordres ou avec des sous-traitants. Le sentiment d’avoir à relever un nouveau challenge est aussi quelque chose de valorisant. A la base, je suis professeur de langues. Etant donné que je ne trouvais pas d’emploi dans l’enseignement, je suis entrée chez CTB Magemon où la Direction m’a permis au fil des années d’acquérir de nouvelles compétences. J’ai notamment eu la possibilité de suivre diverses formations informatiques (Excel, Outlook…), ainsi qu’une formation de base de conseiller en sécurité. J’ai également suivi les cours et obtenu la compétence professionnelle en transport pour compte de tiers. D’un point de vue personnel,j’apprécie particulièrement cette possibilité d’acquérir de nouveaux savoirs.

Comment la profession d’affréteur a-t-elle évolué ces dernières années ?

Au cours de ces dernières années, les choses ont évolué très rapidement. Actuellement, les usines travaillent de plus en plus souvent en flux tendu, ce qui implique une rapidité de réponse accrue pour l’affréteur de façon à satisfaire son donneur d’ordre. L’apparition sur le marché de sociétés de transports de l’ancien bloc de l’Est suite à la chute du mur de Berlin est également un paramètre dont les affréteurs doivent tenir compte. La possibilité d’effectuer un transport combiné est une solution que l’affréteur se doit maintenant d’envisager si nécessaire. En effet, le recours à la voie d’eau comme mode de transport a pris de plus en plus d’importance suite notamment à l’engorgement du réseau routier. Le développement du transport par conteneurs est une autre tendance actuelle. Ces nouvelles voies de communication impliquent pour l’affréteur l’utilisation d’autres technologies et la recherche de nouveaux partenaires.

Selon vous, le réseau des voies navigables est-il suffisamment utilisé pour le transport de marchandises ?

Non, je pense qu’il pourrait l’être encore davantage

Que souhaiteriez-vous dire à un jeune qui se montrerait intéressé par la profession d’affréteur ?

C’est un métier passionnant qui permet d’avoir de nombreux contacts. Loin du train-train quotidien, il offre chaque jour des défis à relever.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.