Nadège Pineau,
Soigneuse au Centre de revalidation de la Ligue royale belge pour la protection des oiseaux (LRBPO) à Bruxelles

Interview réalisée en avril 2015  —  Interview 1207

Quel est votre parcours?

Il est assez atypique car je n’ai pas du tout suivi de formation en biologie ou en tant que soigneuse. A la base, je suis intermittente du spectacle. Comme il n’était pas facile de trouver du travail régulièrement dans ce milieu, j’ai décidé de changer de voie et j’ai travaillé pendant 2 ans en tant que bénévole dans le centre de revalidation où je travaille actuellement. J’ai donc appris mon métier sur le tas. Quand le soigneur du centre est parti, on m’a proposé le poste.

En quoi consiste concrètement votre travail?

Je m’occupe de la gestion du centre, du nettoyage, du nourrissage et des soins aux animaux. Il y a d’une part leur accueil et les démarches qui y sont liées, et d’autre par les « lâchers ». Je gère aussi l’équipe de bénévoles qui travaillent chez nous. Enfin, je suis les directives de la vétérinaire (bénévole) qui vient au centre une fois par semaine et qui pose les diagnostics, prescrit les médicaments et les soins à effectuer. 

Quels sont les animaux que vous accueillez le plus fréquemment ?

Il s’agit de la faune sauvage que l’on retrouve en ville : renards, hérissons, écureuils, rapaces (surtout chouettes hulottes), pigeons, merles, etc. La majorité d’entre eux sont amenés par des particuliers qui les ont trouvés. Quand il s’agit d’animaux plus dangereux comme des rapaces, nous allons les chercher nous-mêmes.

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans l’exercice de votre métier ?

Les animaux que nous soignons sont sauvages et donc, potentiellement dangereux. Il ne faut pas avoir peur mais il faut être prudent car on ne connait jamais leurs réactions.

Nous devons aussi faire face à de nombreux décès parmi eux et donc, il ne faut pas trop s’investir émotionnellement.

Comment se déroulent les « lâchers » ? Y a-t-il une procédure spécifique à suivre ? Un suivi assuré ?

La procédure est différente selon les espèces mais nous ne relâchons l’animal que lorsque nous sommes certains qu’il est apte.

Il est par contre difficile d’assurer un suivi, sauf parfois pour les oiseaux que nous faisons baguer par le Musée des Sciences naturelles.

Nous avons reçu récemment des nouvelles d’un faucon pèlerin que nous avions soigné l’année dernière et qui est en train de couver 4 œufs ! Ce genre de nouvelle constitue une satisfaction pour nous.

Quels sont les principaux dangers auxquels les animaux sont confrontés ?

Dans un environnement urbain, il y a bien évidemment le trafic routier, les chats (qui sont de grands prédateurs), les vitres des buildings que les oiseaux migrateurs ne voient pas, les câbles électriques…

Quelles sont, selon vous, les qualités et compétences essentielles à posséder pour travailler en tant que soigneur ?

Il faut être doté d’une bonne force physique et être bricoleur pour pouvoir construire des éléments adaptés comme des perchoirs, par exemple. Il faut être investi, ne pas avoir peur de travailler plus que nécessaire car nous pouvons être appelés à toute heure du jour ou de la nuit. On fait ce métier par passion et pas pour la rémunération !

Il faut aussi bien entendu aimer les animaux mais en gardant une approche scientifique du travail avec eux. Ne pas s’attacher, s’émouvoir facilement puisque certains décèdent et d’autres sont très vite relâchés. 

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.