Nathalie Ryckewaert,
Secrétaire de rédaction

Interview réalisée en janvier 2009

Nathalie Ryckewaert est secrétaire de rédaction depuis 8 ans du journal C4 (D’une certaine gaieté asbl)

En quoi consiste votre activité au quotidien ?

Comme secrétaire de rédaction, je suis l’interface entre la direction et les journalistes. Je les contacte pour les prévenir de la tenue des réunions de rédaction. Je prends note et je retranscris les procès-verbaux de ces réunions et je les transmets aux journalistes. Je coordonne la répartition des articles, les échéances. Je contacte les rédacteurs pour
leur rappeler ces délais. Je réceptionne tous les articles, je les relis, je les corrige.

Ensuite, je travaille avec le metteur en page. Je lui transmets les textes et je lui donne les indications nécessaires, par exemple s’il faut ajouter des encarts, des tableaux ou mettre un point ou l’autre en exergue. Petit à petit, je me suis spécialisée dans les relations de l’asbl d’Une certaine gaieté avec les pouvoirs subsidiants comme la Communauté
française. Je suis la personne de contact, je rédige les rapports d’activités et les dossiers de demande de subsides.

Je m’occupe aussi de la comptabilité. Ma collègue se charge de l’encodage et moi, de l’aspect relatif au droit social. Nous engageons souvent des collaborateurs occasionnels. Je dois donc trouver un moyen de les payer qui soit assez intéressant financièrement pour eux sans que cela ne nous coûte trop cher en charges sociales tout en restant dans la légalité. Les personnes se tournent vers moi et je négocie la formule de paiement avec eux. Je suis également chargée du suivi de la trésorerie et je finalise la comptabilité avant que le bilan ne soit mis en forme. Je suis aussi responsable de la rédaction de textes de fond en vue de présenter un nouveau projet à la presse, par exemple. Je l’écris ou je retravaille le premier jet d’un journaliste.

Quelles sont les qualités nécessaires pour exercer votre profession ?

Il faut être très polyvalent, être capable d’apprendre, vouloir se remettre à jour sans arrêt, et ne pas avoir peur de se lancer dans l’inconnu. Par exemple, je ne connaissais rien à la comptabilité et j’avais un peu peur de m’en occuper au début, mais maintenant, je jongle avec les chiffres assez facilement. Finalement, c’est un atout puisque, si je voulais changer de poste, le fait d’avoir des capacités de rédaction et de comptabilité m’avantagerait sur le marché de l’emploi et m’ouvrirait différentes perspectives. Il faut une bonne capacité d’organisation, pouvoir travailler sur plusieurs choses en même temps, passer de l’une à l’autre sans s’emmêler les pinceaux.

Quels sont les avantages et inconvénients de votre métier ?

C’est un travail intéressant, pas monotone, en prise avec les réalités socio-politiques. Ce métier me permet aussi de rencontrer du monde, de créer des connexions, des réseaux… Le grand désavantage, c’est l’investissement énorme et l’impossibilité de récupérer les heures prestées, ce qui est parfois difficilement compatible avec la vie familiale. Il y a des moments où je suis épuisée et démotivée. Je trouve qu’il devrait être possible de prévoir davantage de pauses, de moments pour se ressourcer avant de rebondir sur un autre projet.

Quel est l’horaire de travail ?

Officiellement, je travaille de 9h à 17h mais, en réalité, nous avons souvent des réunions le soir et des activités le week-end. Je preste donc rarement une semaine de 38h et, vu que nous sommes peu nombreux et qu’il y a tout le temps du travail, il n’est pas toujours facile de récupérer les heures supplémentaires.

Quelles études avez-vous suivies pour accéder à votre profession ?

Je suis romaniste et j’ai fait une petite formation en bureautique.

Quel a été votre parcours professionnel ?

J’ai commencé en 1998 pour le « Le cirque divers », ancien nom de l’asbl d’éducation permanente « D’une certaine gaité », pendant un an. J’ai ensuite continué à y travailler bénévolement, puis j’ai eu d’autres emplois avant d’être engagée comme secrétaire de rédaction de C4 en 2001. Depuis, j’ai acquis d’autres responsabilités, mais je suis toujours
secrétaire de rédaction.

Pourquoi avez-vous choisi ce métier ?

A la fin de mes études en langues et littératures romanes, je n’avais pas trop envie d’enseigner. J’ai un travail lié à la rédaction, ce que j’aime et que je fais avec plus ou moins de facilité.

Que diriez-vous à un jeune qui souhaite se lancer dans cette voie ?

Il faut savoir où on veut mettre les pieds. Travailler pour un magazine sociétal ou féminin ou dans la presse quotidienne n’implique ni le même genre de travail, ni les mêmes positions, ni les mêmes valeurs. Il est important d’être conscient de cela au départ. Il faut aussi savoir que ce n’est pas le genre de boulot qu’on laisse derrière soi en quittant le bureau. C’est un truc qui vit en toi tout le temps, cela demande de l’énergie, il faut pouvoir le supporter et en avoir envie.

Avez-vous une anecdote à raconter ?

Mon anecdote n’est qu’à moitié drôle et illustre bien le fait qu’être secrétaire de rédaction ne se résume pas à relire des articles pour en corriger la forme. Il faut être au courant de chaque sujet traité pour éviter de faire des erreurs qui peuvent avoir des répercussions assez importantes. Lorsque j’ai commencé à travailler pour C4, il y avait une rubrique intitulée « le décret au concret ». Chaque mois, nous illustrions un décret de la Région wallonne à partir du travail concret d’une association ou d’une institution pour expliquer le texte de loi autrement qu’en termes juridico-institutionnels.
Il s’agissait d’un décret relatif aux plannings familiaux. La journaliste chargée d’aller sur le terrain n’était pas bien informée. Elle s’était rendue dans un planning catholique qui militait contre l’avortement. Les personnes rencontrées avaient omis de parler de leur position à ce sujet lors de l’interview. Ils avaient simplement décrit leurs activités quotidiennes. Je débutais, je ne connaissais pas ce planning, je n’ai donc rien remarqué en relisant l’article. La sortie du journal a provoqué un tollé incroyable. Nous avons eu les autres plannings familiaux et les féministes sur le dos ! Nous nous sommes excusés, nous avons ajouté un erratum au numéro suivant. Nous avons aussi rédigé un autre article pour expliquer ce qu’était et cachait ce planning familial.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.