Nicolas de Menten,
Ingénieur agronome en production végétale

Interview réalisée en avril 2011

Nicolas de Menten, 30 ans, Ingénieur agronome en production végétale, Viridaxis.

En quoi consiste votre activité au quotidien ?

Viridaxis est une société qui œuvre dans la production d’insectes autochtones dans le but d’offrir aux agriculteurs une alternative aux pesticides souvent utilisés dans les cultures pour la lutte contre les pucerons dans les cultures. J’y suis directeur Recherche et Développement et conseiller technique et scientifique auprès des agriculteurs ou des autres centres de recherches qui font des essais avec nos produits. Notre activité principale est la production de parasitoïdes de pucerons dits « auxiliaires de culture ». Cela ressemble à une micro-guêpe mais inoffensive pour l’homme. L’objectif est d’arriver à un produit alternatif, plus efficace ou au moins tout autant que le produit phytopharmaceutique classique mais plus facile à utiliser pour les agriculteurs. Au quotidien, il y a trois parties à mon travail qui se répartissent plus ou moins de manière égale : le travail de laboratoire, le travail de terrain et le management de l’équipe. Cependant, certaines périodes sont plus intenses que d’autres, la culture des fraises par exemple. On est alors dans les champs 3 jours par semaine et ce, de février à juin. La saison basse, il y a davantage de travail en laboratoire.

Le travail en laboratoire se centre sur la recherche et le suivi d'expériences pour trouver les meilleures conditions de production. La production est, dans un premier temps, réalisée en petite quantité pour la recherche et le développement et, ensuite, en production industrielle lorsque le produit tient la route. Il y a également la surveillance des logettes où la production des insectes se réalise. Il faut les maintenir à une certaine température.

Le travail de terrain (le suivi aux champs) vise la rencontre des agriculteurs et poursuit deux objectifs. Premièrement, discuter avec eux pour voir comment cela se passe et quelles sont leurs remarques. Deuxièmement, observer les cultures : se mettre à quatre pattes dans les champs de fraises pour voir comment le produit évolue. 

La troisième partie c’est le management de mon équipe ainsi que le développement de l’aspect international : aller voir les clients potentiels, leur expliquer comment cela fonctionne, organiser des formations pour leur techniciens… Les voyages représentent +/- 30 % de mon temps de travail.

Quelles sont les qualités nécessaires pour exercer votre profession ?

Le travail en laboratoire est très scientifique, cela demande de la rigueur et de la précision, d’être consciencieux et de suivre attentivement tout ce qui se passe. Il faut être très attentif et très observateur, le moindre détail a de l’importance. Il y a certainement une bonne dose de feeling à avoir mais cela vient avec l’expérience. Pour le travail de terrain, il est important de pouvoir communiquer avec tout le monde : le client, l’agriculteur, l’équipe, les techniciens de terrain. Il faut s’adapter à toutes les audiences rapidement et facilement afin de créer des liens de confiance, un peu de charisme peut alors être utile. J’ajouterai que la connaissance des langues est un réel atout. Par exemple, dans mon cas, grâce à ma connaissance de l’espagnol, nous avons pu élargir notre clientèle au marché hispanique. Le management de l’équipe nécessite également de l’écoute et de la disponibilité pour que chacun se sente important et utile.

Quels sont les avantages et les inconvénients de votre métier ?

L’avantage principal c’est que le travail est très varié : laboratoire, visite des champs, travail de bureau, participation à des conférences, voyages… L’aspect relationnel est également un avantage : on est en contact avec l’équipe de toute la « chaîne », on suit le produit depuis sa production jusqu’à son utilisation par les agriculteurs sur le terrain. J’aime aussi l’idée de participer à construire un monde « meilleur ». L’inconvénient principal c’est de travailler avec du vivant, il est donc difficile de prévoir et on ne sait pas toujours expliquer pourquoi la production s’écroule. Ce qui m’amène à parler du deuxième inconvénient : comme on travaille avec du vivant, c’est une surveillance 24h/24 et 7j/7, avec des relais bien évidemment.

Quel est l’horaire de travail ?

Théoriquement, c’est un 8h-16h (généralement, ce sont les ouvriers de la société qui suivent cet horaire) à cela s’ajoutent les heures supplémentaires en fonction des besoins et de la saison. Par exemple, lorsqu’on est de garde, on doit être joignable 24h/24. Ainsi, il se peut qu’un cultivateur nous appelle le soir ou le week-end pour un souci avec sa culture, qu’on doive l’aider et, si besoin, se rendre sur place. 

Quelles études avez-vous faites pour accéder à votre profession ?

Après une 6ème secondaire en math-chimie-anglais, j’ai refait une 2ème rhéto au Canada, principalement pour apprendre les langues. Ensuite, j’ai fait les candidatures en Ingénieur agronome et la licence en orientation chimie et bioindustrie en Belgique. J’ai ensuite refait une 4ème, une 5ème et le mémoire en Espagne, toujours dans la protection des cultures. 

Quel a été votre parcours professionnel ?

Il est très court car après mes études, j’ai directement été engagé par Viridaxis en tant que directeur « Recherche et Développement » mais j’ai d’abord un peu travaillé en production pour bien comprendre les « process ». L’objectif de ma fonction étant l’amélioration des méthodes de production, j’étais content de m’offrir un an d’expérience dans ce service. 

Pourquoi avez-vous choisi ce métier ?

Il y a toujours l’idéal qui va avec la lutte biologique et la lutte intégrée, le fait de pouvoir se dire qu’on fait quelque chose de bien pour la planète, la culture, les gens en général. J’ai toujours été passionné par la protection des cultures et l’entomologie et comme il n’y a pas beaucoup de sociétés dans ce domaine, je savais où je voulais postuler et j’ai eu de la chance car j’ai été pris. 

Que diriez-vous à un jeune qui souhaite se lancer dans cette voie ?

Je dirais que cette voie-là exactement n’est pas évidente car justement, il y a peu de sociétés dans le domaine mais il y a moyen d’y arriver autrement ! Le jeune pourrait d’abord se tourner soit vers des cultivateurs intéressés par ce genre de production, soit vers la recherche fondamentale. Il faut être persévérant et patient car cela paye toujours à un moment donné. Je pense qu’il est important aussi de cumuler les stages et les expériences professionnelles, on apprend beaucoup de cette manière-là car durant les études, il manque l’aspect technique et relationnel du métier.

Avez-vous une anecdote à raconter ?

Dans le cadre des activités de développement du produit à l’étranger, on devait aller voir un client danois et juste avant de s’envoler, on le contacte pour être certain que tout soit en ordre de son côté. Il nous dit alors qu’il est impossible de venir sur place car la météo annonce une énorme tempête de neige et donc que c’est trop dangereux. Nous avons quand même pris l’avion et de tout le séjour, il n’y a pas eu un flocon de neige… Le directeur avait tout simplement oublié notre arrivée et avait déjà organisé toute sa semaine sans nous ! Comme quoi, la persévérance paye toujours !

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.