Nicolas Jacqmin,
Architecte de jardins

Interview réalisée en avril 2011

Nicolas Jacqmin, 36 ans, Architecte de jardins indépendant depuis 1998.

En quoi consiste votre activité au quotidien ?

J’ai 85% de clients privés pour lesquels je fais de la création de jardins. Les 15% restants, ce sont des travaux publics via des appels d’offres pour des communes ou des institutions publiques. 
Les clients privés font généralement appel à moi via mon site ou via le bouche à oreille. Ils m’appellent parce qu’ils ont un jardin et voudraient le réaménager. Je vais alors sur place, je rencontre la personne et j’écoute ses souhaits. J’essaye de lire entre les lignes et de voir comment elle vit : ce dont elle a besoin, est-ce qu’il y a des enfants, est-ce qu’elle aime les jardins, est-ce un lieu de vie ou un décor… Je retranscris toutes ces observations dans un projet d’aménagement de jardins et je lui remets une offre. Si l’offre est acceptée, je reviens une 2ème fois pour les mesures. Je fais alors un avant-projet qui comporte un plan de composition du jardin entier avec tous les éléments que j’imagine. Le client est libre d’y amener des modifications. Ensuite, je réalise le plan d’implantation qui reprend les matériaux, les cotes, le carnet des plantations et l’éclairage dans chaque zone, le métré estimatif... Le client a alors en main une étude de son jardin qui lui permet de réaliser le projet petit à petit ou d’un seul coup. Avec ce plan et ce projet, il est libre de choisir de travailler seul et de s’occuper lui-même des contacts avec les entrepreneurs et du suivi de chantier. Dans ce cas, ma mission s’arrête là. S’il souhaite que je fasse le suivi, j’établis un cahier des charges, je fais un appel d’offre, on choisit ensemble l’entrepreneur, j’assure le suivi du chantier et je vérifie que tout soit fait correctement comme on l’avait imaginé.
Les travaux publics et les appels d’offres suivent une procédure beaucoup plus longue et beaucoup plus règlementée. On y répond avec des confrères lorsqu’un projet est intéressant et en vaut la peine mais c’est très ponctuel. 

Quelles sont les qualités nécessaires pour exercer votre profession ?

Il faut avoir de la créativité, rester ouvert et être curieux. Il est essentiel d’écouter le client pour cerner ce qu’il veut car il n’arrive pas toujours à exprimer son souhait. Il faut avoir les pieds sur terre et proposer des projets réalisables tout en restant innovant et créatif. Les qualités artistiques ne sont pas vraiment essentielles. Maintenant, tout est informatisé. La seule chose qu’on fait encore c’est crayonner pour faire le projet et puis on retranscrit sur ordinateur. Des notions de calcul des surfaces et des longueurs sont nécessaires. J’ajouterais qu’il faut avoir un côté commercial afin de convaincre le client, savoir le faire rêver et le projeter dans son jardin futur. 

Quels sont les avantages et les inconvénients de votre métier ?

Les avantages, j’en vois beaucoup. C’est un métier qui évolue tout le temps, il y a souvent des nouveautés dans les produits et les outils de travail. Les demandes des clients évoluent beaucoup, c’est chaque fois un nouveau défi. On est souvent dans cette dynamique du « beau » car les gens font appel à nous pour se faire plaisir et pour avoir quelque chose d’esthétique. Le fait d’être indépendant permet de gérer son temps et son travail comme on le souhaite, c’est très confortable. C’est aussi très valorisant et agréable de voir le résultat de ce qu’on a dessiné sur papier. 
L’inconvénient principal que je vois, c’est que certains clients sont très exigeants et envahissants mais ça, chacun le gère comme il le veut, il suffit de couper son téléphone quand on ne souhaite pas être dérangé. Il faut savoir mettre une limite entre sa vie professionnelle et sa vie privée. Dans les appels d’offres pour les travaux publics, il y a des contraintes politiques et budgétaires qu’on ne maitrise pas toujours et c’est très frustrant. 

Quel est l’horaire de travail ?

Je travaille une dizaine d’heures par jour. Je commence vers 7h30 et jusqu’à 17h ou 18h mais cela dépend des jours. Il y a souvent des rendez-vous en soirée à 19h ou 20h pour rencontrer un client. Mais à nouveau, chacun est libre d’organiser ses rendez-vous à sa guise, moi par exemple, je ne travaille jamais le week end car je suis avec ma famille. 

Quelles études avez-vous faites pour accéder à votre profession ?

Après mes études secondaires générales, j’ai réussi un graduat en architecte de jardins à l’Institut Arthur Haulot à Bruxelles, à l’époque il n’y avait pas encore le type long. Je ne suis pas de formations continues car je ne prends pas le temps mais par contre, je m’intéresse beaucoup et me tiens à jour des nouveautés, je vais voir des salons, je lis des bouquins et je m’inspire des créations que je vois. 

Quel a été votre parcours professionnel ?

Après mes études supérieures, j’ai directement travaillé dans un grand bureau paysagiste à Bruxelles pendant un an, déjà en tant qu’indépendant. J’ai appris beaucoup de choses, j’ai travaillé en équipe sur d’importants projets et cela m’a permis de faire mes armes et de rentrer directement dans la vie active. J’ai ensuite travaillé pendant deux ans dans un petit bureau de création de jardins privés et en même temps, j’ai commencé à développer ma clientèle privée en allant dans les foires et en tenant des stands. C’est comme ça que j’ai commencé. Pendant 4 ans, j’ai fait des salons où je présentais au public des projets imaginaires car je n’avais encore rien fait ! Il faut alors convaincre le client et y aller au culot, c’est comme ça qu’on a un premier client et puis un second et puis, c’est parti… Le fait de développer un site Internet apporte beaucoup de clientèle, c’est capital d’en avoir un !

Pourquoi avez-vous choisi ce métier ?

Par pur hasard… Un ami m’en avait parlé, je ne connaissais pas ce métier. Je me suis renseigné, j’ai été voir les programmes des cours et ça m’intéressait pas mal. Je me suis très vite projeté dans ce métier et ça me plaisait. Mais à la base, je savais que je voulais quelque chose de créatif, j’avais commencé par la publicité en communication mais ce monde-là ne me convenait pas. 

Que diriez-vous à un jeune qui souhaite se lancer dans cette voie ?

Que c’est une très bonne idée mais qu’il doit être curieux et, avant de se lancer, passer une année dans un bureau qui lui permettra d’apprendre certaines choses qu’on n’apprend pas à l’école. Et pour se lancer, il faut oser, faire du démarchage, mouiller sa chemise. Au départ, on rame énormément mais il faut s’accrocher et si on tient le coup et que ça marche, ça devient confortable et très agréable ! On en vit bien. 

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.