Olivier Abrassart,
Directeur de production

Interview réalisée en septembre 2013

Pourriez-vous retracer votre parcours scolaire, professionnel ?


Féru de sciences et de mathématiques durant mes années d’enseignement secondaire, c’est une professeure de français qui m’a fait découvrir en rhéto la littérature, et plus particulièrement la philosophie. Par passion, j’ai renoncé à mon projet d’entamer des études d’ingénieur civil pour m’inscrire en Philosophie et Lettres. 

Lors de ma licence en Communication, je devais effectuer un stage d’une durée de 4 semaines dans une institution ou une société en rapport avec le cinéma. J’ai choisi d’effectuer ce stage dans une petite maison de production de films documentaires (Latitudes Productions) basée à Liège. Le premier jour de mon stage, j’ai eu l’occasion de rencontrer Alain Marcoen (directeur photo des frères Dardenne) qui venait proposer au producteur de réaliser un documentaire visant à faire le portrait des derniers combattants de la guerre de 14 encore en vie. Nous étions en 1998 et le plus jeune ancien combattant avait 98 ans ! 
J’étais chargé d’aider Alain Marcoen dans la prise de contact avec ces personnes et de l’aider dans la préparation du tournage. Etant donné l’âge avancé de nos protagonistes, nous n’avons pas pu attendre les financements et avons débuté ce projet avec des moyens très réduits. Sous la conduite d’Alain, j’ai du remplir les fonctions d’assistant réalisateur, de directeur de production, de régisseur, d’électricien, de machiniste…
Ce manque de moyens et les nombreuses heures passées en voiture m’ont permis d’apprendre beaucoup de choses sur le cinéma et ses métiers.
Faire du cinéma ou mieux « aider à faire du cinéma » est devenu ma passion.
J’ai ensuite évolué pendant plus de dix ans vers des films plus conséquents et des fonctions avec plus de responsabilités.


Pourquoi avez-vous choisi de travailler dans ce domaine ? Qu’est-ce qui vous a attiré ?


C’est essentiellement l’attrait de l’humain qui me plaît dans ce métier. 
Sur le fond, qu’il s’agisse de documentaire ou de fiction, nous nous intéressons à l’existence humaine (réelle ou imaginaire) et tentons de la saisir dans ses différentes facettes, dans ses joies et dans ses peines, dans sa grandeur et dans ses bassesses.
Ensuite, cela demande un très grand travail d’équipe et une coordination sans failles que le grand public n’imagine pas. En tant que directeur de production, nous sommes responsables de la fabrication du film, tant du point de vue organisationnel que financier.


Quels sont les différents projets sur lesquels vous travaillez ? 


Les projets sur lesquels nous travaillons sont toujours différents car chaque film est différent. Il s’agit à chaque fois de produire un prototype. Il faut s’adapter. Trouver la meilleure façon de fabriquer le film. Mobiliser les moyens et les techniciens les plus adéquats.

Je viens de terminer deux longs métrages comme consultant administratif et comptable. Je m’apprête à reprendre mes cours de direction de production à l’IAD et je prépare un repérage au Japon prévu début novembre en vue d’un tournage le printemps prochain.


En quoi consiste le métier de directeur de production ? Les différentes étapes de travail ?


Le directeur de production est le responsable de la préparation et du tournage du film d’un point de vue organisationnel et d’un point de vue financier. Nous devons veiller à la fabrication du film dans le respect du budget établi.
Nous intervenons à différent moments du processus de production d’un film :
1. Développement
Une fois le scénario jugé satisfaisant par le producteur, nous calculons le coût de fabrication du film en tenant compte des ambitions de production (notamment en matière de casting), des souhaits du réalisateur et des contraintes de financement liées à la coproduction.
Sur base de cette première estimation, le producteur pourra entamer sa recherche de financement qui peut durer plusieurs mois, voire plusieures années.
2. Tournage (préparation et tournage)
Une fois la recherche de financement clôturée, nous retravaillons le devis sur base du financement trouvé et voyons si le film est faisable en l’état ou si le scénario ou les ambitions doivent être revus.
Nous entamons ensuite la préparation du film (casting, recherche des lieux, recrutement des techniciens, préparation des décors, des costumes…), pour finalement commencer le tournage.
Durant cette étape, le directeur de production est comme un « chef de chantier ». Il veille à la bonne organisation et au respect des budgets.
3. Postproduction
Après le tournage, c’est généralement un directeur de postproduction qui supervise le montage et les finitions sonores du film.

Vous êtes également producteur exécutif. Pouvez-vous nous parler de cette autre fonction ?


En Belgique, le producteur exécutif est la personne qui supervise le travail du directeur de production. Si ce dernier est surtout présent durant la phase de tournage, le producteur exécutif est présent tout au long du processus de fabrication du film. Il est également en lien plus direct avec les financiers et veille au respect des contraintes imposées par les financiers du film. 
Ensuite, il doit s’occuper du cash flow du film et conclure des crédits relais avec les banques sur base d’un échéancier de dépenses. En d’autres mots, il doit veiller à ce que le directeur de production dispose de l’argent dont il a besoin au fur-et-à-mesure de la préparation et du tournage du film. 
Enfin, il arrive souvent que le producteur exécutif négocie les rôles principaux du film très en amont de la préparation.

Abordez-vous votre travail différemment selon que le projet soit destiné au cinéma ou à la télévision, par exemple ? Quelles sont les différences fondamentales ?


Sauf quelques exceptions, j’ai le sentiment qu’il y a de moins en moins de différences entre le long métrage de cinéma et le téléfilm. Tenant compte de l’évolution des coûts, les budgets de long métrage « diminuent ». Et la qualité du téléfilm et plus généralement de la fiction télévisuelle est en amélioration constante ces dernières années. Voyez par exemple la qualité des séries américaines mais également danoises ou anglaises.
Pour résumer à gros traits, je dirais que la télévision nous demande toujours de faire aussi bien mais avec moins de moyens. Cette logique a ses limites sous peine de ne pas pouvoir concurrencer les séries précitées. N’oublions pas que le téléspectateur a un choix très vaste. Sans parler de la concurrence d’Internet et des médias sociaux. Nous vivons une période de bouleversements.

Est-ce un travail d’équipe ?


Très certainement. Une équipe de cinéma comporte de 40 à 150 personnes. 
Je dis à mes étudiants à l’IAD : « Si vous n’aimez pas le travail d’équipe et communiquer, faites de la sculpture dans votre salon. Personne ne vous en voudra » ?
Sur les coproductions européennes, il arrive parfois d’avoir un plateau avec 3 voire 4 nationalités différentes. Des compétences de communication et la maîtrise de l’anglais sont indispensables.

Selon vous, quelles sont les compétences et qualités à posséder si l’on veut devenir directeur de production ?


Qualités : persévérance, rigueur, anticipation, communication et patience
Compétences : bonne connaissance des métiers du cinéma, des outils informatiques, des notions de droit, de comptabilité et de finance.

Qu’est-ce que vous appréciez le plus et le moins dans votre travail ?


Le plus : les contacts humains. Réunir une équipe de personnes qui travailleront dans un même but pendant quatre mois.
Le moins : du fait du stress, des horaires, de l’argent… certains perdent le sens de la réalité et de la mesure des choses. Ce n’est que du cinéma après tout…

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui souhaiterait se lancer ?

La règle des 3 T : travail, travail et travail. Se montrer disponible et fiable
Même dans les boulots les plus ingrats, on apprend. On accumule un capital d’expérience qui servira un jour ou l’autre. C’est un métier d’acharnés. On pourrait dire que c’est un sport de marathoniens, pas de sprinters.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.