Olivier Schrevens,
Expert en bureau d'études

Interview réalisée en juin 2009

La société Prayon, située à Engis (Liège), fabrique une très large gamme de produits phosphatés et fluorés. Ils sont utilisés comme matière première dans de nombreux domaines de la vie quotidienne (applications alimentaires et industrielles, fertilisants, pâtes dentifrices, produits pharmaceutiques…). Agé de 32 ans, Olivier Schrevens est employé par Prayon depuis 2001. Il évoque pour nous la profession d’expert en bureau d’études.

Quelle est votre formation, votre parcours professionnel ?

J’ai une formation d’ingénieur civil en chimie, avec un diplôme complémentaire en finance et gestion. Après mes études, je suis entré chez Prayon en 2001, dans la division Prayon Technologies, qui est responsable de la vente des technologies Prayon à travers le monde. J’ai presque dix ans d’expérience.
Au sein de la division, j’ai participé à de nombreux dimensionnements d’usines liées à l’acide phosphorique (dans le cadre d’offres ou de contrats). J’ai également effectué de nombreux tests phosphate en usine pilote et participé à différents audits techniques lors de missions extérieures dans différents pays (Inde, Afrique du Sud, Maroc, Egypte, Russie, Etats-Unis, Mexique…). A plusieurs reprises, j’ai également participé à des conférences internationales en présentant des sujets sur les procédés Prayon ou sur les solutions apportées dans des usines. 

Qu’est-ce qui fait la particularité d’un expert en bureau d’études ? Comment pourrait-on décrire cette profession ?

La particularité principale est la capacité à pouvoir rencontrer les objectifs du client en développant une créativité suffisante pour proposer une solution technique éprouvée, fiable et performante, et qui est réalisable dans les délais impartis et avec un investissement compétitif par rapport à la concurrence. En fait, l’expert en bureau d’études devra, à la fois concevoir une proposition technique optimale, mais également la défendre avec crédibilité devant le client en présentant et en argumentant ses avantages. Il doit donc maîtriser les domaines technico-commerciaux. D’autres particularités sont aussi sa faculté à identifier les corrections à apporter sur site en cours de montage ou sur des documents techniques durant la phase des études. Il faut savoir qu’une erreur de design ou de conception peut engendrer des baisses de performances, des pertes de production et donc des conséquences économiques.

Quelles sont vos tâches principales ? 

en bureau :
- élaborer des documents techniques pour des offres pour de nouvelles installations ou transformation d’installations existantes : calculs des bilans massiques et thermiques, dimensionnement des équipements, flowsheets (schémas de l’usine et des opérations)… ;
- défendre et argumenter l’offre devant le client ;
- élaborer l’ensemble des documents techniques relatifs au Process Engineering dans le cadre de contrats de nouvelles usines ou revamping (c-à-d transformation d’une usine existante) : dimensionnement complet, spécification des équipements, conception des plans PID’s (c-à-d plan plus détaillé que le flowsheet), layout, définition de l’instrumentation, des boucles de régulation et des interlocks (c-à-d systèmes de sécurité), définition de la tuyauterie et des vannes de contrôle ;
- rédiger un cahier de procédé qui sera utilisé par une société d’engineering pour effectuer le Basic Engineering et le Détailled Engineering (phase de construction de l’installation) ;
- dimensionner les équipements propriétaires Prayon (séparateur, filtre, agitateur et laveur de gaz) ;
- former le personnel chargé de la conduite des usines (rédaction d’un manuel opératoire, écolage des opérateurs et ingénieurs).

sur site :
- réalisation d’audits techniques sur des installations du client : analyses des performances et tentative d’amélioration, étude de faisabilité de transformation de l’usine par l’ajout de nouveaux équipements (revamping), vérification de l’espace disponible dans le génie civil existant et s’assurer qu’il supporter des charges additionnelles… ;
- vérification de la conformité des installations lors du démarrage (pré-commisionning et commissioning) et participation au démarrage des installations ;
- supervision des tests phosphate en usine pilote pour dégager les caractéristiques opératoires des phosphates servant au dimensionnement des usines.

Quelles qualités incontournables faut-il pour exercer cette profession ? 

En interne : compétences techniques pointues, comportement positif, esprit d’équipe, autonomie sur la gestion de projet. Esprit d’analyse, organisation, rigueur et maîtrise des langues (anglais) ;
En externe : sens commercial, gestion du stress, bonne créativité, diplomatie. Il faut également apprécier les voyages, y compris dans les pays où le niveau de vie est fort différent de l’Europe occidentale.

Présente-t-elle certains avantages ou inconvénients ? 

Les avantages sont un grand degré d’autonomie, une activité multi-disciplinaire (travail en bureau, sur site, conférence internationale…). Mais il y a aussi la diversité des projets, le sentiment de créer, de développer et d’innover en participant activement à la conception de solutions techniques. La rémunération est appréciable et on a la possibilité d’acquérir une renommée internationale et une forte expérience riche.
Mais le métier a aussi ses inconvénients. En effet, pouvoir gérer les priorités en travaillant sur de multiples projets simultanément n’est pas toujours aisé. Il faut également être en mesure de partir pour des missions à l’étranger avec des délais de préparation très courts. De longues missions à l’étranger à répétition peuvent éventuellement affecter la vie familiale. Elles peuvent aussi parfois s’effectuer dans des conditions difficiles (nourriture, logement, confort, climat « exotique », relation délicate avec le client…).

La profession d’expert en bureau d’études a-t-elle évolué ces dernières années ? De quelle manière ?

Fondamentalement, je n’ai pas l’impression de vivre des évolutions spectaculaires. Bien sûr, elle évolue en fonction de la qualité d’expertise et de l’expérience de la personne, de projet en projet. Certains domaines sont plus approfondis, notamment grâce à l’apport de nouveaux programmes informatiques plus développés (par exemple, AutoCad ou des programmes de simulations numériques permettant d’optimiser le design d’équipements spécifiques). L’informatique a permis aussi de mieux organiser les modules de calculs (bilans massiques, thermiques…) qui devaient auparavant se faire à la main). Donc, les délais d’exécution des travaux sont maintenant plus rapides (comparés à la situation voici 15 ou 20 ans) et plus précis, ce qui correspond aussi à une exigence du client.

Quel conseil donneriez à un jeune intéressé par ce métier ?

Accepter de se remettre en question constamment, ne pas refuser à priori des innovations qui s’écartent du cadre général de ses procédés. Savoir écouter et partager ses expériences, profiter de celle des autres avec humilité. Enfin, adopter une certaine discipline, une méthodologie et une organisation dans son travail est aussi un gage de longévité dans ce métier.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.