Pascal,
Inspecteur de police principal

Interview réalisée en janvier 2005

Gendarme jusqu'à la réforme des polices de 2002, Pascal (28 ans) est aujourd'hui inspecteur principal.

Pourquoi et comment êtes-vous devenu policier ?

Quand j'étais adolescent, je ne me suis jamais posé la question de savoir quel métier j'allais exercer plus tard. Dans ma tête c'était clair : je voulais être gendarme. Il n'y a pas de véritable raison à cela mais j'imagine que j'ai été influencé par mon père qui était lui-même gendarme. A 18 ans, j'ai passé les tests successifs pour intégrer la gendarmerie. C'était, à l'époque, des tests semblables à ceux que l'on retrouve aujourd'hui dans la police : psychotechniques, médicaux et sportifs. Je les ai réussis et ai alors intégré l'école de gendarmerie. C'était une formation d'un an avec examens tous les trois mois. Là, j'y ai vu les bases légales du métier, le droit pénal, les techniques d'intervention et le maniement des armes, notamment. A l'époque nous étions en internat. Actuellement, la formation de policier est beaucoup moins « militaire ».

Quelle a été votre première expérience professionnelle ?

Après la formation, et après un court passage à la réserve générale et au Palais de Justice de Bruxelles, j'ai été détaché à la brigade de Bruxelles. Là, j'ai été amené à travailler au sein de la cellule « Benaïssa » du nom de la petite Loubna qui avait disparue. J'ai procédé à des devoirs d'enquêtes, travaillé sur des pistes annexes, vérifier des alibis, effectuer des perquisitions,...

Quel a été votre parcours par la suite ?

Tout en travaillant à la brigade de Bruxelles, j'ai passé les examens pour devenir gradé. Ce qui correspondrait maintenant au « cadre moyen » des policiers. Je les ai réussis et ai intégré la brigade de Charleroi, vu qu'une place était disponible et que j'en avais fait la demande pour me rapprocher de mon domicile. Parallèlement, j'ai voulu suivre la formation pour devenir cavalier mais j'ai très vite abandonné ! Je n'avais jamais monté, ce qui n'est pas un problème en soi pour pouvoir suivre la formation, mais je me suis rendu compte que je n'aimais pas du tout cela. Je suis alors retourné à la brigade de Charleroi.

Lorsque la fusion des polices a eu lieu, j'ai travaillé au service « Quartiers » de la police locale de Charleroi. C'était surtout un travail de proximité. Il y avait donc un volet administratif très important. Je corrigeais des PV, je traitais de cas de disparitions, de fugues, des menaces encourues par des personnes, ... Étant inspecteur principal, grade qui correspond au cadre moyen, j'ai aussi été amené à gérer une équipe mais je me suis vite rendu compte que je préférais travailler en intervention. J'ai alors été incorporé au service Intervention de Fontaine-l’Évêque.

Que faites-vous en intervention ?

Nos tâches sont multiples. On traite des différents familiaux, on va sur des accidents de circulation, on assure le service d'ordre extérieur aux abords des terrains de football par exemple, on patrouille, on intervient lors de hold-up ou de signal d'alarme, lors des vols dans une habitation, de véhicules, on fait des perquisitions,... Le travail est donc très diversifié. Ici à Fontaine, on travaille par équipe de deux. Et nous avons deux équipes.

Le salaire est-il attractif ?

Très attractif. Surtout si vous prestez des heures supplémentaires ou si vous travaillez les week-ends et jours de fête. Concrètement, ces primes peuvent monter jusqu'à 500 euros par mois ! Les jours de fête tels Noël et le réveillon de Nouvel An ne sont pas davantage rémunérés que des jours de week-end traditionnels.

Pouvez-vous nous décrire une journée ou nuit de travail ?

Je vais vous décrire ce que moi et ma collègue avons été amené à faire durant la nuit de réveillon. Nous avons dû faire face à des dégradations sur véhicules. On a donc dû constater les dégâts et entendre les propriétaires de ces véhicules. Nous avons aussi été confrontés à un gros différend entre voisins. L'alcool aidant, ils étaient passablement échauffés. L'un d'entre eux possédait un couteau et était particulièrement menaçant. Le tout sous les yeux d'une vingtaine de personnes. C'est une situation jamais évidente à gérer car on ne sait pas ce qui peut se produire. En cas de grabuge, il y a toujours moyen d'appeler une équipe en renfort, en espérant qu'elles ne soient pas toutes déjà occupées ! A Fontaine, nous avons deux équipes mais à Charleroi il y en a une bonne quinzaine.

Avez-vous déjà dû user de votre arme ?

Non, heureusement. Et on ne m'a jamais tiré dessus non plus. Par contre, j'ai un de mes collègues qui est mort récemment. Il tentait de régler un différend familial. Cela a mal tourné et l'un des protagonistes lui a tiré dessus. Un véritable drame. Bien que l'on soit conscient que cela peut se produire, cela est bien évidemment toujours un choc.

Quels sont les avantages de votre profession ?

Les horaires variés. Il existe plusieurs tranches : 6h-14h, 14h-22h et 22h-6h. Ces tranches varient de jour en jour. On connaît notre horaire environ un mois à l'avance. Lorsque je travaillais au service « Quartiers » à Charleroi, j'avais des horaires plus fixes. Parmi les autres avantages je citerais également le salaire avec le système des primes et la grande mobilité pour passer d'un cadre à un autre. Enfin, il y a aussi l'action, l'imprévu. On ne sait jamais quand on commence son travail ce que l'on va âtre amené à faire.

Et les inconvénients ?

Pour certains, les horaires variables peuvent être un inconvénient. Il y aussi le fait que, si on sait à quelle heure on commence son travail, on ne sait pas toujours à quelle heure on va le terminer ! Un événement peut survenir alors qu'on est sur le point de rentrer chez soi. Dans ce cas, on se doit d'intervenir. Ces heures supplémentaires sont payées mais cela peut être un inconvénient pour le policier lui-même et pour sa famille qui l'attend à la maison !

Autre inconvénient : les risques du métier. La possibilité qu'on se fasse tirer dessus lorsque l'on est en intervention est rare mais existe. Enfin, je dirais qu'il n'est jamais évident d'annoncer à la famille la mort d'un proche. Il m'est arrivé de me trouver sur le site d'un accident de voiture qui avait entraîné la mort d'un des conducteurs. Sa famille est très vite arrivée sur les lieux. Il m'a fallu annoncer la terrible nouvelle.

Quelles sont les qualités essentielles que doit posséder un bon policier ?

Être en bonne condition physique et garder son sang-froid en toutes circonstances. Je pense aussi qu'il doit connaître à la lettre l'ensemble des procédures. Je trouve d'ailleurs qu'on n'accorde actuellement pas assez d'importance dans les cours à ces connaissances. J'ai constaté, auprès des nouvelles recrues, pas mal de lacunes dans ce domaine.

Avez-vous un objectif de carrière ?

Je suis inspecteur principal depuis plusieurs années et j'aimerais accéder au grade suivant : celui de commissaire. Mais pour cela, il faudra que je réussisse les examens.

Pouvez-vous nous citer quelques cas extrêmes auxquels vous avez été confrontés ?

Il y a les cas de maltraitance d'animaux. Ils sont, hélas, assez fréquents. Je me souviens aussi d'une personne âgée qui semblait souffrir d'une maladie mentale et qui refusait d'être prise en charge. Elle collectionnait tout et n'importe quoi, notamment les publicités qu'elle trouvait dans sa boîte aux lettres. Toute sa maison était remplie de piles de pubs en tous genres ! Il n'y avait quasiment plus de place dans son habitation pour circuler ! Elle se nourrissait à peine. Et pourtant, on a retrouvé dans l'écuelle de son chien une tranche de saumon fumé !

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.