Philippe Grafé,
Gérant au domaine de Chenoy - viticulteur

Interview réalisée en avril 2011

En quoi consiste votre activité au quotidien ?

Il est difficile de parler d’activité au quotidien car le travail d’un viticulteur change au fur et à mesure des mois. Je dois gérer une jeune entreprise sur tous les plans : administration, relations publiques, viticulture, vinification,… En bref, faire tout en vue du bon fonctionnement du vignoble.
Le travail de viticulture commence en novembre et finit en mars. Il faut alors tailler les pieds de vigne, faire le suivi de l’élagage (enlever les branches qui restent dans les fils). En mars et en avril, on attache les vignes et on désherbe chaque ligne. Début du moi de mai, on attaque le travail d’épampage : retirer les sarments inutiles le long des troncs. En juin, c’est le travail du palissage et du rognage. Le palissage vise à aiguiller la vigne vers les fils situés au-dessus tandis que le rognage est l’élimination au taille-haie des sarments et des branches qui dépassent ces lignes. En septembre, c’est le moment bien connu des vendanges, on cueille le raisin. La terre est ensuite retournée en novembre et la boucle est bouclée. Tout au long de l’année, je dois également travailler le vin, c’est la vinification. Le vin reste un an en cuve au Domaine et celui-ci quitte le Chenoy juste avant la nouvelle récolte pour être mis en bouteille. 
A côté de cela, il y a, comme dans toutes les entreprises, un travail administratif conséquent (notamment pour obtenir les aides classiques des exploitations agricoles telles que des subsides d’intérêt du Fond d’Investissement Agricole ou des subsides d’APE dans le cadre du plan Marchal de la Région wallonne) ainsi que le développement du pôle « relations publiques » afin de faire connaître notre domaine et nos vins. 

Quelles sont les qualités nécessaires pour exercer votre profession ?

En plus des connaissances techniques (viticulture, vinification…), il faut avoir du charisme, un sens pratique en matière de gestion et surtout beaucoup de motivation.

Quels sont les avantages et les inconvénients de votre métier ?

Les avantages sont l’originalité et la variété des tâches. Les inconvénients sont la vulnérabilité climatique ainsi que la lenteur du retour sur investissement. L’obstacle le plus dur à surmonter a été de trouver un emplacement « ad hoc » : acquérir la ferme du Chenoy et les 10 hectares de terrain plein sud a été un vrai miracle ! La difficulté première a été de réussir à gérer financièrement 5 années de bilan déficitaire suite à l’absence de produits à commercialiser. La réputation et la crédibilité de l’exploitation ont énormément progressé depuis 2009, et le réseau commercial se met en place et améliore les ventes mais insuffisamment jusqu’à présent pour éviter les problèmes de cashflow (flux de la trésorerie).

Quel est l’horaire de travail ?

Les journées sont longues et il n’y a souvent pas de différence entre la semaine et le week-end ! Je dirais que je travaille en moyenne entre 12 et 13h par jour, sept jours sur sept !

Quelles études avez-vous faites pour accéder à votre profession ?

Après mes humanités gréco-latines, j’ai réussi un BTA en Œnologie en 1958 en Bourgogne. Depuis, je n’ai pas suivi d’autre formation, en dehors de mon expérience professionnelle.

Quel a été votre parcours professionnel ?

Cela fait 40 ans que je travaille comme négociant éleveur. De 1959 à 2000, j’ai été administrateur délégué dans la société Grafé-Lecocq. Ensuite, de 1996 à 2001, j’ai été président de la Fédération des Vins Belges et Spiritueux. Je suis maintenant gérant du Domaine du Chenoy depuis 8 ans.

Pourquoi avez-vous choisi ce métier ?

Je l’ai choisi car j’étais convaincu d’avoir découvert un nouveau concept de viticulture qui me permettait d’envisager une production de vins de qualité respectueuse de l’environnement. En effet, j’ai découvert des nouvelles variétés dites « Vitis vinifera » interspécifiques et donnant des vins de grande qualité, mieux adaptés au climat et davantage résistants aux maladies cryptogamiques. C’est cette perspective d’un concept nouveau et original, bousculant les préjugés et les « à priori » de la viticulture traditionnelle et conservatrice, qui m’a poussé à me lancer dans ce métier. 

Que diriez-vous à un jeune qui souhaite se lancer dans cette voie ?

C’est un métier passionnant et rentable à condition de trouver un environnement immobilier et financier adapté et convenable. Je lui dirais donc de se lancer mais en disposant d’abord d’un cadre et d’un territoire ad hoc. Ensuite, il doit établir un plan financier correct et irréprochable. Une formation vitivinicole effective est un atout mais s’il n’en dispose pas, il doit au moins disposer d’une aide expérimentée dans le domaine. Je terminerai en disant que l’optimisme et la motivation sont les clés de la réussite !

Avez-vous une anecdote à raconter ?

Tout mon projet actuel a pris forme à la suite de la découverte de l’existence de ces nouveaux cépages dits « Vitis vinifera » interspécifiques. Cette découverte, je la dois à la dégustation d’une bouteille de vin anglais délicieux qui m’a été offerte par des amis hollandais. 

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.