Philippe Matheï,
Administrateur-Directeur Fédération du Dragage

Interview réalisée en mai 2010

Philippe Matheï, administrateur – directeur de la Fédération du Dragage asbl depuis 28 ans.

En quoi consiste le dragage ?

Le dragage a plusieurs fonctions. Une drague et son équipage peuvent enlever des boues polluées près de la côte, approfondir des chenaux et des canaux, construire des îles artificielles, entretenir des estuaires ou remonter des épaves découpées en morceaux. Ils sont aussi capables de creuser des ports comme des emplacements d’éoliennes en pleine mer ou des tranchées sur les fonds marins pour placer des câbles à fibres optiques, des câbles électriques et des canalisations de gaz. Ils peuvent ensuite procéder à l’enrochement c'est-à-dire recouvrir de roche et de béton une canalisation pour la stabiliser. 

A bord d’une drague, il y a des informaticiens, du personnel navigant et du personnel chargé de la manutention des appareils. L’informaticien dirige les opérations de dragage à l’aide d’un matériel de communication très sophistiqué. Grâce aux techniques de télécommunication actuelles, le positionnement se fait par satellite à dix centimètres près et on peut enlever une motte de terre de deux mètres absolument partout dans le monde. 

Il existe différentes techniques et une multitude de bateaux différents. Certains d’entre eux sont construits en prévision d’un chantier précis. Les travaux de dragage sont généralement commandés par les pouvoirs publics. Ces chantiers sont très coûteux et nécessitent donc des investissements considérables. 

95% du chiffre d’affaires du dragage belge est réalisé en dehors de la Belgique. En effet, des quatre plus grandes entreprises du secteur dans le monde, deux sont belges. Ces quatre entreprises réalisent 65 % du chiffre d’affaires du secteur. Je ne compte que les marchés libres, pas les marchés captifs, c'est-à-dire protégés. Prenons le cas de la fuite de la plateforme BP qui fait tant de ravages. Je suis sûr que nos entreprises auraient été à même de résoudre le problème et de réduire au minimum les conséquences économiques et environnementales ! En effet, une drague moderne est capable de combattre le pétrole en le confinant puis en l’évacuant.

Quelles sont les qualités nécessaires pour exercer votre profession ?

Avant tout, il faut avoir un esprit d’aventure et aimer la mer. Il faut aussi accepter d’être séparé de sa famille pour des périodes plus ou moins longues, ce qui n’est pas évident quand on a des enfants. En cas de tempête, il arrive d’être immobilisé en pleine mer sans rien à faire. Il faut pouvoir supporter une telle situation. Il faut aussi connaitre les vents, la hauteur des vagues et les hauts-fonds pour pouvoir définir la période la plus opportune pour aller draguer.

Quels sont les avantages et les inconvénients de ce métier ?

C’est un métier bien payé. Vous voyez du pays, ce qui est un avantage comme un inconvénient. Tout dépend du lieu où vous êtes envoyé !

Quel est l’horaire de travail ?

Généralement, les déplacements durent plusieurs semaines et sont suivis du même nombre de jours de congé. Chacun travaille par shift de 8h. 

Quelles études doit-on faire pour accéder à cette profession ?

Il n’existe pas de formation spécifique pour la manutention. En Belgique, les formations maritimes sont organisées par la Communauté flamande. Je préside un groupe de concertation créé suite à un accord entre la Communauté flamande, les écoles et le secteur du dragage – remorquage dans le but d’adapter la formation maritime aux normes internationales de l’Organisation Maritime Internationale (IMO). L’IMO a édité des conventions en matière de sécurité et de formation. Désormais, toute école de formation maritime doit être reconnue par le Ministère fédéral de la Mobilité qui vérifie si l’enseignement répond aux normes internationales. La structure de l’enseignement, la formation des professeurs, le déroulement des stages, le contenu des cours, tout doit être conforme. Les écoles sont équipées de simulateurs pour être au plus près de la réalité. La formation est complétée par des stages sur le navire. 

Hélas, ce secteur manque d’effectifs. Les seuls candidats proviennent des régions des écoles maritimes, donc de la rive gauche d’Anvers et de la côte. Certains pêcheurs se sont aussi reconvertis au dragage. En fait, les candidats sont souvent issus des mêmes familles, ces métiers se transmettent de génération et génération. En 12 ans, il n’y a eu que trois demandes francophones pour suivre une telle formation. 

De plus, les formations maritimes de niveau secondaire ne permettent pas aux diplômés de naviguer sans limite. Le tonnage du navire et le rayon d’action sont limités. Mais les dragues belges partent en Australie, en Amérique du Sud comme au Mexique. Les capitaines au long cours, aptes à effectuer de tels voyages, sont issus de l’école supérieure d’Anvers. Malheureusement, ces professionnels n’ont pas la formation nécessaire pour naviguer une drague. Le bâtiment est différent. 

Nous sommes actuellement en pleine négociation avec les autorités compétentes pour obtenir une formation supplémentaire de niveau supérieur plus en lien avec ce métier spécifique.

Que diriez-vous à un jeune qui souhaite se lancer dans cette voie ?

C’est un travail intéressant pendant quelques années. Les gens font ce métier pendant 10 ou 15 ans puis reviennent à terre. On ne fait pas toute sa carrière sur un bateau.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.