Piecart,
Psychologue, Responsable pédagogique

Interview réalisée en janvier 2005

Mr Piecart est psychologue, responsable pédagogique dans un Ippj.

Quel est votre parcours de formation ?

Je suis psychologue de formation et j'ai fait mes études à l'UCL. Après une petite expérience en psychiatrie (3 mois), je me suis inscrit en criminologie pour une licence unique puis j'ai pris deux ans de vacances en Afrique. Je travaille ici depuis dix ans, c'est mon premier vrai emploi.

Comment a évolué votre fonction ?

J'ai été d'abord engagé comme éducateur dans la section « éducation » durant 7 ans.Ensuite, je suis devenu responsable d'une des deux sections d'éducation. Après une pause carrière, je suis revenu prendre la suite de la personne qui occupait ma fonction actuelle et qui partait à la retraite. Je suis maintenant en full-time depuis 4 mois.

Quelle est votre fonction ici à l'IPPJ ?

Ma formation est celle de psychologue en orientation sociale et du travail.En contrat à l'IPPJ depuis 10 ans, ma fonction actuelle concerne la coordination au niveau pédagogique et administratif de l'équipe des formateurs professionnels et enseignants, ce qui représente un groupe de six personnes. Nous avons plusieurs projets professionnels en cours. La majorité d'entre eux sont en restructuration ou nouveaux pour lesquels nous sommes dans une phase d'essai.

Très concrètement comment se passe une de vos journées au niveau du travail et des horaires ?

Les horaires se font en fonction des nécessités, selon les réunions du jour et des urgences.L'aspect organisationnel est important. Il y a des mouvements de population, les rendez-vous au tribunal, chez le juge, les visites à domicile, les cours d'alphabétisation. Il faut gérer tous ces déplacements et toute la partie pratique et logistique qui en découle. Une autre partie de mon boulot consiste à superviser et de gérer l'administratif, entre autres les rapports que chaque prof doit rédiger à une date légale bien précise. Tous les 45 jours il y a un rapport médico psychologique à rendre. Chaque prof en fait 22, un pour chaque jeune. J'ai en moyenne une soixantaine de rapports à superviser mensuellement en plus des notes d'observation. J'assume la gestion de l'équipe elle-même avec les problèmes que l'on peut rencontrer au niveau de la formation, sans oublier les tableaux de services, les commandes. Nous avons des projets d'horticulture pour fleurir les communes environnantes et notamment une commune des Ardennes, floraison pour laquelle nous recevons régulièrement des prix. Cette partie m'occupe de mars à fin juin durant la majeure partie du temps.

Quels sont les qualités indispensables pour votre fonction ?

Beaucoup de patiente, de diplomatie et savoir gérer le stress sont des qualités très utiles.

Avez-vous encore des contacts avec les jeunes ?

Oui, autant qu'avant, sauf que maintenant je dois connaître les 22 jeunes.J'ai aussi un contact direct, je vois leur parcours scolaire, je lis les dossiers, je les vois en cas de problème, pour résoudre les conflits.

Avez-vous été préparé à cette fonction durant vos études ?

Absolument pas. C'est sur le terrain, principalement, que j'ai acquis les compétences nécessaires. De tous mes cours universitaires sur le sujet de la délinquance je ne crois pas pouvoir retirer deux lignes de syllabus susceptibles de m'aider.

Quel est cet aspect complémentaire que vous avez acquis sur le terrain ?

Je crois que c'est une question de personnalité, dans ce genre de milieu on sent tout de suite si on est fait pour cela ou pas.Il existe de nombreux outils qui sont utiles comme l'analyse transactionnelle, la PNL, la systémique. La majeure partie des formations proposées au personnel qui a la charge des jeunes sont principalement axées là-dessus. Ces formations sont organisées par la Communauté française, sur avis de la direction de l'IPPJ, après une concertation.

Quelle est l'évolution du travail depuis 10 ans ?

Il y a eu énormément de changements, d'abord au niveau du personnel, après dix ans je suis un des plus anciens.Au niveau plus subjectif je crois qu'il y a eu une très forte évolution de la population que l'on reçoit. Au niveau des délits, on a des jeunes de plus en plus jeunes pour des délits de plus en plus violents. On a aussi beaucoup plus de cas psychiatriques. Nous comptons deux sections fermées de plus depuis un an.

Quelle est la différence entre cet IPPJ et les autres ?

Je ne sais pas tout ce qui se fait ailleurs.Ici, on a de l'espace (32 hectares), des chevaux, des serres, des cultures, donc on en profite, ce n'est pas toujours possible dans tous les IPPJ.

Quels liens directs pouvez-vous faire entre la fonction de psychologue et celle que vous exercez ici ?

Je ne suis pas engagé comme psychologue mais j'exerce cependant un boulot qui ressemble à celui d'un psy en institution de jeunesse. Mais il y a aussi le travail à l'extérieur et pour moi c'est un avantage car je n'ai pas envie d'un travail de bureau.

Que pourriez-vous conseiller à un jeune qui souhaite travailler dans un secteur comme celui-ci ?

Je lui conseillerais de faire un stage dans ce milieu, cette expérience sera la seule lui permettant de se mettre à l'épreuve, afin de se rendre compte si il est fait pour ça, si il peut être confronté à tout ce stress et à toute cette violence qui use beaucoup, tout comme le grand nombre d'échecs, car ce qu'on met en place ne va pas nécessairement réussir. Nous en avons des retours par les faits divers dans les journaux, le taux de réussite n'est pas énorme. Beaucoup de jeunes qui arrivent en éducation y arrivent fort tard, pour de nombreuses raisons. On est toujours plein, il n'y a jamais un lit qui reste vide.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.