Pierre Balthasart,
Technicien de laboratoire en biologie

Interview réalisée en octobre 2014

Pierre Balthasart, Technicien de laboratoire en biologie à l’Université de Liège

Quel est le rôle d’un technicien de laboratoire en biologie ?

C’est vaste, cela dépend du secteur qui l’emploie. Ici, je suis technicien de laboratoire pour la préparation des travaux pratiques en biologie. C’est très varié : cela couvre la zoologie, la botanique, la microbiologie, la biologie cellulaire, etc. Notre rôle est de concrétiser en pratique la théorie vue dans les cours universitaires. Dans d’autres domaines le travail est plus spécialisé. J’ai travaillé en laboratoire de recherche, essentiellement en biologie moléculaire. J’utilisais un certain nombre de techniques répétées à différents moments.

Quel est votre parcours scolaire et professionnel ?

J’ai commencé par des études secondaires littéraires classiques : latin-grec. J’ai ensuite étudié le droit pendant deux ans à l’Université. Cela ne s’est pas bien passé, cela ne me convenait pas. Sur les conseils du service d’orientation universitaire, je me suis alors dirigé vers les sciences. J’ai d’abord effectué une septième année spéciale sciences à l’école Saint Barthélémy pour me remettre à niveau. Cette année était fortement axée sur les mathématiques. Je trouve que j’ai été très bien préparé en mathématiques mais pas suffisamment en sciences, principalement en physique. J’ai ensuite essayé la biologie à l’Université mais j’ai échoué dans mes cours de physique et de chimie. Suite à cela, je me suis réorienté vers le graduat en biochimie[1], à la Haute Ecole Rennequin Sualem, en trois ans. Mon travail de fin d’étude portait sur l’immunologie et j’ai effectué mon stage à l’Institut d’Anatomie de l’ULg. Après l’obtention de mon diplôme j’ai été contacté par une société qui fabrique de la peinture. Ils cherchaient un technicien de laboratoire pour les recherches de nouveaux mélanges. Je mélangeais des ingrédients selon des formules précises et réalisais des tests pour l’élaboration de nouvelles peintures. J’y ai travaillé quelques mois seulement car mon ancien maître de stage m’a fait parvenir une offre d’emploi pour un poste à l’Université, en tant que technicien de laboratoire en recherche. Les techniques qui étaient utilisées dans le cadre de ces recherches étaient semblables à celles utilisées pour la réalisation de mon travail de fin d’étude, je correspondais au profil. J’y suis resté pendant 5 ans. Je travaillais en collaboration avec des doctorants, sous plusieurs contrats à durée déterminée (quinze contrats en 5 ans) car mon engagement était chaque fois lié à des projets de recherche. Certains projets étaient financés par la Belgique, d’autres par l’Europe. J’étais amené à participer à des congrès destinés à présenter les résultats des recherches. Cela m’a conduit à reprendre des cours du soir pour améliorer mon anglais. J’ai également effectué un post-graduat d’un an en bioinformatique à cette époque. Au bout des cinq ans, les financements des projets de recherche ont diminué mais j’ai eu la chance d’être contacté pour cette place de technicien de laboratoire pour les travaux pratiques, poste que j’occupe depuis neuf ans maintenant.

Quels sont les éléments qui vous ont motivé à faire ces études et ce métier ?

J’ai toujours apprécié le domaine de la biologie, même si je ne m’y suis pas dirigé directement dans mes études. Pour moi, la biologie était une activité que j’allais pratiquer indépendamment de mes activités professionnelles. Je faisais partie de l’association de défense des serres du jardin botanique de Liège. J’étais à cette époque fasciné par les plantes carnivores et j’allais souvent les entretenir dans la serre. J’avais aussi songé à postuler comme guide étudiant à l’Aquarium de Liège. Adolescent, j’ai possédé beaucoup d’animaux en aquariums : poissons, grenouilles, tritons, etc. Et mes appuies de fenêtres étaient recouverts de plantations.

Vos études vous ont elles bien préparé à votre fonction actuelle ?

Oui, j’en suis convaincu, c’était parfaitement adapté. Le graduat en biochimie couvrait la chimie pure, la biologie, et la biochimie, le mélange entre les deux.

Pourquoi avez-vous préféré l’Université au secteur privé ?

C’est le hasard et les circonstances qui m’ont guidé jusqu’ici. Tout a commencé par mon stage de fin d’étude. Je pense que si j’avais effectué mon stage en entreprise, je travaillerais probablement dans le secteur privé actuellement. Le stage de fin d’étude a énormément influencé les débouchés pour moi et ceux qui sont sortis la même année que moi. C’est mon maître de stage qui m’a recontacté pour me parler du poste vacant à l’Université. Je ne m’étais pas rendu compte, à l’époque de mes études, de l’importance que pouvait avoir le choix du lieu de stage sur ma carrière.

Pouvez-vous nous présenter votre fonction et ses différentes facettes ?

Mon travail consiste à préparer les travaux pratiques de biologie mais aussi les stages de terrain. Les travaux pratiques comprennent des dissections, des expériences, de l’observation, etc. Nous avons la chance d’avoir une grande salle de travaux pratiques de 200 places, c’est la seule en Belgique. Il faut prévoir du matériel pour tout le monde. Selon le type de travaux pratiques, le matériel et la préparation vont être fort différents : par exemple, pour les dissections, il faut commander les organismes et parfois les préparer. Il faut que tout soit prêt avant l’arrivée des étudiants. Durant la séance, nous intervenons dans l’encadrement selon nos spécialités : mon collègue est un grand spécialiste de botanique, pour la biologie cellulaire et la zoologie, c’est plutôt moi. Après la séance, il faut nettoyer et entretenir le matériel, gérer les commandes de stocks en fonction de ce qui aura été utilisé. Les techniciens prennent également en charge les demandes d’intervention dans la salle ou le laboratoire : plomberie, électricité, etc. Nous sommes aussi capables de démonter, graisser, réparer et remonter les microscopes.

Dans quel(s) lieu(x) exercez-vous votre profession ?

En dehors de la grande salle de travaux pratiques et son laboratoire de préparation, nous avons des serres et un laboratoire dans lequel je réalise des coupes histologiques[2]. Nous nous déplaçons dans des stations biologiques à l’étranger pour les stages de terrain : on part à Saint-Malo avec les étudiants de 2ème année de bachelier et à Paimpont avec ceux de 3ème année. Le stage des étudiants de 1ère année de master a lieu à Roscoff, sur la pointe de la Bretagne. Cela demande toute une logistique car il faut préparer tout le matériel. Il n’y a pas forcément de laboratoire sur place, il faut donc prévoir les loupes binoculaires, les aquariums, etc.

Collaborez-vous encore avec des chercheurs ?

J’ai donné à plusieurs reprises un coup de main pour faire de l’échantillonnage de poissons et d’invertébrés aquatiques pour un laboratoire de recherche. L’objectif de ces prélèvements était de permettre des études et analyses sur le suivi de la qualité des eaux en Wallonie. J’ai sillonné la Wallonie dans tous les sens (environ une cinquantaine de sites) pour récupérer des poissons qui avaient été prélevés ou carrément les pêcher, avec l’aide d’un pêcheur professionnel. Il fallait ensuite les conditionner, après les avoir éventuellement disséqués.

Collaborez-vous avec le monde de la recherche appliquée ?

Lors des stages, je réalise avec les étudiants des mesures de paramètres physico-chimiques. Il y a trois ans, je suis parti en Tunisie pour donner une formation sur ce sujet mais aussi sur différents domaines touchant à l’eau. Le public était composé de responsables et membres du personnel de l’agence nationale tunisienne de protection des eaux. Cette collaboration m’a permis par la suite d’intervenir une journée par an dans le cadre du cours d’hydrobiologie donné en 2ème année de master à l’Université.

Pouvez-vous décrire une journée type ?

Il y a plusieurs journées type. On me demande que tout soit prêt pour que la personne qui intervient dans une séance de travaux pratiques n’ait à se soucier que de son exposé. C’est pareil pour les stages, tout doit être prêt pour le départ. Cela a ses bons et ses mauvais côtés. On me fait confiance, on ne vérifie pas quand je travaille. Si je dois y passer la soirée, je le fais. Mais on ne me reprochera pas non plus d’arriver plus tard les jours où il n’y a pas d’urgence. On me demande d’être disponible, les horaires sont très flexibles. Cependant nous avons parfois un timing hyper pointu à respecter : les heures de travaux pratiques commencent toujours à 14h et les expériences demandent souvent un minutage rigoureux.

Quelle part prennent les tâches administratives dans votre travail ?

J’en ai peu : les commandes et les recherches pour les achats de matériel. Tout le reste est géré par notre service administratif.

Quels sont les aspects positifs et négatifs de votre métier ?

L’aspect le plus positif est la grande diversité, ce n’est pas un travail routinier. Je travaille pour ma passion, la biologie et j’ai l’occasion d’aller sur le terrain. Pour les aspects négatifs, je n’en vois pas vraiment, cela me convient parfaitement. Le travail demande d’être disponible et flexible, la diversité des tâches pourrait sembler peu rassurante, les exigences de timing pourraient être stressantes pour certains. Le seul aspect négatif pour moi est qu’il faut parfois tuer des animaux. On en tue beaucoup moins qu’avant et à l’avenir il y en aura de moins en moins.

Quelles qualités faut-il posséder pour exercer ce métier ?

Il faut être bien organisé, ordonné, très soigneux et précis. Et il faut des atomes crochus avec la biologie.

Quel conseil donneriez-vous à un jeune qui souhaite se lancer dans ce métier ?

De bien choisir son école et de faire avant tout ce qu’il aime. Il faut faire ce qu’on aime et être le meilleur dans son domaine. Je suis convaincu qu’il vaut mieux être le meilleur des plombiers que le plus mauvais des médecins. Les jeunes ont tout intérêt à choisir leur métier en fonction de leurs goûts et pas pour des raisons financières. Choisir uniquement en fonction du salaire, c’est la pire des erreurs. Ce qui m’a permis d’arriver où j’en suis, c’est aussi d’avoir saisi toutes les opportunités qu’on m’a proposées. Une fois leur diplôme en poche, les étudiants ont souvent tendance à se braquer sur un domaine bien précis dans leur recherche d’emploi, je pense qu’il faut au contraire rester ouvert à toutes les possibilités et voir où cela nous mène.

Comment envisagez-vous votre avenir professionnel ?

Je veux continuer à progresser dans mon métier. J’ai commencé à apprendre à réaliser les coupes histologiques. Cela me permettra de renouveler et élargir notre stock. Je peux aussi me former pour encadrer de plus en plus les étudiants mais au niveau des postes à l’Université, il n’y a pas de hiérarchie à gravir. La seule possibilité d’évoluer serait de reprendre des cours pour obtenir un master, mais je ne l’envisage pas. Retourner dans le secteur privé ou dans la recherche pure ne m’intéresse pas non plus. Si un jour j’étais amené à me recycler, je pense que je m’orienterai plus vers les métiers de la logistique. Mais je me plais bien ici, j’ai une certaine sécurité d’emploi et j’ai trouvé un équilibre.

 

[1] De nos jours, ces études portent le nom de bachelier professionnalisant en chimie, finalité biochimie.

[2] Tranches très fines d’organes, destinées à l’observation au microscope.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.