Pierre Petit,
Directeur du LAMC, chercheur et chargé de cours

Interview réalisée en janvier 2009

Pierre Petit est directeur du Laboratoire d’Anthropologie des Mondes Contemporains (LAMC), chercheur au FNRS et chargé de cours à l’ULB.
Ses recherches centrales portent sur l’invention des traditions et sur les frontières identitaires de nature ethnique, avec un intérêt pour l’interface entre l’Etat et les sociétés locales. Il a abordé des thématiques comme l’économie urbaine, les projets d’éducation, les nouveaux guérisseurs au Congo ou encore les déplacements de populations au Laos. Enfin, il a dirigé des ouvrages sur les questions de méthode et d’enjeux politiques de la recherche anthropologique.

Pouvez-vous nous présenter le Laboratoire d'Anthropologie des Mondes
Contemporains de l'ULB dont vous faites partie ?

Il est né des convergences de vue entre chercheurs en anthropologie de l’ULB qui sont animés par les mêmes préoccupations méthodologiques, épistémologiques et théoriques, et qui ont souhaité organiser de manière plus collective leurs activités de recherche. Trois notions-clés fondent cette convergence : la prise en compte de la dimension à la fois globale et locale de tout objet anthropologique, l’intérêt pour le rôle des acteurs, tant producteurs que produits du social et la nécessité d’une approche plus réflexive que substantive de la culture. En pratique, le LAMC regroupe neuf enseignants-chercheurs, vingt doctorants ou post-doctorants boursiers et dix collaborateurs scientifiques. Il organise des séminaires de
recherche mensuels au cours desquels nous nous apportons une aide mutuelle dans nos recherches et dans la finalisation de nos manuscrits. Un cycle de conférences avec des intervenants étrangers a également lieu tous les mois.

Quels sont les axes de recherches principaux du LAMC ?

Avant tout, nous sommes un labo d’anthropologie générale, ce qui fait que nous veillons à laisser ouvert le champ des recherches : nous n’avons aucune exclusive thématique. D’autre part, en observant les thèmes développés par les uns et les autres, certaines problématiques reviennent plus fréquemment :

- l'anthropologie religieuse
- les migrations, le transnationalisme, le multiculturalisme
- l'histoire et la mémoire, la transmission, le patrimoine
- l'anthropologie du développement
- l'ethnicité, l'invention des traditions, les pouvoirs politiques
- le genre et la sexualité... 

Pouvez-vous nous présenter le master en Anthropologie tel que dispensé à l'ULB ?

Il offre un solide ensemble de cours de base de la discipline, des cours d'anthropologies régionales et des cours empruntés à d'autres disciplines (histoire, linguistique, géographie, religions...). Il a été conçu pour permettre aux étudiants d'acquérir de manière pratique les compétences ethnographiques de base en les mettant à l'épreuve du terrain. L'enseignement y est conçu en synergie étroite avec la recherche, les étudiants pouvant, dans le cadre de séminaires, échanger avec des chercheurs qui travaillent sur des aires culturelles et des thématiques multiples. Ce master forme des spécialistes de l'approche comparative des cultures et de l'enquête ethnologique. Il dote les étudiants des compétences d'analyse
critique nécessaires à la réflexion sur la vie en société, en particulier à saisir les significations que les individus accordent aux pratiques auxquelles ils se livrent. Il permet d'acquérir à la fois les connaissances théoriques et les méthodes propres à cette discipline, en particulier l'observation participante. Il privilégie une solide formation théorique et l'ouverture à de nombreuses aires culturelles, au premier rang desquelles l'Afrique et l'Amérique, mais aussi plusieurs sous-régions de l'Europe et de l'Asie. Au terme de leur formation, les diplômés auront acquis à la fois une connaissance approfondie de la discipline et, s'ils le souhaitent, un savoir spécialisé dans un domaine plus précis. Enfin, le master associe plusieurs méthodes pédagogiques. Les cours ex cathedra alternent avec des exercices en
petits groupes, des séminaires et des travaux de terrain. L'étudiant mènera une enquête de long terme dont l'objet sera généralement lié à son mémoire de fin d'études. L'accent est mis sur la capacité d'analyse critique, sur l'acquisition et la mise à l'épreuve de méthodes spécifiques (observation, description, entretien), sur le travail de terrain, sur l'ouverture à d'autres disciplines (sociologie, histoire, linguistique, sciences des religions, géographie et environnement).

Quels sont les principaux axes de formation de ce master ?

La plupart des cours et travaux sont associés directement au mémoire. C'est pourquoi, peu après son inscription dans le master, l'étudiant doit choisir le thème qu'il traitera dans son travail de fin d'études. Il doit aussi choisir une option parmi "Anthropologie des dynamiques sociales et du développement" (dans lequel on retrouve des cours sur l'aide au développement, la coopération internationale ou encore l'économie politique et agricole) ou "Anthropologie culturelle" (où l'on va notamment aborder l'anthropologie de l'art et l'ethnomusicologie). Et puis il y a aussi les cours optionnels : anthropologie du droit, médicale et religieuse, anthropologie des sociétés amazoniennes, ou du monde chinois…
En 2e année, il va en outre étudier le colonialisme et post-colonialisme et aura à choisir parmi des cours spécifiques à la sociologie, l'histoire, la linguistique, les sciences politiques ou de la santé publique. Par ailleurs, l'étudiant, en 1ère année, peut faire le choix d'opter pour la finalité didactique axée sur l'enseignement. A noter que certains de nos étudiants peuvent suivre un cursus européen en anthropologie.
Remarque : l'ULg et l'UCL proposent d'autres finalités.

En quoi consiste le cursus européen en anthropologie ?

Le "Cursus européen en Anthropologie des dynamiques sociales et du développement" est un parcours interuniversitaire spécifique réalisé dans le cadre d’un master en anthropologie organisé dans six institutions dont l'ULB. L’inscription se fait sur concours. Les candidats, qui doivent être inscrits en première année master, introduisent pour le 1er décembre au plus tard un curriculum vitae (reprenant notamment leurs notes académiques et détaillant leurs compétences linguistiques), une proposition de parcours de mobilité ainsi qu’un dossier développant leur projet de mémoire (qui doit être axé sur une thématique d’anthropologie des dynamiques sociales et du développement), et qui doit donner lieu à un travail ethnographique dans un pays du Sud. Les membres du conseil organiseront conjointement
la sélection des dossiers. Les étudiants inscrits au cursus sont tenus de suivre et de réussir des cours totalisant au minimum 30 ECTS dans une ou plusieurs institution(s) partenaire(s).
Typiquement, cela se réalise à l’occasion d’un séjour lié à une bourse ERASMUS, mais cela peut aussi se faire selon toute autre modalité (assistance à un séminaire groupé, déplacement hebdomadaire sur fonds propres, bourse BELGICA…).

Quels sont les débouchés "classiques" de l'anthropologue ?

La recherche fondamentale (métier de chercheur) et l'enseignement supérieur. Toutefois, l'anthropologue n'est pas seulement un théoricien dont le travail se réalise dans un centre de recherche universitaire. Rompu à l'analyse des changements culturels, il peut aussi, comme le sociologue, être au service d'organismes et de groupes concernés par le changement : organismes publics ou privés dont le champ d'activités est en relation avec les problématiques de l'interculturalité (migrations, vie associative...), du développement (coopération internationale, ONG ...) et des politiques liées à la culture et à la société.

Quel est le profil des étudiants qui se lancent dans le master en Anthropologie ?

Les deux tiers sont des étudiants ayant effectué le bachelier en Sociologie et Anthropologie.
Le dernier tiers comprend des étudiants qui ont effectué un autre bachelier de transition ou un bachelier professionnalisant en Haute Ecole. Ainsi, nous avons souvent des assistants sociaux parmi nos étudiants.

Pouvez-vous nous citer quelques thèmes des mémoires d'étudiants de l'ULB en anthropologie ?

A titre d’exemples, ceux dont je suis le promoteur pour cette année académique 2009-2010 :
- ethnographie des supporters de Manchester City F.C.
- étude menée auprès des Congolais de Belgique pour cerner les musiques de leur pays qu’ils écoutent et les évocations identitaires/mémorielles qu’elles suscitent
- sélection de grains et échanges entre les agriculteurs wallons : quelles pratiques associées à quelles symboliques ?
- intégration d'une communauté musulmane pratiquant l'alévisme dans l'Etat National Turc
- transformation des modes de consommation alimentaires des jeunes au Laos
- intégration de la médecine par les plantes dans le système médical marocain
- relations interethniques entre Juifs et Arabes dans une ville israélienne.

Quelles sont les sources de financement possibles pour les étudiants qui doivent partir à l'étranger pour effectuer leur travail de fin d'études ?

Elles sont diverses. Ils peuvent bénéficier d'une bourse de la Commission Universitaire pour le Développement (CUD), partir comme étudiant ERASMUS, ou encore partir en autofinancement.

Quelle différence faites-vous principalement entre la sociologie et l'anthropologie ?

L'observation participante est le vecteur de recherche principal de l'anthropologie. Les sociologues ont quant à eux recours à des méthodes non développées par les anthropologues, dont la méthode quantitative et d'autres protocoles d'enquête. Par ailleurs, l'anthropologue semble plus apte par sa formation à étudier les sociétés non européennes que le sociologue. 
De plus, contrairement au sociologue, l'anthropologue n'émet généralement pas d'hypothèse de départ pas plus qu'il ne prépare de questionnaire. Il définit une problématique et va sur le terrain pour affiner ou faire apparaître des choses inattendues, laissant plus de place à l’induction empirique.
 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.