Raphaël Scaini,
Responsable de la programmation musicale

Interview réalisée en octobre 2013

Quel est votre parcours scolaire et quels ont été vos débuts professionnels ?

J’ai un graduat en graphisme publicitaire. Je n’ai pas trouvé tout de suite de boulot dans cette filière mais j’étais malgré tout déjà passionné par les médias. J’ai fait plein de petits boulots qui n’avaient rien à voir avec la radio jusqu’à ce que je travaille pour des radios locales en tant qu’animateur. Ma première radio professionnelle a été Nostalgie à Bruxelles. Je suis ensuite passé à Bruxelles Capitale et, suite à la fusion avec Fréquence Wallonie, je suis entré à Vivacité et j’y travaille toujours.

Qu’est-ce qui vous a attiré dans la radio ? Pourquoi avoir choisi cette voie ?

Je ne sais pas du tout. Je crois que je suis né avec ça. Il n’y a pourtant pas d’artistes dans la famille, ni de personnes qui travaillent dans le milieu. Mes parents étaient d’ailleurs contre, au départ ! Mais c’était inné, je savais que je voulais faire de la radio.

En quoi consiste votre travail en tant que responsable de la programmation musicale ?

Tout d’abord, on reçoit les disques des différentes maisons de disques. J’effectue un pré-tri sur base du format de la chaîne (dans le cas de Vivacité, c’est plutôt  « grand public généraliste »). Ensuite, ce pré-tri passe en comité d’écoute qui a lieu une fois par semaine en présence d’un autre collaborateur et du directeur de la chaîne. Outre l’écoute des disques, on observe aussi ce qui marche au niveau des ventes et de la concurrence. Sur base de cela et de notre « ligne éditoriale musicale », on sélectionne ce qui nous intéresse. Parfois on garde certains titres en réserve car on pense que c’est trop tôt ou que cela ne correspond pas forcément à la chaîne. Il nous arrive parfois d’être surpris par certains titres, car on n’a pas tout de suite pensé que le morceau en question allait avoir le succès qu’il a !

Une fois qu’elle est déterminée, je prépare la playlist avec les fortes rotations et les basses rotations dans les nouveautés. Tout ce qui est plus ancien (70, 80, 90, début 2000) est établi une fois par an. J’envoie ensuite la playlist aux maisons de disques.

J’utilise un logiciel qui nous aide à établir la programmation en fonction de critères que l’on rentre. Il faut, par exemple, veiller à la séparation entre les titres, les artistes. Un même artiste ne peut pas revenir sur notre antenne avec deux morceaux différents endéans les 4 heures, par exemple. On tient aussi compte des courbes d’audience, de la durée d’écoute des auditeurs, etc. Tous ces paramètres sont pris en compte par le logiciel.

Avec un autre logiciel, j’édite les conduites que j’envoie aux animateurs et aux techniciens pour la diffusion à l’antenne.

Dans une radio, il faut veiller à ce que l’ensemble (interventions, jingles, titres, etc.) forme un équilibre et que tout s’enchaîne naturellement.

Existe-t-il une formation particulière ou le métier s’apprend-il sur le tas ?

Il n’y a pas d’école qui forme à la programmation musicale. On apprend le métier sur le tas mais il faut avoir une bonne culture musicale à la base.

Quelles sont, d’après vous, les compétences et qualités à posséder pour exercer ce métier ?

Il faut comprendre la chaîne pour laquelle on travaille pour savoir à quel public on s’adresse. Il faut aussi faire abstraction de ses goûts personnels car ce que je programme ne correspond pas forcément à ce que j’écoute personnellement. Il faut toujours se demander si ça plaira ou non à la majorité de nos auditeurs avant tout.

Qu’est-ce que vous appréciez le plus dans votre travail ? Le moins ?

Ce qui me plait, c’est qu’on peut écouter énormément de musique, souvent en avant première, et qu’on est au courant avant tout le monde de la sortie des albums. On est aussi parfois invité à un concert ou à rencontrer les artistes. C’est aussi toujours intéressant d’entendre les avis de personnes qui ne me connaissent pas forcément mais qui parlent de la radio et de ce qu’ils ont entendu. Il y a par contre un côté frustrant quand on est persuadé qu’un titre peut devenir un bon tube mais qu’on ne va pas trop oser le diffuser car il sort un peu du canevas de la chaîne. Mais il arrive parfois qu’on prenne le risque quand il y a un coup de cœur collectif…

Vous êtes aussi animateur radio et intervenez dans des émissions télé. Y a-t-il de grosses différences entre ces deux domaines ? 

Oui, totalement. Il s’agit de deux métiers complètement différents. En télé, c’est beaucoup plus lourd : il faut tenir compte de plus de contraintes liées à la lumière, à l’image, en plus du son. On évolue vraiment dans la 3D. La radio, c’est le média du direct. Avec un téléphone et un micro, on peut faire une émission au bout du monde ! Il s’agit d’un média beaucoup plus flexible.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui souhaiterait se lancer ?

Il doit y croire, ne pas baisser les bras et aller jusqu’au bout s’il sent qu’il a ça dans le sang. Les radios locales sont aussi, selon moi, les meilleures écoles pour apprendre.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.