Renaud Galand, Infographiste 3D

Interview réalisée en juin 2009

En quoi consiste votre activité au quotidien ?

Je conçois et réalise des personnages ainsi que des décors pour des jeux vidéo. La production d’une ressource graphique se fait en plusieurs étapes. Tout commence par la réalisation d’un dessin aidant à « conceptualiser » la ressource graphique finale. L’étape suivante, c’est la modélisation de la ressource. Ensuite vient le « texturage » (« texturing »), autrement dit, la réalisation d’une série de textures donnant les informations de couleurs (« diffuse map »), de sécularité (« specular map ») et de relief (« normal map et/ou bump map ») appliquées sur le modèle. Les deux dernières étapes sont la préparation à l’animation et l’intégration dans le jeu.

Quelles sont les qualités nécessaires pour exercer votre profession ?

Le dessin et/ou la sculpture (anatomique, nature morte, etc.) sont des bases indispensables qu’il faut maîtriser et pratiquer tous les jours pour devenir un bon artiste 3D. Il faut avoir aussi le sens de l’observation. Apprendre à observer ce qui nous entoure pour en comprendre le fonctionnement (de quels matériaux est constitué l’élément, comment agit le temps sur la matière, etc.) est une qualité requise dans ce métier. Le partage de connaissances avec ses collègues, camarades et amis est également fondamental dans ce milieu, toujours à la pointe techniquement et si riche artistiquement.

Quels sont les avantages et inconvénients de votre métier ?

Un des côtés pratiques de ce métier, c’est qu’une fois la méthode de travail bien assimilée, une ressource graphique, même complexe, peut être réalisée en très peu de temps. De plus, les univers abordés sont multiples. En 5 ans d’expérience, j’ai déjà participé à plus de 15 jeux aux univers très variés (science-fiction, heroic-fantasy, sport, combat urbain, etc.). Mon job me permet aussi de jouer avec le personnage que j’ai créé dans le décor que j’ai réalisé.

Nous sommes une équipe de grands enfants : ambiance cool, pas d’obligation vestimentaire. Ce boulot demande quand même de faire passer son job avant ses proches, et même ses nuits. Sans oublier que, bien plus encore que l’industrie du cinéma, le jeu vidéo demande une bonne connaissance dans des domaines techniques souvent assez éloignés de l’aspect artistique. Pour être un bon artiste dans ce milieu, il faut avoir des connaissances en animation, intégration, programmation, etc.

Quel est l’horaire de travail ?

L’horaire « normal » est généralement de 38h/semaine. Lors des périodes de « crunch time » (= périodes juste avant une soumission de projet), il n’est pas rare de devoir travailler plus de 50h/semaine ! C’est aussi ça, la vie d’artiste.

Quelles études avez-vous suivies pour accéder à votre profession ?

J’ai suivi une formation en techniques infographiques, orientation 3D (graduat de 3 ans) à la Haute École Albert Jacquard à Namur. J’y ai notamment travaillé après mes études en tant que professeur. Faire des études secondaires artistiques est un plus, mais cela n’est pas obligatoire.

Quel a été votre parcours professionnel ?

J’ai été freelance de 2004 à 2009. Après avoir été professeur, j’ai travaillé pour diverses sociétés américaines (Sony Online Entertainment, Bethesda Softworks, ArenaNet, etc.) et françaises (Ubisoft, etc.). J’ai également œuvré en tant que « senior character artist » (responsable réalisation de personnage) dans un studio de jeux vidéo belge qui, malheureusement, a fermé ses portes. Après avoir créé mon propre collectif d’artistes avec quelques amis (http://www.skymonkeystudio.com), j’ai été embauché par la société américaine Blizzard Entertainment, qui est notamment à l’origine des jeux World of Warcraft, Diablo et Starcraft.

Pourquoi avez-vous choisi ce métier ?

C’est avant tout une passion. Le jeu vidéo a toujours fait partie de ma vie. Bien plus que le fait de jouer, ce qui me plaît réellement, c’est la création d’univers originaux, de mondes fantastiques et le travail en équipe, afin de fournir un produit fini, immersif et agréable à utiliser.

Que diriez-vous à un jeune qui souhaite se lancer dans cette voie ?

Que c’est le « faux bon plan ». En effet, beaucoup de jeunes sont attirés par l’industrie du jeu vidéo. Ils pensent qu’ils vont pouvoir jouer toute la journée et faire au boulot ce qu’ils font à la maison. Or, ce n’est pas du tout le cas ! On travaille généralement 50% de plus que n’importe quel employé de bureau. On donne énormément de sa personne durant toute la production. Le jeu vidéo, c’est avant tout du travail. Certes passionnant… mais un travail quand même ! La concurrence et la compétition sont également très présentes : beaucoup d’appelés, peu d’élus. Il faut donc être armé pour cela et travailler en conséquence. Et, lorsqu’on obtient son premier emploi ou son premier contrat, la satisfaction n’en est que plus grande !

Qu’en est-il du secteur de jeu vidéo chez nous ?

Malheureusement, et c’est un fait établi, la Belgique n’a pas grand chose à offrir en termes d’emploi dans ce secteur. Les sociétés de jeux vidéos se comptent sur les doigts d’une main… et encore ! Alors si ce domaine vous branche, soyez prêt à bouger ! Les Eldorados du jeu vidéo se trouvent ailleurs : Canada, États-Unis, Angleterre, Australie, France ou encore Japon ! Autant de destinations passionnantes à découvrir pour leur culture, leurs paysages et leurs habitants. Néanmoins, il est possible de rester dans notre beau petit pays et de travailler via Internet pour certaines sociétés spécialisées dans la sous-traitance graphique, mais ceci bien sûr, au détriment du travail en équipe. Cela ne convient pas à tout le monde.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.