Renaud Pinchart, Exploitant agricole

Interview réalisée en avril 2011

Renaud Pinchart, 32 ans, exploitant agricole bio à Wépion depuis 1 an

En quoi consiste votre activité au quotidien ?

J’ai lancé mon exploitation « Le Légume du Cinsi » il y a un an. Je m’occupe principalement de la mise en place des cultures. Il faut donc travailler la terre, semer les plantes (en pépinière ou directement en terre), repiquer les plants, désherber et irriguer les terres si nécessaire. Comme je n’utilise pas de produits chimiques, je travaille avec l’environnement et j’essaye de minimiser un maximum les intrants extérieurs. Le fumier comme engrais organique est encore acheté à l’extérieur mais, à terme, nous voudrions avoir notre propre fumier. Je consacre une bonne partie de mon temps à la récolte des légumes (60 variétés différentes sur l’année) et à la vente de ceux-ci. La vente se fait via trois canaux : notre épicerie de la ferme, une personne intermédiaire qui fait les marchés et une coopérative d’agriculteurs. Notre souhait dès le mois prochain est de mettre en place des paniers de légumes bio. Une autre grande partie de mon travail concerne l’administration : la comptabilité de l’exploitation, les commandes des outils et semences nécessaires, la gestion des commandes des clients ainsi que la mise en place du plan de culture annuel.

Quelles sont les qualités nécessaires pour exercer votre profession ?

En premier lieu, il faut être passionné par son métier : aimer le travail de la terre et aimer être en plein air. Il est également important d’avoir le sens de l’observation : voir comment la terre et les légumes se portent et se développent afin d’y apporter rapidement des soins si nécessaire. Certaines activités demandent un peu plus de force physique et de courage. Comme je préfère savoir tout ce qui se passe dans mon exploitation, je dirais qu’il faut également disposer de compétences en comptabilité et en gestion mais je pense qu’il est possible de déléguer ces tâches.

Quels sont les avantages et les inconvénients de votre métier ?

J’aime pouvoir gérer mon temps de travail comme je le souhaite et travailler dehors au quotidien. Comme notre maison fait partie de l’exploitation, on est toujours chez nous, on est présent pour nos enfants, ils savent qu’ils peuvent toujours venir nous voir même si on est occupé à travailler. L’inconvénient principal c’est le temps qu’on y consacre. On a peu de temps pour prendre des week-ends, partir en vacances ou aller chez des amis mais on a suffisamment de temps pour que ce soit eux qui viennent nous voir. L’autre inconvénient reste les contraintes climatiques : en hiver, même s’il fait froid ou s’il pleut, on doit sortir, surveiller et récolter.

Quel est l’horaire de travail ?

L’horaire est variable mais en moyenne, c’est un 9h – 19h, voire 20h, 6 jours sur 7 (parfois 7 jours sur 7). En été, les journées sont plus longues car il y a plus de récoltes et donc plus de travail.

Quelles études avez-vous faites pour accéder à votre profession ?

Après mes études secondaires générales, j’ai réussi un bachelier en agronomie. Mes expériences professionnelles m’ont permis de perfectionner ma formation dans le domaine de l’agriculture.

Quel a été votre parcours professionnel ?

Pendant mes études supérieures, j’ai eu l’occasion de travailler dans une ferme laitière. A la fin de mon bachelier, je suis parti en Indonésie pour gérer une ferme laitière. Après cette expérience, je suis revenu en Belgique avec comme objectif de suivre une formation pour travailler dans la coopération au développement. J’ai vécu pendant quelques années dans une ferme bovine-laitière bio où j’ai également travaillé au service de remplacement agricole de la région. Ne trouvant pas quoi faire, je suis reparti en Nouvelle-Zélande pour travailler dans une exploitation d’élevage bovins-laitiers et d’arboriculture fruitière (kiwi et pommes).

A mon retour en Belgique, j’ai travaillé avec l’asbl « le Début des Haricots ». J’y ai découvert le maraîchage et je m’y suis intéressé davantage. Comme bénévole, j’ai participé à la mise en place d’une ferme de formation en maraichage biologique. L’opportunité de pouvoir lancer ma propre ferme s’est ensuite présentée car j’avais trouvé une terre à louer. J’ai commencé mon activité il y a un an grâce à une coopérative d’activités.

Pourquoi avez-vous choisi ce métier ?

J’ai suivi des études d’agronomie car je voulais à la fois un travail intellectuel et un travail manuel. Grâce à mes stages et mes expériences professionnelles, j’ai découvert le monde de l’agriculture et je m’y suis plongé. J’ai eu la chance d’avoir été pris sous l’aile d’un fermier expérimenté qui m’a appris les ficelles du métier. Ce métier rencontre ma passion et mon envie de pouvoir être autonome face à mon alimentation. C’est pour le travail manuel et la culture de la terre que j’ai choisi ce métier.

Que diriez-vous à un jeune qui souhaite se lancer dans cette voie ?

Outre les formations et les études qui y préparent, je pense que ce qui est très important, c’est l’expérience pratique et la possibilité de visiter un maximum de fermes différentes pour bien se rendre compte de la globalité du métier.

Avez-vous une anecdote à raconter ?

La terre où je me trouve actuellement est en fait une terre que je connaissais bien avant de l’exploiter. J’ai de la famille qui n’habite pas loin et on campait de temps en temps là-bas avec mes enfants. Un jour, un ami m’a appelé pour me dire qu’il y avait une terre qui se libérait, juste à côté. J’ai donc été trouver le propriétaire pour lui faire part de mon expérience et de mon envie de travailler la terre. Et notre projet a pu voir le jour !

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.