Renier Doutrelepont,
Restaurateur de meubles

Interview réalisée en septembre 2007

C'est à Ixelles, en région bruxelloise, que se trouve l'atelier de Renier Doutrelepont. Agé de 35 ans, celui-ci est passionné par la restauration de meubles et en a fait son métier.

Entretien autour de pièces de tous styles et de toutes les époques, prêtes à connaître une seconde vie.

Quelle est votre formation, votre parcours professionnel ?

J'ai fait mes études à Saint-Luc Tournai. J'ai suivi quatre ans en ébénisterie dont une en restauration de meubles. Enfin, j'ai ouvert cet atelier voici six ans.

Comment pourrait-on décrire la profession de restaurateur de meubles ? En quoi consiste-t-elle ? Quelles sont ses particularités ?

Il s'agit de sauvegarder le patrimoine, faire revivre des meubles qui paraissent en fin de vie et faire redécouvrir ceux-ci dans leur aspect d'antan. Ainsi, on ne restaure pas un meuble comme on restaure une façade : il faut qu'il garde son cachet, son authenticité. Je tente de faire revivre des objets qui ont parfois une valeur cachée et qui pour d'autres seraient tout juste bons pour la poubelle.

Je me penche parfois sur des pièces uniques, qu'on ne pourrait plus copier aujourd'hui car elles représentent un savoir-faire considérable. Il ne faut pas oublier ce passé qui, pourtant, a tendance à disparaître avec notre monde. Il ne faut pas oublier ce passé qui, pourtant, a tendance à disparaître avec notre monde moderne. Les gens ont aujourd'hui une autre vision de la vie et l'univers professionnel a complètement changé.

Dans la filière bois, à quel niveau vous situez-vous ?

Pour moi, il s'agit de la seconde transformation. C'est en quelque sorte l'esprit de conservation qui m'anime. Tous les autres métiers font de nouvelles choses alors que moi je cherche à les conserver dans leur intégralité.

Quelles sont vos tâches principales ? Comment se compose votre emploi du temps ?

C'est un métier où chaque meuble est différent. On n'a pas le temps de s'ennuyer. Mon rôle est d'être le plus souvent possible à l'atelier, de surveiller l'évolution du travail des stagiaires tout en faisant mon propre travail. Mes tâches vont un peu dans tous les sens, je n'ai pas de journée-type. Je fais toutes les taches manuelles en journée et les tâches administratives en soirée (cela occupe 10 % de mon temps mais c'est énorme) sans oublier les visites chez les clients.

Quelles qualités incontournables faut-il réunir pour exercer la profession de restaurateur de meubles ?

Il y en a beaucoup ! La patience et la persévérance mais aussi le sens de la communication lorsqu'il faut se faire connaître.

Enfin, l'aspect manuel est important, il faut aimer ce type de travail et faire preuve d'une certaine dextérité.

Présente-t-il certains avantages ou des inconvénients (notamment horaires, risques pour la santé,...) ? Quelles difficultés rencontrez-vous ?

L'avantage, c'est que je suis mon propre patron. Je fais ce que je veux mais j'ai quand même une obligation de rendement. C'est mon affaire : je suis en première ligne quand ça fonctionne bien mais aussi quand ça tourne mal. Je ne peux reporter la responsabilité sur personne.

La souplesse des horaires est un autre avantage mais, pour s'en sortir, il faut faire plus de 8 heures par jour. Les risques pour la santé, ce sont principalement les cancers du poumon dus à la poussière de bois. Toutefois, on fait de plus en plus attention grâce à des machines et des systèmes d'aspiration. Il y a aussi des produits dangereux mais on peut se protéger avec des masques et des gants. La difficulté réside dans la faculté de pouvoir jongler entre le travail manuel et l'aspect administratif de la fonction d'indépendant afin que l'un n'empiète pas sur l'autre. Mais je dirais que cette situation est commune à beaucoup d'indépendants.

Qu'est-ce qui vous plaît le plus dans votre métier ?

Plein de choses ! Le travail manuel, la fierté de faire revivre un objet oublié, la satisfaction de travailler avec de belles matières mais aussi le contact avec le client.

La profession a-t-elle évolué ? De quelle manière ?

Il faudrait que j'aie 40 ans de métier pour dire cela ! Avant, il y avait déjà moins de restaurateurs et plus de grands noms, de grands ateliers où on avait du travail un an à l'avance. Aujourd'hui, la profession a fait beaucoup de petits. Il y a autant de bricoleurs que de professionnels. Il faut se démarquer si on veut se faire une place. Mais c'est aussi lié à l'évolution de l'apprentissage.

Autre chose, les charges sociales étaient moins importantes dans le passé. Les formateurs de stage, c-à-d. les chefs d'entreprise, disposaient de plus de temps pour apprendre le métier aux jeunes. A présent, on est davantage soumis à un rendement financier donc il faut avancer plus rapidement. Selon moi, les stagiaires en fin de formation ne sont pas prêts à devenir des indépendants.

Si on veut connaître ce métier de A à Z, trois années ne sont pas suffisantes ! J'ai été le premier à m'en rendre compte !

Pensez-vous qu'il s'agit d'un métier d'avenir ?

Le métier de restaurateur de meubles n'a pas de raison de disparaître pour autant qu'on continue à le faire valoir.

Malgré le fait que tout se modernise et qu'on soit entouré de choses éphémères (comme les objets en plastique), je crois que les gens auront toujours ce besoin d'authenticité.

Quel conseil pourriez-vous donner à un jeune intéressé par ce métier ?

Pour commencer, il doit se faire une idée précise du métier, en rencontrant des enseignants et des professionnels dans le secteur du bois. Le professeur est le mieux à même de répondre à toutes les questions. Il est aussi important d'assister aux portes ouvertes des écoles. Ce n'est qu'après qu'il pourra choisir une école ou une formation en toute connaissance de cause.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.