Renzo Salvador, Luthier

Interview réalisée en avril 2008

Quel est votre parcours scolaire ? 

Un parcours normal si ce n’est qu’à la fin des humanités, j’ai pris un chemin de traverse. En parallèle, j’ai eu un parcours musical classique : guitare à l’Académie et un passage par le Conservatoire. 

Qu’est-ce qui vous a poussé à devenir luthier ? Pourquoi avez-vous choisi cette voie ? 

Au départ, le défi. A l’invitation d’un luthier à qui j’avais demandé un instrument (une guitare classique de concert). Il m’a mis au défi de la construire moi –même. Ce fut le début de l’aventure. Cela a été une recherche des plus passionnantes, je n’ai, depuis lors, jamais cessé de chercher…malgré la production. 

Faut-il obligatoirement suivre une formation musicale ? 

Obligatoire, non, important, oui….Bien que je connaisse d’excellents luthiers qui n’entendent pratiquement rien à la musique. Il me semble, pour ma part, qu’on répond mieux à la demande des musiciens quand on comprend leurs problèmes techniques et leurs choix esthétiques. Mais il faut se méfier de ses propres certitudes et essayer d'être toujours à l’écoute des autres. 

Pouvez-vous retracer votre parcours professionnel ? Vos débuts ? 

Tout commence en 1982. Quelques années en amateur (avec mon ami Bruno Barbaresco, avec qui je construis actuellement des clavecins) et parallèlement à un travail musical de guitariste soliste. A l’époque, nous ne construisions que des guitares classiques de concert. Un certain succès arrive, des commandes, on s’installe en professionnels en 1986. Une association qui durera cinq ans. Ensuite je m’installe seul. Passionné par la musique pour le luth et luthiste moi-même, je commence alors, la construction des instruments anciens (luths, guitares baroques, théorbes…). Après quelques temps, ce métier devient mon activité principale. C’est toujours le cas actuellement. 

Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est le métier de luthier ? 

Voilà un métier à « géométrie variable ». On conçoit, construit, restaure et répare tout un ensemble d’instrument à cordes, frottées ou pincées. Chaque luthier se spécialise dans une famille d’instruments qui lui convient. 

Quelle est la différence entre un luthier et un facteur d’instruments de musique ? Le type d’instrument travaillé ? 

Etymologiquement, un luthier fabrique des luths. L’usage a voulu qu’on réserve ce « titre » aux facteurs (fabricants) d’instruments à cordes, portables… On dira donc facteur de piano ou facteur de clavecin…mais on peut dire « guitarier » pour un facteur de guitares qui est, tout de même, luthier. C’est tordu tout ça… 

Racontez-nous une journée type, votre quotidien… 

La journée d’un simple artisan. Je partage mon temps entre la construction et la recherche. Parfois je farfouille dans la documentation, je calcule, je dessine. Parfois je visite les réserves de certains musées, je pars à la recherche de bois. Mais pour l’essentiel, cela reste un travail manuel du bois, calme et rigoureux. 

Quelles difficultés avez-vous rencontrées dans votre parcours ? 

Le manque de documentation. Il y a 25 ans, Internet n’existait pas. Tout prenait beaucoup de temps. Et puis, surtout le manque d’aide au point de vue commercial. Le fait d’être considéré comme un marchant plutôt que comme un artisan. D’avoir, à la fois, les soucis de l’un et les difficultés de l’autre. 

Qu’est-ce qui vous plait le plus dans ce métier ? Le moins ? 

La qualité de la vie (pour peu qu’on soit « travailleur »).Vivre de sa passion me semble une bonne façon de vivre. Au rang des désavantages : le nombre d’heures de travail pour gagner son salaire. Et puis, parfois, la solitude quand les musiciens ou la musique ne sont pas au rendez-vous. 

Est-il facile de travailler en tant que luthier en Belgique ? 

Cela peut aller ; un luthier travaille bien partout où il peut exercer son métier en toute quiétude. 

Selon vous, s’agit-il d’un métier d’avenir ou tend-il à disparaître ? 

C’est un métier qui n’a aucune raison de disparaître. Tant qu‘on exigera une certaine qualité d’instrument, tant que les musiciens auront besoin de techniciens sérieux et de créateurs compétents, l’artisan aura une raison d’être. 

Quelles sont les qualités que doit posséder un luthier ? 

Opiniâtreté, sérieux, curiosité, méticulosité… Deux doigts de folie, de créativité, de passion … 

Quels conseils pourriez-vous donner à un jeune qui voudrait faire ce métier ? 

Fonce !…intelligemment !

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.