Robert Elias, Garde-pêche

Interview réalisée en mai 2010

Robert Elias, garde-pêche assermenté pour la Société des pêcheurs réunis de Sougné-Remouchamps-Nonceveux (SRN) depuis 17 ans.


En quoi consiste votre activité au quotidien ?

Bien qu’étant garde-pêche, le nouvel intitulé officiel de mon poste est « garde-champêtre particulier ». Je travaille bénévolement pour une société de pêche qui couvre un territoire de 20 km, de l’aval de la cascade de Coo au vieux pont de Sougné-Remouchamps, sur la partie non navigable de la rivière. Notre société loue au propriétaire du terrain le droit de pêche et amortit le loyer en vendant des permis de pêche. En plus de cette zone, l’administration communale d’Aywaille nous cède des pêches.

Je suis responsable du déversement de 1500 kg de truites par an en six fois sur tous nos parcours de pêche. Je vais chercher les truites dans des étangs, je les trie, je les pèse, je les observe et je gère le déversement des poissons dans la rivière. Il faut savoir qu’une truite pêchée ne peut pas avoir moins de 27 cm de long.

Je m’occupe aussi du gardiennage. J’ai le grade d’officier de police judiciaire sur mon territoire. Je peux donc rédiger un procès-verbal sans l’aide de qui que ce soi. Etant un garçon plutôt doux, je tente toujours de gérer la situation à l’amiable ! Mes interventions sont variées. Elles ne concernent pas que la pêche.

Je fais deux sorties par semaine. Je vais voir ce qui se passe dans la nature. Je contrôle les pêches et les pêcheurs, mais je regarde aussi l’état de la rivière. Dernièrement, j’ai encore du prendre deux sanctions. Un propriétaire de chevaux avait déposé énormément de fumier près du lit de la rivière. Je lui ai donc demandé de reculer ce tas de fumier à minimum 10 mètres du bord. Je lui ai laissé 15 jours pour s’exécuter.

Une autre fois, le propriétaire d’un camping avait déposé des gravats le long de la rivière. J’ai entamé une procédure avec l’administration communale d’Aywaille pour résoudre cette affaire.

L’autre jour, j’ai constaté un déversement de mazout dans un petit ruisseau, j’ai contacté le personnel adéquat qui est venu sur place. Je surveille aussi l’état des berges. J’ai déjà vu un jeune homme qui tentait d’emporter d’énormes cailloux. Je l’en ai empêché. Je fais sortir les baigneurs hors de l’eau et je fais ramasser leurs ordures aux promeneurs. Généralement les choses se passent bien. Je me fais respecter avec gentillesse.

Je suis équipé de jumelles et d’une paire de bottes de marais qui me permettent d’entrer dans la rivière ou de la traverser si nécessaire. Je porte un uniforme de l’Association des Gardes particuliers de la Région wallonne très semblable à celui des gardes des eaux et Forêts. En effet, il est important d’être reconnaissable. 

Mon territoire est bien déterminé. Mon pouvoir d’officier de police judiciaire est restreint à la partie non banale [1] de la rivière.

Je fabrique aussi les plaques qui délimitent notre territoire à l’aide d’un pochoir et je les place. Et je suis chargé de déposer les permis de pêche dans les magasins d’articles de pêche.

Quelles sont les qualités nécessaires pour exercer votre activité ?

Une main de fer dans un gant de velours ! Précédemment, je travaillais à la force aérienne et j’y avais suivi un cours de relations humaines qui m’est bien utile dans mes fonctions actuelles. Lorsque vous interceptez un pêcheur, il est important de pouvoir dialoguer posément. Il faut être à la fois correct, gentil et ferme. Il est aussi important de pouvoir comprendre en quelques secondes dans quelle situation on se trouve.

Il faut être  très ordonné, très organisé et connaître le règlement. Je connais tout par cœur, les textes relatifs à la partie banale et à la partie non banale de la rivière. 

De plus, on me pose énormément de questions. Je connais le biotope afin d’être apte à informer les gens.

Quels sont les avantages et les inconvénients de votre métier ?

Autrefois, lorsque je croisais des pêcheurs qui enfreignaient la loi et que je le leur faisais remarquer, ils me répondaient de m’occuper de mes affaires. Aujourd’hui, ils ne peuvent plus me dire cela ! D’un autre coté, les contraintes sont nombreuses. J’ai encore récemment du suivre un recyclage à l’école de police de Seraing. Depuis 1993, je n’ai subi qu’une agression verbale. 

Quel est l’horaire de travail ?

Je suis appelé à n’importe quelle heure ! Un pêcheur constate une infraction et me prévient, même au milieu de la nuit. Je suis toujours prêt à intervenir avec mon uniforme et mon carnet ! Dans la demi-heure, je suis sur le lieu de pêche. Je n’ai pas de contrainte d’horaire fixe en dehors des infractions à constater, des déversements à encadrer et des réunions auxquelles je dois assister. 

Quelles études avez-vous faites pour accéder à votre profession ?

J’ai suivi les cours de la Région wallonne et je suis encore des recyclages. A l’écolage, nous sommes ensemble, les apprentis garde-forestier et garde-pêche. Cependant, notre examen varie. J’y ai appris les règlements de pêche, comment se comporter, comment rédiger un procès-verbal… Il faut toujours faire attention à tout. Imaginons que j’intercepte un pêcheur qui a un bon avocat. Ce dernier cherchera la faille. Je dois donc être très vigilant et me poser les bonnes questions avant chaque intervention. Suis-je sur mon territoire ? Cette intervention est-elle nécessaire ? Le règlement est-il de mon côté ? 

Quel a été votre parcours professionnel ?

J’étais technicien en aviation dans une escadrille de chasseurs bombardiers. J’ai fait une trentaine d’années de service là-bas. Nous formions une vraie famille !

Pourquoi avez-vous choisi ce secteur ?

J’étais pêcheur amateur. Lors d’une réunion de la société de pêche, un pêcheur s’est plaint du manque de gardiennage. Le président lui a répondu que la société n’avait pas les moyens financiers de payer un garde, à moins de réduire les achats de truites. J’ai alors demandé la parole et suggéré d’être engagé comme bénévole. Je suis très fier de faire ce métier. J’aime la nature. Mon but n’est pas de faire régner une certaine discipline, mais plutôt de garder l’église au milieu du village. L’ensemble des pêcheurs doit respecter la loi. Hélas, ce n’est pas toujours le cas sur la partie banale de la rivière parce que la Division Nature et Forêt (DNF) n’a pas le temps de s’occuper de tout. Je déplore le laxisme sur l’Ourthe et sur l’Amblève. 

Et puis, je suis toujours pêcheur malgré tout.

Que diriez-vous à un jeune qui souhaite se lancer dans cette voie ?

Je lui conseille de se diriger vers la Division Nature et Forêt et vers un métier officiel, pas vers un métier alternatif comme le mien ! Cependant, certaines sociétés privées rémunèrent leurs gardes. Mais, à la DNF, il sera fonctionnaire ! 

Avez-vous une anecdote à raconter ?

Le grand problème, c’est de garder un contact amical avec les pêcheurs tout en se faisant respecter. Les gens m’appellent Robert mais savent qu’ils doivent garder une distance. J’ai toujours une certaine autorité. Un garde de chez nous était trop familier. Il allait souvent prendre son verre avec les autres. Hé bien, il a dû démissionner. Il perdait son blason, ça n’allait plus.

Je suis heureux des rapports humains que j’entretiens avec les pêcheurs. Ils me disent souvent qu’ils sont heureux d’être contrôlés. Ils comprennent l’importance du règlement et le bien-fondé de certaines mesures, comme le fait de ne pas pêcher plus de cinq truites par jour et de les pointer sur une carte adéquate.

[1] : Publique

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.