Roni Farah,
Audicien au sein de l’entreprise Lapperre

Interview réalisée en juillet 2016

Quelle est votre formation ?

En Belgique francophone, il existe un bachelier en audiologie à Marie Haps - Haute Ecole Léonard de Vinci. Il s’agit d’un diplôme apprécié mondialement. La première année comprend de nombreux cours théoriques et généraux. A titre d’exemple, je suis personnellement titulaire du cours de droit commercial et fiscal. A partir de la deuxième année, on commence à avoir des stages cliniques. On met l’accent sur le métier d’audiologue, c’est-à-dire l’assistant technique de l’ORL, qui va réaliser tous les tests techniques auditifs et vestibulaires de diagnostic. A partir de la troisième année, on commence à avoir des stages prothétiques, qui se passent dans un centre auditif, on parle alors d’audicien.

Le bachelier donne le titre d’audiologiste et permet de s’orienter à la fois vers le commercial avec l’audiologie prothétique (profession d’audicien) mais également vers la clinique avec l’audiologie clinique (profession d’audiologue).

Vous travaillez au sein d’un centre auditif. Pouvez-vous expliquer en quoi consiste votre travail au quotidien ? Quelles sont les différentes étapes de travail ?

Le rôle d’un audiologiste-audicien, c’est la fourniture d’appareils auditifs. Notre rôle essentiel est d’appareiller les personnes malentendantes qui se présentent chez nous avec une prescription d’un ORL.

La procédure habituelle est la suivante : la personne visite l’ORL et se présente ensuite dans un centre auditif. On fait un bilan auditif complet : une audiométrie tonale (la mesure du seuil auditif de la personne) et une audiométrie vocale (la mesure de l’intelligibilité de la parole dans le calme et dans le bruit). On procède ensuite à la sélection de l’appareil auditif qui correspond le mieux aux besoins auditifs du malentendant et ce dernier a la possibilité d’essayer l’appareil dans son environnement quotidien pendant une période de 15 jours à un mois ou plus dans certains cas. Pendant la période d’essai, on se rencontre à plusieurs reprises pour essayer d’adapter l’appareil et de vérifier comment cela se passe dans son environnement quotidien et faire les différents réglages nécessaires pour une bonne écoute dans tous les environnements. A la fin de l’adaptation, on réalise un rapport d’évaluation prothétique qui s’adresse à l’ORL pour avoir son accord sur l’appareillage.

On réalise une audiométrie vocale en champ libre avec et sans appareils, pour prouver que l’appareil est efficace et évaluer le gain prothétique. Il faut un minimum de gain pour que la personne puisse avoir droit au remboursement de la mutuelle. La personne retourne alors chez l’ORL qui doit donner son aval sur l’appareillage et là le patient revient vers nous pour faire la même demande auprès du médecin-conseil de la mutuelle.

Contrairement à la clinique où on est amené à toujours travailler en collaboration étroite avec le médecin et réaliser les tests que l’ORL demande, l’audiologiste prothétique prend le patient complètement en charge pour la correction du problème auditif avec une grande autonomie.

On a un rôle à la fois technique, administratif et commercial non négligeable car le processus d’appareillage fini toujours par la vente de l’appareil auditif. C’est donc un métier de service qui se clôture par la fourniture d’un produit.

Pouvez-vous également conseiller la personne sur d’autres technologies qui peuvent l’aider au quotidien, en dehors des appareils auditifs ?

En fait, un audicien est un professionnel de l’ouïe donc il va d’abord essayer de corriger les pertes auditives. Mais on peut également fournir des appareils d’aide à la communication comme des téléphones spéciaux pour malentendants et des casques pour la télévision.

Il y a aussi tout le domaine de la protection auditive (bouchons d’oreilles, bouchons pour la natation, bouchons pour musiciens, protections contre le bruit que l’on utilise dans des usines…). Dans ce cas-ci, on réalise une empreinte et on conseille le type de bouchon qui est le mieux adapté à la personne.

De plus en plus, les appareils auditifs modernes permettent une communication par induction digitale via un récepteur Bluetooth. Ce système peut être mis autour du cou, dans la poche ou sur la cravate, ce récepteur va capter le signal d’un émetteur Bluetooth (GSM, télévision…) et communiquer directement avec l’appareil auditif par induction digitale. On peut proposer ces accessoires à la première visite et à l’essai à la personne intéressée.

Vous parlez de protection auditive dans le milieu professionnel tel que des usines où les travailleurs sont soumis au bruit. Est-ce que vous vous déplacez parfois pour effectuer des mesures sonores et proposer des solutions adaptées ?

Ça peut se faire mais dans la société où je travaille on a des audiologistes spécialisés, qui vont dans les usines expliquer ce que l’on peut proposer comme produits. Ils signent des contrats et les personnes viennent ensuite au centre auditif pour faire une empreinte et commander le type de bouchon qui leur est nécessaire.

Notre rôle est de conseiller sur le type de bouchon qu’il faut, réaliser l’empreinte et le commander.

Quels sont les publics que vous touchez particulièrement ?

Dans la majorité des cas, nos patients sont soit des enfants qui naissent avec des pertes auditives congénitales soit des séniors ou des personnes âgées.

Les enfants sont généralement pris en charge dans des centres spécialisés et ce sont des pédo-audiologues ou pédo-audiciens qui travaillent avec eux.

Les personnes âgées viennent généralement chez nous avec un problème de dégénérescence de l’oreille interne due à l’âge. Cette perte auditive neurosensorielle ou perceptionnelle apparaît avec l’âge mais peut aussi apparaitre de manière précoce chez certaines personnes qui ont une sensibilité héréditaire de l’oreille, suite à une exposition prolongée au bruit ou à cause d’une prise de certains médicaments ototoxiques.

Nos patients sont majoritairement âgés de plus de 65 ans, ils ont subi une dégénérescence progressive de l’oreille interne soit avec le temps soit par leur mode de vie. Certains de nos patients ont subi des interventions chirurgicales à l’oreille moyenne suite à un problème de transmission. Avec le temps, ces personnes doivent dans certains cas se faire appareiller pour combler la perte auditive due entre autre aux séquelles de la cicatrisation.

D’autre part, la technologie évolue constamment, actuellement on peut procéder à l’appareillage de pertes même légères. On a donc des personnes actives de 45 à 50 ans, qui présentent des problèmes de communication dans le bruit ou en réunions professionnelles, et qui ressentent le besoin de se faire aider par ce type d’appareils, de plus en plus miniaturisés et invisibles.

D’après vous, quelles sont les qualités requises pour exercer le métier d’audicien ?

Il y a deux volets à cette profession : le commercial et le scientifique. Il faut donc des qualités dans ces deux domaines. Des qualités de communication parce qu’on est amené à discuter et convaincre des patients parfois très réticents. Il faut de la patience, aimer discuter, être ouvert et à l’écoute. Il faut aussi apprécier les nouvelles technologies et aimer réactualiser ses connaissances.

Si vous deviez mentionner quelques difficultés rencontrées dans votre métier, quelles seraient-elles ?

C’est un métier très spécialisé qui rend difficile le fait de se réorienter dans un autre domaine.

Une autre difficulté est liée au fait que beaucoup de gens s’orientent vers l’audiologie parce qu’ils veulent aider ou soigner les gens mais ils oublient le côté commercial du métier. Ils peuvent donc être déçus par cet aspect-là, surtout parce que la concurrence est de plus en plus importante dans ce marché et le seul moyen de se distinguer de la concurrence c’est d’avoir un service irréprochable. En plus des grandes enseignes qui monopolisent le marché, il y a beaucoup de firmes qui viennent d’autres pays européens et qui cassent les prix, il est donc très difficile pour un jeune diplômé de s’installer en tant qu’indépendant sur le marché belge.

La personne malentendante est-elle un patient ou un client ?

Je suis plutôt dans le commercial donc je préfère le terme client. Beaucoup de mes collègues se considèrent principalement comme des prestataires de soins et préfèrent le terme patient. Moi, je considère l’appareil auditif comme une nouvelle technologie dont je fais profiter les patients. Pour moi, ce sont des personnes qui ont envie de communiquer dans toutes les situations et de profiter pleinement de leur vie, ce n’est pas une prothèse qui va leur permettre de survivre. En audiologie clinique, on parlera plutôt de patients.

Est-ce un travail d’équipe ?  Quelles sont les missions des autres professionnels avec lesquels vous collaborez ?

Un centre auditif est généralement constitué d’un audiologiste et d’un assistant. L’assistant accueille les personnes, fixe les rendez-vous, réalise  les démarches administratives pour la mutuelle ou l’ORL et fait signer les documents d’assurance (Omnium, contre la perte…). Tout ce côté administratif peut être réalisé par l’audicien mais si c’est un centre qui tourne bien, c’est l’assistant qui s’en charge. Une fois les personnes appareillées, elles viennent voir l’assistant tous les trois mois pour l’entretien de leur appareil, l’achat de piles ou d’accessoires. C’est un métier qui ne nécessite pas de formation particulière, les assistants sont généralement formés avec un assistant en activité, au sein de l’entreprise.

Il pourrait aussi y avoir un technicien pour la réparation des appareils auditifs, mais ils sont de plus en plus centralisés au niveau du siège de l’entreprise. Pour des questions de coût, on préfère centraliser les réparations au sein d’un laboratoire de réparation où travaillent plusieurs techniciens. Il y a aussi des laboratoires de fabrication d’embouts, de pièces d’oreille et de bouchons. Généralement les techniciens ont une formation en électronique.

Les technologies évoluent constamment. C’est donc un métier où il est important de continuer à se former ?

C’est une obligation. Pratiquement tous les ans, on a de nouveaux appareils auditifs. C’est un domaine qui évolue constamment. Si on ne possède pas une curiosité scientifique ou un désir d’apprendre, de se mettre à niveau, on est très vite dépassé. Durant les études, on apprend comment l’oreille fonctionne, le principe de base d’un appareil auditif. Mais, après, il faut toujours s’informer parce qu’il y a des évolutions technologiques, surtout dans le domaine prothétique. Si on ne se recycle pas, on peut passer à côté de certaines évolutions technologiques et ne plus faire notre métier correctement.

Généralement, les firmes dans lesquelles on travaille se chargent des formations continues mais il existe aussi des formations en France ou en Belgique.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.