Rudy,
Gardien / Portier de boîte de nuit

Interview réalisée en janvier 2005

Votre parcours est un peu particulier. Pourquoi vous êtes-vous tourné vers l'activité de gardiennage ?

Pendant mes études en droit, j'ai régulièrement exercé la fonction de portier dans des soirées organisées par des amis ou des connaissances pour gagner de l'argent. Petit à petit, on a fait de plus en plus souvent appel à moi. Par la suite, on m'a proposé de travailler dans un établissement fixe. C'est ainsi que j'ai mis le pied à l'étrier. A l'époque où j'ai commencé, la profession n'était pas réglementée.

Fin 1999, je me suis mis en conformité avec la loi Tobback en suivant la formation de base suivie de celle du « Contrôle des personnes ». Là, mon activité dans le domaine s'est intensifiée. J'ai été engagé par un groupe pour m'occuper plus spécifiquement du gardiennage dans des salles de jeux. Depuis peu, je suis maintenant gérant d'un groupe de gardiennage et je donne des cours dans ce domaine à des futurs agents.

Sur quel principe un portier doit-il se baser pour accepter ou refuser l'entrée d'un client ?

La loi est assez claire là-dessus : un portier peut refuser l'accès à une personne qui refuse la palpation superficielle. Pour le reste, il lui faut des raisons « objectives ». Et ces raisons sont assez vastes.

Quelles sont ces raisons « objectives » ?

Si le portier voit qu'une personne en état d'ébriété avancé désire entrer dans l'établissement, il a le droit de lui refuser l'entrée mais il doit le faire de manière correcte. De même, si le portier constate un comportement « anormal » de la part d'une personne, s'il se comporte bizarrement, s'il s'adresse à des personnes de façon inconvenante, s'il crée des soucis à l'extérieur à l'établissement,...
Toutes ces raisons ne sont pas inscrites dans une loi mais peuvent être considérées comme des raisons « objectives ». Par contre, refuser quelqu’un sur critère racial est bien évidemment interdit.

Je tiens à faire une mise en garde : l'agent responsable du contrôle des personnes doit se justifier pour tout auprès des autorités, telles la police. Je dis toujours à mes propres agents qu'ils doivent prendre toutes les précautions d'usage. S'ils doivent intervenir en cas de grabuge au sein de la boîte, ils doivent s'assurer que des témoins étaient présents. Je leur demande à chaque fois un rapport détaillé sur ce qui s'est passé lorsqu'il y a eu l'un ou l'autre problème.

Et peut-on refuser quelqu’un sur le critère vestimentaire ?

Là tout dépend du règlement d'ordre intérieur de l'établissement. On rentre dans ce cas-là facilement dans la discrimination donc il faut être très prudent. En fait, pour éviter tout dérapage, c'est au directeur de l'établissement d'établir lui-même ses propres règles en la matière.

Vous pouvez intervenir en cas de bagarre ?

Toute personne, quelque qu'elle soit, est tenue de porter assistance à une personne en danger. C'est donc aussi le cas pour les agents de gardiennage qui s'occupent du contrôle des personnes. Maintenant, ces agents ne sont nullement des policiers. En cas de réel problème, on se doit de contacter les services compétents et donc la police. Tout au plus peut-on veiller à maintenir une personne sur place.

Les portiers peuvent-ils demander un pourboire aux clients ?

Non, c'est interdit par la loi. Pourtant beaucoup de portiers le réclament encore. Ce pourboire, c'était une grosse partie du salaire des portiers. Depuis lors, on peut donc dire qu'ils gagnent moins bien leur vie. Le problème, c'est qu'il y avait des abus et qu'il a fallu légiférer en la matière.

Quels sont les inconvénients inhérents à votre métier ?

Le fait que l'on travaille les nuits, les week-ends et les jours fériés, principalement. Les insultes, les menaces et les provocations sont aussi fréquentes dans ce job. Il ne faut pas perdre de vue c'est un métier de la nuit avec tout ce que cela peut sous-entendre.

Est-ce un métier dangereux ?

Nier ce fait serait trahir la vérité. J'ai une de mes connaissances qui a été tué dans l'exercice de son travail. C'était un assassinat avec préméditation.

Pour ma part, j'ai reçu des coups, on m'a jeté des pierres, je me suis fait tirer dessus et en hiver j'ai déjà failli mourir gelé ! Donc on ne peut pas vraiment dire qu'il s'agit d'un métier de tous repos.

Quelles qualités faut-il posséder pour travailler dans ce domaine ?

Des qualités athlétiques sont bien évidemment nécessaires mais pas uniquement. La maîtrise de soi et l'aptitude au dialogue pour résoudre une situation dangereuse sont aussi des qualités essentielles. Pour résumer, il faut « un esprit sain dans un corps sain ».

Comment les portiers sont-ils payés ?

Cela dépend de l'endroit où ils travaillent ou de la société qui les engage. Certains sont salariés, d'autres sont payés à la prestation. Beaucoup exercent cette profession comme activité complémentaire. Souvent, ils travaillent un, deux ou trois jours maximum par semaine, donc, en gros, 8h, 16h ou 24h. Cela vous donne une petite idée du salaire qu'ils peuvent toucher.

Peut-on exercer comme portier toute sa vie ?

Rien ne l'interdit en tout cas mais le plus souvent, ils s'arrêtent après une dizaine d'années. C'est un métier assez usant nerveusement.

Les portiers n'ont pas toujours bonne réputation. Ou du moins, on n'en donne pas toujours une bonne image.

Je suis toujours scandalisé de la façon dont on nous traite. On nous voit souvent comme des gens dangereux alors que l'on fait un travail respectable et nécessaire au maintien de la sécurité. Lorsque cet ami, dont je vous ai parlé, a été tué, des brigades de police entières, le parquet, un représentant du Ministère de l'Intérieur, un substitut du Procureur du Roi et même un hélicoptère ont été dépêché sur place le week-end suivant pour contrôler les portiers ! Pour voir s'ils étaient en règle ! Les agents sur place ont été traités comme de véritables malfrats !

Je regrette aussi la façon dont le grand public nous perçoit : ils ne voient pas l'homme ni sa personnalité mais juste son physique.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.