Sammy Fransquet,
Assistant réalisateur

Interview réalisée en août 2010

Sammy Fransquet est assistant réalisateur sur de nombreux longs métrages, courts métrages et téléfilms. 

 

Parlez-nous du métier d’assistant réalisateur…En quoi consiste-t-il exactement?

Etre assistant réalisateur, c’est avant tout savoir intégrer correctement le film que souhaite faire le réalisateur pour pouvoir ensuite faire en sorte de le mettre en place le plus précisément et le plus respectueusement possible. C’est pouvoir organiser au mieux la vision du réalisateur et de son film, dans le contexte de production inhérent au projet (à savoir peu, beaucoup ou pas d’argent.). Le rôle de l’assistant, c’est donc d’assurer la faisabilité et le timing du projet. Faire en sorte qu’il se fasse au mieux et le plus rapidement possible. Il doit donc avoir une connaissance de l’ensemble des postes qui composent une équipe de cinéma. Assistant réalisateur, c’est aussi gérer l’ensemble des divers corps de métiers et aspects de production. C’est être au centre de l’échiquier entre la production, le réalisateur et l’équipe technique. C’est pouvoir à la fois faire le meilleur choix pour le film, pour les techniciens et pour le producteur. C’est un questionnement continu sur les meilleures solutions pour arriver à faire le film qui réjouira l’ensemble des parties. J’ai souvent l’image d’un «Rubik’s cube: étant au centre de l’organisation et ayant une vision complète de toutes les demandes et de tous les problèmes, il faut réussir à former les faces de couleur du cube tout en gérant les difficultés de la décoration, des comédiens, des techniciens, de l’aspect financier, etc. C’est un métier qui demande une grande vue d’ensemble et en même temps une rigueur dans le détail.

 

A partir de quel moment un assistant réalisateur peut-il prétendre au poste de réalisateur? Quelle est l’expérience requise?

Je ne crois pas qu’il y ait un moment précis pour prétendre à passer réalisateur, tout comme je ne pense pas que l’expérience requise soit similaire, exceptée celle de leader d’équipe. En effet, le travail du réalisateur et de l’assistant est assez différent. Le premier se concentre principalement et généralement (cela dépend bien sûr de chacun) sur l’aspect artistique alors que le second se concentre principalement sur l’aspect organisationnel et le déroulement. (D’ailleurs, il arrive souvent que des gens fassent des carrières entières comme assistants sans aspirer à devenir réalisateurs). Pour prétendre au poste de réalisateur, je pense qu’il faut avant tout croire en soi et en son projet et ensuite avoir le courage de le défendre pour finalement le faire aboutir. C’est un processus propre au réalisateur qui, me semble-t-il, s’apprend au fur et à mesure des projets et non celui d’assistant. L’expérience requise de réalisateur est pour moi avant tout, celle de connaître et de croire en son projet, de pouvoir l’expliquer précisément à ses collaborateurs selon leur langage (image, son, déco…) et parvenir à garder en tête le but et le propos de son projet, malgré les problèmes et les difficultés. Je dirais donc qu’il ne faut pas forcément être un bon assistant pour devenir un bon réalisateur. Par contre, il est indéniable que si on l’est bon organisateur et bon assistant, ça nous aidera lorsque l’on se retrouvera ensuite sur un plateau pour son propre film. Que se soit pour le leadership d’une équipe ou pour l’organisation du plateau.

 

Quelles qualités faut-il posséder pour devenir assistant réalisateur?

Je dirais qu’il faut à la fois pouvoir être strict et souple. Il faut pouvoir maîtriser une équipe avec douceur et fermeté. Savoir rebondir face aux imprévus. Il faut aussi une dose de psychologie car nous sommes constamment en contact avec les autres. Il faut du leadership pour motiver son équipe. Il faut donc pouvoir être détendu et détendre les autres quand l’ambiance est tendue et inversement, pouvoir resserrer le boulon quand l’ambiance est trop détendue. C’est un travail dans lequel il y a de l’humain, de l’équipe, du bureau, du terrain, du psychologique, de l’artistique, de l’organisationnel, etc. Bref, c’est un métier complet. 

 

C’est donc véritablement un travail d’équipe?

Assurément. Un film se fait en équipe avec des corps de métiers différents qui doivent collaborer sur un même projet. C’est donc un travail d’équipe, de partage et de rencontres.

 

Quelles sont les conditions de travail?

Les conditions de travail et financières varient très fort d’un projet à l’autre, d’une production à l’autre et aussi d’un réalisateur à l’autre. Selon qu’il y ait de l’argent ou pas ou peu, selon que le réalisateur souhaite travailler dans telle ou telle condition ou dans telle ambiance… Tous ces critères modifient les conditions de travail. Mais d’une manière générale, nous travaillons entre 8h et 10h par jour et par rapport au salaire, il y a des barèmes fixés par la commission paritaire. Il faut donc s’y référer. Et ensuite, tout est souvent une question de négociation avec son employeur et cela s’apprend avec l’expérience.

 

Quel est votre parcours scolaire?

J’ai fait des études d’économie en secondaire et en supérieur mais à un moment donné, je me suis rendu compte que je ne voulais pas avoir l’esprit que l’on tentait de m’inculquer dans ces études de commerce. J’ai donc suivi un graduat en Communication et Journalisme (car je n’avais pas trop d’idée à l’époque) et cette option me permettait de toucher à plein de domaines différents (journalisme, publicité, audiovisuel, cinéma…). Et en fait, au fur et à mesure de ces études, le cinéma s’est imposé comme une certitude. J’ai donc ensuite fait une spécialisation en réalisation cinéma dans une école privée à Bruxelles.

 

Pourriez-vous retracer votre parcours professionnel?

J’ai eu la chance de travailler tout de suite dès la fin de mes études. J’ai rencontré plusieurs producteurs qui m’on fait confiance et qui m’ont très vite permis de travailler comme assistant sur plein de projets différents (avec ou sans, voire même beaucoup d’argent) et j’ai énormément appris. J’ai été confronté à des dizaines de situations différentes et j’ai doucement forgé mon expérience. J’ai dès lors acquis des connaissances et j’ai pu doucement faire circuler mon nom. Et alors petit à petit, on commence à vous appeler et vous passez de film en film.

 

Qu’est –ce qui vous a attiré vers le milieu du cinéma?

C’est le mythe du cinéma qui m’a séduit au départ et puis doucement, lorsque l’on met un pied dans l’envers de l’écran, c’est toute une série d’autres choses qui m’ont séduit. C’est parvenir à raconter une histoire, ce sont les outils de l’image et du son, ce sont les rencontres, c’est aussi l’expérience humaine que l’on vit avec un groupe pendant plusieurs semaines, c’est surtout exprimer aux gens des propos qui peuvent toucher et bouleverser.

 

Outre le cinéma, travaillez-vous pour d’autres domaines?

Non, je travaille exclusivement dans le cinéma. De plus, je suis actuellement en train de développer mes propres projets de réalisateur donc ça me prend beaucoup de temps. Mais sinon, je m’intéresse à la musique, à la photo, à l’Asie et à la vie des Grands Hommes.

 

Quels sont les points positifs et négatifs de votre métier?

Je dirais qu’ils sont très personnels car subjectifs, mais les points positifs sont pour moi: cette position centrale de l’organisation et de la décision, le défi de réussir à faire le film du réalisateur et qu’il soit content. La rencontre et l’expérience humaine, la gestion d’une équipe (et tout ce que ça représente) et puis il y a aussi tous les moments magiques où les comédiens me touchent en direct face à la caméra. Ces moments où ils m’émeuvent, me font rire et me font pleurer… Et que l’on sait que la scène transmettra cette émotion à un spectateur quelque part.

 

Quels sont les conseils que vous donneriez à un jeune qui souhaite se lancer?

Je dirais qu’il faut persévérer car il y a parfois de longues semaines, voire de longs mois d’attente avant qu’on ne nous propose un stage, un essai. Je dirais qu’il faut aimer vouloir apprendre et apprendre vite car un plateau de cinéma fonctionne avec toute une série de mécanismes et d’automatismes qu’il faut pouvoir intégrer rapidement.

 

Je dirais qu’il faut être courageux car les journées peuvent être longues. Je dirais aussi qu’il ne faut avoir aucun a priori sur le métier car parfois quand on commence, il nous arrive de faire des dizaines de choses qui n’ont pas forcément un rapport direct avec le cinéma (photocopie, réunions, travaux informatiques…) mais que toutes ces expériences nous enrichissent d’une manière ou d’une autre.

 

 

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.