Sébastien Minette,
Enquêteur à la police judiciaire fédérale de Charleroi

Interview réalisée en mai 2018

Comment êtes-vous devenu enquêteur ? 

Après ma formation de base (inspecteur), j’ai pu accéder à des services différents au sein de la police locale et fédérale. J’ai commencé à Bruxelles ou j’ai réalisé de nombreuses opérations d’ordre (manifestations, football, procès Dutroux en 2004, etc.). Ensuite, je me suis rapproché du travail policier en lui-même en intégrant le service intervention à Nivelles et à Charleroi.

Etant donné que je fais beaucoup de sport, j’ai voulu intégrer un commissariat de proximité pour organiser mes journées avec mes entraînements. Ma volonté était toujours d’aller plus loin dans mes démarches, de prendre le temps pour « fermer » toutes les portes et pour analyser plus en profondeur mes possibilités d’évolution. C’est ainsi que je me suis rendu compte que j’avais plus la « fibre » enquêteur. 

Je me suis alors dirigé vers la section banditisme du service local de recherche à la zone de police de Charleroi.

En 2010, j’ai suivi la formation d’inspecteur principal à l’Académie de Namur pour, ensuite, rejoindre la police judiciaire fédérale à Charleroi.

Quelles est votre formation de base ?

Après mes 6 années secondaires, j’ai fait 2 années de bachelier en informatique, mais j’ai ensuite compris que ce secteur ne me convenait pas. 

J’ai donc postulé à l’ex-gendarmerie. A la réussite des tests, la réforme des services de police était mise en place et j’ai incorporé l’Académie de police de Namur pour une année d’instruction. 

Pourriez-vous décrire vos principales activités ? Avez-vous quelques anecdotes à raconter ?

Nous ne sommes pas en uniforme et nous sommes quand même souvent derrière un écran d’ordinateur. Le travail d’enquêteur est un travail de recherche. 

Il nous arrive d’effectuer des surveillances à l’extérieur ou encore d’effectuer des perquisitions tôt le matin. 

Les auditions des personnes prennent également une grande partie de notre travail. 

Lorsque nous sommes de garde pendant 24 heures, nous sommes soit au bureau, soit chez nous et nous devons descendre sur les lieux d’un crime ou d’une affaire importante endéans l’heure.

En plus du profil d’enquêteur, je suis aussi spécialiste de la maîtrise de la violence et je donne les entraînements de self-défense aux autres membres de mon unité. 

En quoi consiste votre travail au quotidien ? Pouvez-vous expliquer une journée « type » de travail ?

Le travail est relativement varié chez nous. 

On sait à quelle heure on commence sa journée (en général vers 7h ou 8h), mais il arrive parfois qu’on termine plus tard dans la nuit en fonction des évènements.

Lors de la période des attentats en 2015-2016, nous étions parfois consignés au bureau pour être prêts à réagir et effectuer des missions en urgence. 

Comme je l’ai signalé précédemment, notre travail est axé sur la recherche (téléphonique, informatique, surveillance, récolte d’informations, etc.), les auditions, les réunions avec les différents partenaires lors des opérations.

Par ailleurs, les évolutions technologiques ont une influence non négligeable sur notre travail. En effet, actuellement, tout le monde possède un smartphone avec énormément de données à analyser. Avec internet et les nombreux réseaux sociaux, nous devons être « à jour ».

Quelles sont les qualités requises pour exercer ce métier ?

Avant d’intégrer ce service, il faut d’abord avoir un minimum de 5 années d’expérience en intervention afin de pouvoir se rendre compte du travail qui est effectué sur le terrain (gestion d’événements, descente sur les lieux, etc.)

Il faut également avoir une capacité à rédiger et à synthétiser pour établir les rapports à l’attention du Procureur du roi ou du juge d’instruction.

L’esprit de recherche est tout aussi important, il m’est arrivé de relire plusieurs fois la même chose pour trouver un élément intéressant qui a permis de trouver l’auteur d’un délit. 

La criminalité évolue aussi en fonction des années qui passent. Nous devons donc également avoir cette capacité d’adaptation pour pouvoir être proactifs et essayer d’avoir un coup d’avance. 

Est-ce un secteur porteur d’emplois ? 

Au sein de la police intégrée, notre service n’est pas prioritaire, il manque plus de personnel dans d’autres services. Néanmoins, la population est relativement vieillissante, je pense que, d’ici quelques années, de nouvelles places seront disponibles.

Quelle formation avez-vous suivie ?

Après avoir intégré le service local de recherche, j’ai suivi une formation de 3 mois à Bruxelles, clôturée par un examen afin d’obtenir le brevet d’enquêteur. La matière concernée était axée sur les différentes lois (code pénal, code d’instruction criminelle, droit financier, etc.) et sur les différentes techniques d’enquêtes.

Une fois passé à la police judiciaire fédérale, j’ai de nouveau entamé une formation d’1 mois. Il s’agissait de matières plus spécifiques à mon emploi (coopération policière internationale, trafics internationaux, criminalité organisée, etc.).

Etant dans un service spécialisé, il m’arrive également de suivre l’une ou l’autre formation pendant l’année afin d’être à jour au niveau de mes connaissances.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.