Sébastien Moreno - Vacca, Architecte

Interview réalisée en janvier 2008

M. Sebastian MORENO-VACCA est architecte - A2M et Plate-forme Maison Passive asbl

En tant qu’architecte, en quoi consiste votre activité au quotidien ?

Les tâches au quotidien sont réparties suivant les différentes phases du projet, au jour le jour. Au début d’un projet, je rencontre les clients et je travaille uniquement en dessin à l’ordinateur. Ensuite, je suis sur chantier avec les ouvriers. Puis, je fais des visites pour voir des matériaux ou d’autres installations, d’autres bâtiments. C’est assez varié : je peux passer d’un immeuble de logement à un bureau, d’une piscine pour faire de la plongée à une salle de concert…

Quelles sont, à votre avis, les qualités personnelles et les compétences attendues dans ce domaine professionnel ?

Il faut vraiment y croire parce qu’on gagne très mal sa vie (pour info, un notaire gagne 400% de ce que gagne un architecte) et on travaille énormément. Il faut être passionné ! L’architecture est un mélange entre rigueur et créativité : il ne faut pas que le bâtiment s’écroule, qu’on gèle dans l’immeuble, qu’il y ait des infiltrations, il faut que ça tienne 50 ans, il faut respecter les normes en vigueur… et, en même temps, il y a un côté purement conceptuel, artistique, où il faut avoir des idées, des flashs.

Ce qui est bien en architecture durable, c’est qu’il ne faut pas de technologie spécifique pour réaliser des bâtiments qui consomment très peu. C’est un véritable retour à l’architecture : on en revient à s’occuper uniquement de l’enveloppe du bâtiment. Il n’y a pas de panneaux solaires ou de pompe à chaleur. Ces gadgets sont sympathiques, mais c’est un peu la cerise sur le gâteau. On cherche plutôt une nouvelle manière de construire… plus responsable.

Quels sont, à votre avis, les avantages et les inconvénients de ce type d’activité ?

C’est un métier extrêmement diversifié. L’idée de construire des bâtiments qui vont me survivre me plaît aussi. Enfin, c’est tout à fait gratifiant de savoir que l’on contribue légèrement à faire changer les choses en concevant des bâtiments économes en énergie. Les inconvénients : en Belgique, l’architecte est responsable d’énormément de choses. L’architecte est toujours en partie responsable, même si ce n’est pas lui le fautif. Par ailleurs, les honoraires ne suivent pas. Quand un architecte signe un projet, il s’engage sur ses biens propres, même s’il est en société. C’est la loi qui l’impose. L’architecte a une responsabilité décennale. Elle porte sur la conception et le contrôle de l’exécution des travaux. L’entrepreneur a, quant à lui, la responsabilité de l’exécution même des travaux.

Quel est l’horaire de travail ?

Dans un bureau de taille moyenne (10-15 personne), on travaille quand même beaucoup. On travaille de 9h à 17h, mais souvent on déborde le soir et la nuit. Dans les bureaux plus importants, au-delà de 15-20 architectes, les projets sont beaucoup plus gros et à très long terme permettent des horaires plus réguliers et on ne travaille pas le week-end. Comme l’architecte travaille en général comme indépendant, il y en a beaucoup qui, comme moi quand j’ai commencé, travaillent dans un bureau de 9h à 17h et consacrent le reste de leur temps à développer leurs propres projets.Il faut le vouloir !

Comment décririez-vous le milieu de travail ?

Il y a très peu de salariés, c’est vraiment rare, sauf quand on travaille dans l’administration, à la Région, à la Commune, à la Communauté française… A l’inverse, l’ingénieur architecte exerce sa profession le plus souvent dans un cadre salarié. Les bureaux classiques d’architecture organisent les tâches de manière verticale : une partie du staff fait de la conception, prépare les concours, etc. et l’autre partie ne réalise que les cahiers des charges, les études de chantier, etc. On peut aussi travailler de manière horizontale : quand un jeune démarre un projet, il l’accomplit jusqu’à la fin, aidé par plusieurs collaborateurs qui travaillent aussi chacun sur un projet et qui sont aussi aidés par des collaborateurs, et ainsi de suite. Il faut aussi savoir que la construction est un processus très lent. Quand on gagne un concours et qu’on dessine un projet, il sera construit peut-être 3 ou 4 ans après. En soi, il n’y a aucune innovation pour une construction passive.

Quelles études/formations avez-vous faites pour accéder à cette profession ?

J’ai étudié à Saint-Luc pendant 5 ans. Après, j’ai suivi des formations pour pouvoir me spécialiser dans le bâtiment passif ou basse énergie. Celles-ci sont proposées par des sociétés qui fournissent certains programmes de calculs d’énergie. Il y a aussi des formations de 3ème cycle en université. Maintenant, je suis de l’autre côté de la barrière puisque je donne cours à La Cambre et je dispense aussi des formations.

Quelles sont les perspectives d’avenir ?

Dans le bâtiment passif ou à basse énergie, il y aura de plus en plus de demandes et il y a très peu d’architectes formés dans ce domaine. En 2006, on a créé une asbl, la Plate-forme Maison Passive, qui propose des formations spécifiques, mais elles ne suffisent pas. A La Cambre, depuis cette année seulement, on intègre des formations au sein de l’école. Cela signifie donc des centaines d’étudiants qui sortent diplômés et qui ne sont pas formés en basse énergie. Or, depuis le 4 juillet 2008, à Bruxelles, on est obligé d’atteindre un niveau de performance, qui s’appelle la Performance Énergétique du Bâtiment. La PEB ce n’est pas encore du passif, ce sont des normes un peu plus basses que ce qui se faisait en moyenne jusqu’à présent. En Flandre, la PEB existe depuis 2006 et, en Wallonie, depuis septembre 2008. La conséquence de cette nouvelle norme, c’est que quiconque introduit un permis doit s’engager à ne pas dépasser un certain niveau de consommation. Et ce sera contrôlé. Si vous êtes au-dessus de ce que vous avez prévu, vous avez des amendes : 15.000 euros par logement ! Qu’on soit pour ou contre, c’est voté, c’est dans la loi. Et dire que tous ces nouveaux diplômés ne sont au courant de rien !

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui souhaite se lancer dans cette voie ?

Pour l’architecture durable, c’est un engagement à très long terme. La plupart des bâtiments qu’on réalise vont nous survivre. La durée de vie d’un immeuble en Belgique, c’est 100 ans. Ce que j’ai vu souvent aussi, ce sont des gens qui sortent des études et qui sont pleins d’idéaux. Ils arrivent dans le monde concret et sont déçus, il y en a qui deviennent cyniques, négatifs. On peut s’arrêter là ou aller au-delà et reprendre les choses en main. Il faut du courage pour s’accrocher !

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.