Sébastien Nicaise,
Jongleur et acrobate

Interview réalisée en septembre 2008

Sébastien Nicaise est jongleur de diabolo et acrobate.

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

J’ai fait mes études secondaires à Liège en math-sciences et je faisais déjà du théâtre parallèlement à mes études. Comme j’étais un enfant plutôt turbulent, ma maman m’a inscrit dans une école de cirque quand j’avais 9 ans. Je faisais des stages pendant les vacances et puis, vers l’âge de 15 ans, je passais mes week-ends à faire du cirque. Finalement, je faisais plus de diabolo que de devoirs ! Je n’ai pas terminé mes humanités et je me suis lancé complètement dans le cirque. Au départ, je voulais être cascadeur mais je me suis rendu compte que je préférais la scène à l’écran. J’ai passé les auditions de l’Ecole de Cirque de Montréal où j’ai été reçu. J’y suis resté un an avant de travailler pour le cirque suisse « Starlight » pendant 2 ans. Après, j’ai beaucoup voyagé, j’ai suivi une formation à l’école Lassaad à Bruxelles. J’ai fondé une asbl qui s’appelle « Liens des arts » et qui a pour objectifs de promouvoir les artistes, de trouver des événements dans lesquels ils peuvent se produire, des lieux où s'entrainer, du matériel, etc. Le but de l'asbl est de créer un maximum de liens de toute nature entre les acteurs des différents milieux artistiques. J’ai également tourné longtemps avec un numéro de diabolo en duo, j’ai travaillé pour différentes compagnies, j’ai formé et créé avec d’autres artistes le « Cabaret de la Famille Ramon ». Pour l’heure, mon rêve serait d’aller au Sénégal et d’y créer un festival itinérant, une troupe qui deviendrait un mini-village au fil de ses déplacements, avec des spectacles,etc. Le but étant de partager un point de vue européen sur un thème mais avec le point de vue africain, enrichit de toute cette expérience.

Quelles sont les qualités qu’il faut posséder pour devenir jongleur ?

Il faut être têtu, inventif, s’entraîner longtemps et répéter sans cesse un même mouvement jusqu’à ce que ça soit parfaitement exécuté. Il faut également être passionné par ce qu’on fait, par les arts. Pour moi, la jonglerie est un moyen de sortir du quotidien, c’est une découverte qui m’a permis de prendre davantage confiance en moi. Tous les jongleurs ne passent pas forcément par une école, certains sont autodidactes. Il n’y a pas de règles, pas de parcours prédéfini, il faut vraiment être passionné car le but ultime reste le même : être sur scène et se donner à sa manière, que ce soit par la jonglerie, le chant, la danse, le théâtre, la musique,etc.

Quelles sont les difficultés que l’on rencontre lorsque l’on est jeune artiste ?

Avoir les moyens matériels et financiers. Le rêve serait d'avoir un statut suffisamment élevé que pour jouir d'un "salaire fixe", d'une base minimale qui permettrait de ne plus penser qu'à la création! Développer son art, faire valoir son travail, trouver les cercles d'amis, de collègues, rechercher des contrats, s'autodicipliner, etc.

Concrètement, comment préparez-vous un numéro ? Où puisez-vous votre inspiration ?

Dans un premier temps, je choisis le public cible puis le contexte dans lequel le numéro sera joué (galas, festivals, dans la rue, écoles,etc.). En fonction de ce contexte, il faut choisir la durée adéquate. Dans un second temps, je choisis un personnage, lui construis une "vie" et je m'accorde quelques semaines de travail pour l'explorer, l'inventer. Ensuite, je choisis un thème qui va porter toute l'aventure du personnage, je le cadre dans une situation, dans un instant de son quotidien. Je cherche un élément déclencheur, je travaille ses émotions, ses gestes. Si le spectacle comporte des techniques de cirque, je les intègre au thème ou j'utilise le thème pour mettre en valeur la technique. Pour ma part, j’aime jouer des personnages qui bougent, je joue sur la musique, j'aime chorégraphier mes mouvements. Mettre de la poésie, du rire, dans chaque geste et dans chaque dire. Dans un troisième temps, il est bon de jouer, d'essayer son spectacle devant un maximum de personnes afin d'entendre leurs remarques et faire évoluer le personnage. On peut également se faire aider par un metteur en scène, mais cela reste un choix personnel.

Pensez-vous que pour un artiste, la polyvalence soit un atout ?

Je pense que oui mais il s’agit d’un atout à gérer prudemment. Je veux dire par là que se spécialiser dans une discipline, c’est bien aussi. On va plus loin dans un seul domaine, dans la technique et on reçoit la reconnaissance pour cela. C’est une question de choix : il y en a qui réussissent très bien à faire plusieurs choses différentes et d’autres qui se cantonnent à une seule discipline. Que l’on choisisse l’un ou l’autre, on ne touchera pas le même public.

Où vous produisez-vous généralement ?

En général, je me produis en Belgique, en France, en Suisse, en Allemagne, bref, en Europe. Mais je suis également passé par le Canada, le Brésil ou encore le Maroc. Sinon, je me rends dans les fêtes de famille, les foires, les brocantes, les festivals ou dans des événements pour des entreprises. C’est très large quand on est artiste de cirque.

Quels seraient les conseils que vous donneriez à un jeune qui veut se lancer ?

Idéologiquement: sois toi, ton ombre et ta lumière. Selon moi, devant le public, nous sommes des messagers, des ouvreurs de consciences, des créateurs de présent. Nous explorons toutes les facettes de nos personnages pour les partager avec tous et peut-être permettre à certains d'en faire autant. L’individualisme, la consommation, l'immédiateté ont envahi le quotidien de beaucoup. Quand le public est devant vous, il s'arrête et vit le présent, en harmonie avec d'autres personnes qui regardent également. Pratiquement: créer tes spectacles, ta vie, démarche, créer toi même ton propre emploi. Il faut sans cesse penser à se renouveler, à recréer et à démarcher. La communication est donc très importante. Aller de l'avant, croire en ses projets, être un peu fou et ne pas avoir peur d'être différent 

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.