Serge Clicq,
Garde champêtre particulier

Interview réalisée en mai 2015  —  Interview 1210

Quel est votre parcours ?

Mon grand-père maternel était un braconnier patenté et son frère, mon parrain, était garde-chasse. Je pense que l’origine de mon parcours vient de là. Jeune, j’étais en admiration en regardant les chasseurs, les armes, les chiens, le gibier… Vers l’âge de 14 ans, je suis devenu rabatteur et je faisais déjà de la gestion. J’avais cela dans le sang. Puis, j’ai passé l’examen de chasse. Toutefois, c’est le rôle du garde-chasse qui l’emportait en moi. Etre au bois, seul, observer le gibier, les oiseaux, toute la vie que renferme ce milieu. Je suis aussi heureux d’observer un écureuil qu’un chevreuil. Je n’ai jamais eu envie de devenir chasseur ou garde pour tuer. Malgré cela, la régulation fait partie du jeu afin d’équilibrer et de protéger. Pour ce qui est de la formation, je suis autodidacte.

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’exercer ce métier plus particulièrement ?

Comme je vous l’ai dit, rien de m’a donné envie, je l’avais en moi. Cela dit, j’ai été emmené à la chasse, les premières fois, par deux chasseurs aguerris et j’ai appris beaucoup avec eux.

Quelles sont les conditions d’accès à ce métier ?

Depuis le 08 janvier 2006, le garde-chasse a obtenu un statut (MB 26.02.2006 modifié par les AR du 20.12.2007 (MB 12.02.2008) et du 01.07.2011 (MB. 15.07.11) précisant mieux son rôle que le Code Rural ne le faisait (article 64 du Code rural) et son appellation a changé. Il est devenu garde champêtre particulier. Les gardes en place à l’époque de la publication de l’AR, n’ont dû suivre qu’une formation condensée avec recyclage quinquennal. Actuellement, les candidats gardes, pour accéder à la fonction, doivent suivre une formation de 80 heures de cours et réussir l’examen de chasse en Région wallonne. La matière vue durant les cours, organisés une fois par an dans les Provinces de Hainaut, Namur, Liège et Luxembourg, porte sur le Code rural, la loi sur la chasse, la conservation de la Nature, le Code forestier, les missions de Police, la rédaction des PV, le secourisme, la lutte contre les incendies, etc. Les uns et les autres doivent suivre le recyclage quinquennal.

Les lauréats doivent ensuite prêter serment devant le juge de Paix, pour pouvoir exercer leur fonction.

Le Code Rural dispose ainsi :

" Art. 63. Ils ne peuvent entrer en fonctions qu'après avoir prêté, devant le juge de paix du canton de leur résidence, le serment suivant : "Je jure fidélité au Roi, obéissance à la Constitution et aux lois du peuple belge".

Ils sont, de plus, tenus de faire enregistrer leur commission et l'acte de prestation de leur serment au greffe des justices de paix dans le ressort duquel ils doivent exercer leurs fonctions.
Le gouverneur pourra retirer l'agréation des gardes champêtres particuliers ; ils seront préalablement entendus.

Le commettant qui retirera la commission à un garde particulier sera tenu d'en informer immédiatement le gouverneur par lettre recommandée. Le retrait de la commission n'aura d'effet qu'à partir du jour où le gouverneur en aura pris acte. ".

En quoi consiste votre métier concrètement ?

La fonction de garde champêtre particulier (en abrégé GCP) est une fonction de Police à part entière. Le GCP étant un officier de police judiciaire (OPJ) « ratione loci », là où il a autorité (le territoire soumis à sa surveillance). Il est donc chargé de verbaliser toutes les infractions dont il a connaissance, dans la mesure où celles-ci sont de sa compétence. Il représente la Loi et doit la faire respecter. Son chef hiérarchique direct est le Procureur du Roi et non la personne à qui il prête ses services.

Le GCP doit porter l’uniforme réglementaire pour pouvoir porter une arme de chasse ou interpeller une personne.

Outre cette base dans sa fonction, il est normalement appelé, par son commettant (son employeur), à exercer de la gestion : nourrissage du gibier, son recensement, la préparation des jours de chasse (lignes de tir, entretien des miradors, numérotation des postes …). Il doit connaître à fond son territoire et « son » gibier. Mais j’insiste, il faut différencier la fonction de GCP de celle de gestionnaire, même s’il y a des interférences inévitables entre-elles.

Quelles sont les infractions les plus fréquemment commises ? Sont-elles nombreuses dans l’ensemble ?

Le plus important est de veiller au braconnage, de jour comme de nuit. L’ombre du GCP doit planer 24h/24 sur son territoire. Il doit être imprévisible et dissuasif. Non seulement pour protéger le gibier qui sera chassé en saison, mais surtout pour garantir la quiétude de celui-ci. Le rapport avec le public est important. Le GCP doit conscientiser le promeneur que son chien ne peut pas vagabonder, que les quads ne peuvent pas rouler où ils veulent, en un mot : qu’un territoire de chasse n’est pas un terrain vague que chacun peut investir à son bon vouloir.

Le GCP peut dresser PV pour toutes les infractions à la loi sur la chasse. Il y a une énorme dissociation à faire entre son employeur (un chasseur qui lui confie la surveillance de son territoire) et son rôle d’OPJ. Le GCP n’a aucun compte à rendre à celui qui l’emploie. Il est, je le répète, sous l’autorité directe du Procureur du Roi.

Pour l’aider à remplir sa mission, le GCP peut requérir les forces de l’ordre : la Police, l’Unité Anti Braconnage  et les agents des forêts du SPW.

Il peut également dresser des PV d’information au Parquet pour des infractions ne relevant pas de sa compétence mais aussi dans des cas de flagrant délit de dépôt d’immondices clandestin (MB 01/07/2013 Section 1re. – Constatations Art. 20. Les infractions qui peuvent faire l'objet de sanctions administratives sont constatées par un fonctionnaire de police, un agent de police ou un garde champêtre particulier dans le cadre de ses compétences. »).

Il demeure cependant rare de devoir dresser un PV, quand le dialogue est privilégié et qu’il n’y a pas récidive.

Quelles sont les conditions de travail ?

Le GCP n’a pas d’horaire de prestations. Il gère son travail en fonction des besoins. S’il suspecte du braconnage nocturne, rien ne l’empêche d’être sur son territoire durant la nuit. S’il juge utile une ronde très tôt le matin, rien ne l’en empêche. Ainsi, par exemple, s’il pose des collets à renards, il doit les contrôler journellement. Rien ne lui interdit de le faire à 05h00 du matin. S’il aime voir « son » gibier dans le silence de l’aube ou du crépuscule, il peut très bien occuper soit les miradors ou les endroits les plus fréquentés par les animaux aux heures qu’il juge les meilleures.

Le statut du GCP a plusieurs facettes. Il est, comme dit plus haut, officier de police judiciaire à compétences restreintes. Sa fonction est donc régie par le SPF Intérieur. Toutefois, il est lié à un employeur (son patron) et ce, à durée indéterminée. La rémunération du GCP est un accord entre lui et son employeur. Il faut savoir que beaucoup de GCP fonctionnent à temps partiel, c’est-à-dire en dehors de leurs heures de prestation à temps plein dans un autre domaine.

Chaque particulier ayant un bien à défendre peut avoir à son service un GCP (droit de pêche, propriétés forestières ou tout autre intérêt).

Quels sont les aspects positifs et négatifs de votre métier ?

J’ai tendance à dire que tout est positif. Toutefois, il y a, comme en toute fonction, des côtés que certains aiment moins. Ainsi celui d’interpeller des personnes, suivre l’actualité de la législation, faire une remarque à un chasseur, ou encore d’être appelé pour tout et pour rien par des personnes qui croient qu’au bois et en plaine, le GCP est responsable de tout.

Le plus négatif, selon moi, est d’être au service d’un particulier qui peut vous remercier du jour au lendemain, sans devoir donner de motif à l’Autorité compétente.

Votre profession a-t-elle évolué depuis que vous l’exercez ?

Oui, depuis 2006. Le garde-chasse ayant disparu au profit du garde champêtre particulier, l’univers de ce dernier a profondément changé. Jadis, le garde-chasse était un peu n’importe qui et sans véritable formation. Actuellement avec la formation des 80h, l’obligation de réussir le permis de chasse, l’obligation du port de l’uniforme et les recyclages quinquennaux oui, la profession a changé, et en bien !

Quelles sont, selon vous, les qualités à posséder pour devenir garde champêtre particulier ?

La première qualité à posséder c’est la passion du métier. Un GCP qui envisagerait sa mission comme du fonctionnariat serait un mauvais GCP. Il faut savoir donner sans compter. Réussir les formations c’est très bien, mais l’important c’est ce qui vient après. Il faut aussi avoir un petit sens « Police » et aimer s’intéresser aux textes de la législation. Nous vivons dans une société où les citoyens sont de plus en plus informés de leurs droits, ce qui nécessite de suivre l’actualité de la législation cynégétique. Les recyclages quinquennaux sont là pour ça, mais en cinq ans beaucoup de choses changent. Si le GCP fait de la gestion conjointement à sa mission d’OPJ, ce qui est très souvent le cas, il doit avoir un minimum de connaissances techniques telles que savoir faucher, conduire un tracteur, tronçonner, réparer des mangeoires, etc. Je dirais qu’il doit être un peu bricoleur pour pouvoir assumer la logistique de son territoire.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui voudrait exercer ce métier?

Je lui dirais que c’est le plus beau métier du monde. Si celui qui se sent attiré par la fonction le fait à titre de passion, là je suis sans réserve. De toute manière les matières dispensées tant aux cours préparatoires au permis de chasse qu’aux cours de GCP sont forts instructives. J’ai presque envie de dire que celui qui dispose d’un peu de temps et qui veut en savoir plus sur la législation et l’histoire naturelle devrait s’inscrire aux cours comme certains s’inscrivent dans des cours d’autres matières.

Vous êtes jeune ? Vous aimez la Nature ? Vous considérez la chasse éthique et la pêche comme des passions légitimes ? N’hésitez pas ; devenez garde champêtre particulier ! 

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.