Serge Hock, Marchandiseur

Interview réalisée en mai 2008

Serge Hock est "category merchandiser" en boucherie poissonnerie chez Delhaize le Lion depuis 33 ans. 

En quoi consiste votre activité au quotidien ? 

Je visite des supermarchés pour contrôler la qualité et la fraîcheur des articles de boucherie et de poissonnerie. Je supervise également la gestion de ces rayons et le respect des méthodes de travail. J’informe sur les nouveaux articles. Je donne des formations en découpe de la viande et en gestion des commandes. Je m’occupe aussi des tests de découpe. Pour chaque quartier de viande, chaque bête, il faut respecter une découpe spécifique. Je veille, avec mes collègues, à ce que la pratique soit conforme d’Ostende à Arlon et que le travail soit effectué de la même façon dans tous les supermarchés de l’enseigne. 

Je suis également responsable de l’engagement des bouchers. Je fais passer des tests aux candidats pour voir s’ils ont les capacités et la connaissance du métier. Certaines personnes n’ont pas de diplôme de boucher et travaillent très bien, depuis très longtemps, alors que certains jeunes diplômés ont très peu de pratique. Lorsque Delhaize lance une campagne promotionnelle pour un produit, je me charge de l’installation et de la mise en valeur des articles et je vérifie, sur le terrain, que les consignes soient bien suivies. Au rayon boucherie, il y a ce qu’on appelle le « comptoir événements » qui sera, tour à tour, en fonction de la saison, transformé en coin barbecue ou festif, par exemple. J’ai des objectifs hebdomadaires de vente et de « merchandising » et mon rôle est de les faire respecter. Après chaque visite, je discute avec le chef de rayon et je fais un rapport détaillé afin que la direction soit informée. 

Quelles sont les qualités nécessaires pour exercer votre profession ? 

Je pense qu’il faut être un bon communicateur pour faire passer les bons messages. Il faut avoir une autorité naturelle et une connaissance des ficelles du métier. La boucherie est un métier spécifique. De plus, il ne faut pas avoir peur de rouler. Je fais 60 000 km par an. J’ai un secteur fort étendu. Je m’occupe des Delhaize dans les provinces de Liège, de Namur, jusqu’au pays du Luxembourg. Il faut aussi être disponible : ne pas compter ses heures de travail. Je n’ai pas d’horaires ! 

Quels sont les avantages et les inconvénients de votre métier ? 

Ce métier est très varié. Deux jours ne se ressemblent pas. Cela me plaît beaucoup. Je ne m’ennuie jamais. Il est vrai que certaines journées sont plus difficiles que d’autres.

J’ai beaucoup de contacts avec des personnes très différentes, ce qui est très enrichissant. Je m’entretiens aussi bien avec le personnel de Delhaize qu’avec les clients, la direction ou les grossistes. Je suis un bon vivant, j’aime bien manger, ce qui me fait aussi aimer mon boulot… 

On ne sait pas de quoi demain sera fait, mais il arrive, évidemment, de ne pas avoir envie de passer la journée sur la route. Lorsque je suis fatigué, je m’arrange pour que mes visites soient plus calmes ou plus rapprochées, mais j’ai un planning à respecter et je ne peux pas être toujours près de chez moi. L’inconnu est un point positif mais peut aussi parfois être négatif. Si on m’avertit en dernière minute d’une réunion, je dois y être. A part ça, je ne vois rien de négatif. 

Quel est l’horaire de travail ? 

Tout dépend des jours. Hier, j’étais à 6h du matin dans un magasin. S’il y a une heure de route, il faut se lever à 4h30 du matin. Lorsqu’il y a une ouverture ou un « remodeling » , il faut être prêt à travailler beaucoup. Par exemple, dimanche, nous avons installé de nouveaux comptoirs dans un supermarché. Nous avons tout réimplanté le lundi matin, c’est-à-dire que nous avons réinstallé les produits. Imaginez le temps que peut prendre le déménagement de tous les articles : les différentes viandes, les charcuteries, le poulet, … 

En général, je pars de chez moi vers 7h ou 7h30 et je ne rentre jamais avant 18h30. Je travaille trois samedi par mois, mais je récupère une journée dans la semaine. 

Pourquoi avez-vous choisi ce métier ? 

Je n’étais pas fait pour les études. J’avais envie et j’avais besoin d’être indépendant. Le fait de pouvoir travailler m’a donné rapidement cette autonomie. A 16 ans, j’ai pu me payer ma première moto… Je voulais vivre libre. Dès qu’on m’a parlé du métier de boucher, cela m’a plu. Un ami de mes parents qui était marchandiseur m’a expliqué son parcours. Son enthousiasme pour ce métier m’a motivé. Il m’a dit qu’on ouvrait un Delhaize à trois kilomètres de chez moi et m’a demandé si je voulais venir travailler comme apprenti boucher. Je n’ai pas réfléchi, j’ai dit « oui » tout de suite. Tout a été très vite. Ils m’ont proposé ce poste début juin. Le quinze, je commençais à travailler comme étudiant et un mois plus tard, j’étais engagé définitivement. 

Quelles études avez-vous suivies pour accéder à votre profession ? 

J’ai quitté l’école à 14 ans. J’étais très ambitieux et, grâce à Delhaize, « dans le bain » par rapport à la boucherie,... A 18 ans, j’ai suivi des cours du soir en boucherie à Namur. Comme je maîtrisais déjà le métier, j’ai pu, en deux ans, avoir mon diplôme qui, normalement, n’est décerné qu’après quatre ans d’études. 

Quel a été votre parcours professionnel ? 

J’ai donc commencé à 14 ans comme apprenti boucher. L’ami de mes parents qui avait fait carrière dans ce domaine a accepté de me former. Chez Delhaize, il existe une formation interne très développée. Nous pouvons passer des brevets de connaissance qui nous permettent d’apprendre le métier de boucher en grande surface. Les tâches ne sont pas les mêmes que pour un indépendant. Ici, on ne fabrique pas de charcuterie, on ne dépiaute pas la volaille. Nous sommes spécialisés dans la découpe, le parage et la mise sur raviers. 

Après une année d’apprentissage, j’ai été nommé « boucher ». A 17 ans, j’ai fait mon service militaire. A 18 ans, j’ai repris mes activités et les cours. J’ai été promu chef d’atelier à 19 ans. J’ai fait plusieurs magasins. A 24 ans, j’étais le plus jeune chef boucher de chez Delhaize ! J’ai travaillé dans plusieurs supermarchés. 

A 41 ans, j’ai été nommé marchandiseur. J’occupe donc ce poste depuis sept ans. Avant j’étais toujours dans un magasin, je refaisais les mêmes gestes. Je pense être tombé dans la bonne période. Aujourd’hui, le diplôme prime sur l’expérience. Il devient donc certainement plus difficile de faire une telle carrière en débutant comme apprenti. J’ai eu la chance d’arriver à un poste de cadre magnifique sans avoir fait d’études supérieures. Il est toujours possible aujourd’hui de bénéficier de promotions internes, mais une personne non diplômée de l’enseignement supérieur plafonnera au niveau que j’ai atteint. 

Nous ne sommes que cinq category marchandiseurs pour les rayons boucherie et poissonnerie dans tous les supermarchés Delhaize de Belgique : deux en Wallonie, deux en Flandre et un à Bruxelles. D’autres marchandiseurs travaillent avec les affiliés, les indépendants. Leurs tâches sont différentes, puisqu’ils n’ont qu’un rôle de conseil et d’information. 

Avez-vous une anecdote à raconter ? 

A 26 ans, Delhaize m’a envoyé au Cameroun. Je devais former le personnel de plusieurs magasins. Nous travaillions avec de la viande importée, mais aussi avec des marchandises locales. Un jour, j’aperçois un morceau de viande sur le comptoir. Je regarde et je me dis que je vais vraiment passer pour quelqu’un qui ne connaît pas son métier. Impossible de dire ce que c’était ! En faisant parler les gens, je me suis rendu compte que c’était la bosse du zébu ! Forcément, chez nous, les bêtes n’ont pas de bosses et je n’avais jamais vu une telle pièce en Belgique ! Ce morceau est très particulier, fort persillé de gras, sa structure est vraiment spéciale. 

L’Afrique m’a beaucoup marqué, j’ai aimé la manière dont les gens travaillent et s’appliquent. Ils étaient toujours très contents de recevoir des conseils et d’être formés. Un jour, nous expliquions aux employés comment faire une présentation. Ils étaient trois à y travailler. Après un bon moment, la présentation était achevée. C’était vraiment beau, une masse de produits bien arrangés, mais en fait, l’un des trois employés était coincé dans la présentation et ne pouvait plus sortir ! On a dû tout démonter pour l’en extraire puis tout recommencer. Dans mon métier, il faut vraiment tout expliquer de A à Z avant de laisser les gens travailler eux-mêmes.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.