Serge Lesoil et Stéphane Dhondt,
Gardien de la paix

Interview réalisée en octobre 2016

Serge Lesoil, gardien de la paix et Stéphane Dhondt, responsable du service Gardien de la paix

En quoi consiste la fonction de gardien de la paix ?

S.D : Le gardien de la paix a différentes missions légales. Il y a une mission d’information et de civilisation par rapport à différentes thématiques liées à la sécurité, à la propreté, à l’environnement. Il y a aussi un rôle de signalement aux services compétents par rapport à tout ce qu’ils peuvent détecter sur l’entité de Charleroi. Ce sont liés à des phénomènes de propreté, de sécurité, de voiries défectueuses, de tags, de dégradations. Quotidiennement, ils rentrent des rapports qui sont transmis aux services compétents pour en assurer le suivi.

Au niveau de la sécurité routière, ils ont un rôle d’information et de sensibilisation au respect du code de la route. Certains personnels sont placés aux abords de certaines écoles pour faire traverser les enfants. Il a toujours ce rôle d’information du « respect » des règles.

Il y a aussi le rôle du gardien de la paix constatateur qui rédige ses rapports lui-même et l’envoie via l’officier sanctionnateur à la personne concernée. Là, il va un peu plus vers la répression. A Charleroi, pour l’instant, c’est très rare parce qu’on a qu’un agent. On a une dizaine d’agents qui sont en attente d’être désigné par l’Arrêté Royal.

S.L : Une des missions principales est de maintenir une présence rassurante en ville ou lors d’événements. Il faut être visible par un uniforme. Par cela, on rassure également la population et nous sommes les relais des citoyens vers d’autres services d’administrations ou une autorité publique. Lors de différents événements qui sont organisés sur Charleroi, on est présent pour apporter notre aide.

Avez-vous des compétences policières ?

S.L : Non, on n’a pas de compétences policières.

Quelles sont les différences entre steward urbain et gardien de la paix ?

S.D : Les stewards sont principalement en centre-ville. Ils sont plus axés en centre-ville sur les relations avec les commerçants et avec les citoyens qui se rendent dans les commerces. Ils ont aussi un rôle de statistiques, de comptage du flux des chalands.

S.L : Pour différencier du steward, je dirais que le steward est plutôt un métier de guidance alors que gardien de la paix est plutôt un métier de prévention qui peut devenir répressif par l’envoi des rapports que nous faisons à un officier sanctionnateur qui, lui, transforme ces rapports en sanctions.

Comment devient-on gardien de la paix ?

S.D : L’Arrêté Royal spécifie  les missions, le fonctionnement et l’engagement des gardiens de la paix. Pour devenir gardien de la paix, il n’y a pas de conditions de diplômes mais il faut suivre une formation d’une centaine d’heures. Par contre, pour devenir gardien de la paix constatateur, il faut le CESS, suivre une formation complémentaire et réussir un examen.

S.L : Il y a également des formations pour être également accompagnateur scolaire. Par exemple, le matin, je fais traverser les enfants d’une école d’enseignement adapté à Marcinelle. C’est un carrefour relativement dangereux donc à l’aide de signaux, j’aide les parents et  les enfants à traverser.

Quels sont les avantages du métier ?

S.L : Il faut aimer ce qu’on fait. Le contact avec les personnes et travailler à l’extérieur est évidemment important bien qu’il y ait des gardiens de la paix avec des postes fixes au service des étrangers à la commune de Marcinelle par exemple pour fluidifier l’arrivée des personnes. Les gens commencent à reconnaître l’uniforme. Lorsqu’on est sur le marché, les commerçants nous disent quand ils ont un petit problème. Les gens commencent à communiquer avec nous : « il y a de la végétation qui déborde sur le trottoir, on ne sait plus passer », « il y a des poteaux qui ont été renversés par une voiture cette nuit ». C’est un contact humain régulier, permanent.

Les inconvénients ?

S.L : Les pieds ! (Au centre-ville, ils marchent entre 15 et 20 kilomètres) Lorsque je fais la circulation à Marcinelle, je suis souvent confronté à des personnes qui sont souvent en retard pour  aller à leur boulot et qui ne respectent pas  les passages piétons. J’ai droit aux insultes. Au sein du parc, on rencontre également des personnes qui jettent leurs canettes et leurs cartons à pizzas à terre alors que la poubelle est à cinq mètres. Dans ce cas, on leur fait la remarque – pas toujours bien reçue -  . En été, j’avais adopté un petit système : quand des enfants accompagnés de leurs parents allaient d’eux-mêmes mettre leurs papiers à la poubelle, je leur donnais un bonbon, histoire de les conscientiser aussi. De plus, il faut être à l’extérieur par tous les temps. Maintenant, tout inconvénient apporte parfois du positif. Quand vous êtes dans les rues et qu’un commerçant vous offre un gobelet avec un café chaud parce qu’il est content des services que vous apportez car son quartier est un peu plus sécurisé.

Quelles sont les conditions de travail ?

S.L : On a des horaires flexibles. On a plusieurs plages horaires suivant les événements. Par exemple, pendant NRJ in the Park, on travaille jusque minuit, voire une heure du matin. Nous sommes présents au marché de Charleroi le dimanche matin.

S.D : Principalement, l’horaire fonctionne sur du 8h-16h ou du 10h-18h en semaine. Pendant les week-ends, ça arrive qu’ils fassent des 13h-21h et deux fois par an seulement 17h-1h.

S.L : En contrepartie, on commence à avoir des remerciements de la part de la population. C’est valorisant pour nous puisqu’on est encouragé et moins critiqué.

Quelle est la journée type d’un gardien de la paix ?

S.L : Ma journée type c’est de faire la rentrée des classes le matin et le soir. Puis, je reviens ici et avec mon collègue, on part dans Monceau, Goutroux, Marchienne. On fait le tour et on constate les incivilités.

Quelles sont les compétences à avoir pour devenir gardien de la paix ?

S.L : Aimer le port de l’uniforme. Il faut aussi faire preuve d’empathie et se mettre à la place de la personne, essayer de la comprendre et de discuter avec elle. Aimer le contact des personnes, être sociable.

Que voyez-vous au cours de votre formation ?

S.L : On a eu des cours de gestion de conflit. On a passé une formation en accueil téléphonique. Ça vous aide aussi à dialoguer avec certaines personnes, la manière dont on interpelle les personnes. On a eu aussi des cours de self-défense pour essayer de mettre une certaine distance entre soi et la personne agressive.

Avez-vous une anecdote ?

S.D : Ils ont sauvé une personne qui faisait un malaise.

S.L : Ça a été difficile de pratiquer le secours et le massage cardiaque vu le non-respect de certaines personnes qui s’agglutinaient. Quoi qu’on puisse dire, on n’est pas habitués à ce genre de situation donc automatiquement, ça crée un certain stress. Heureusement, on avait eu un rappel sur le secourisme industriel quinze jours auparavant. Lorsqu’au mois de décembre, la personne « sauvée » nous a téléphoné pour nous remercier et nous dire qu’il allait pouvoir encore passer Noël cette année-ci avec sa femme et sa fille, c’était un beau cadeau.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.