Sonia Legrand, Webdesigner

Agence d'audiovisuel, LBO compte une vingtaine de personnes pour 4 départements. «Webdesigneuse», Sonja Legrand constitue à elle seule la cellule multimédia. Rencontre avec une jeune femme sur la vague.

Pourriez-vous présenter brièvement LBO ?

Il y a 4 grands départements : audiovisuel et broadcast (plateaux pour enregistrer des spots publicitaires, régies pour faire des mixages son, captations satellites pour faire de la vidéo conférence, etc.), computer graphics (pour tout ce qui est post-production, le maillon final de la chaîne publicitaire : effets spéciaux pour les spots, ajouts de génériques, textes, images de synthèse, etc.), events (prestation de services et location d'espaces pour des sociétés organisatrices d'événements) et enfin, le multimédia dont le développement, il y a 5 ans, s'inscrivait tout naturellement dans la logique de nos activités. Au départ, nous allions un peu dans tous les sens (DVD, CD-Roms, Web,...), puis, la cellule s'est dissoute. Depuis plus de 2 ans, LBO produit essentiellement des CD-Roms et du Web. Je travaille seule et uniquement avec des indépendants, ce qui permet de m'adapter en fonction de la demande de chaque client. Par exemple, pour un très gros site avec une base de données importante et donc une structure technique complexe, je fais appel à certains partenaires, tandis que pour un mini site éphémère, je préfère me tourner vers une équipe plus petite de programmeurs indépendants.

De quels horizons proviennent les personnes qui travaillent chez LBO ?

Au planning (personnes qui «bookent» les opérateurs de telle ou telle cellule), on trouve essentiellement des personnes issues d'études en communication, et le département production fait plutôt appel à des profils de techniciens (monteurs, régisseurs, etc.) issus d'écoles de cinéma comme l'INSAS ou l'IAD.

En quoi votre fonction consiste-t-elle ?

Je suis responsable de la cellule multimédia, en plus de mon rôle créatif en tant que graphiste. Dans un projet multimédia, je fais vraiment la base de la création : j'imagine la structure de toutes les pages (arborescence) et leur aspect graphique, je confère une homogénéité à l'ensemble, je crée les petites icônes et les boutons,... Quand j'ai fini ce travail de graphisme pur et dur, je transmets les pages à un programmeur. Chaque agence multimédia travaille selon sa structure et généralement les graphistes intègrent leurs pages et programment le site eux-mêmes. Personnellement, je m'arrête à la création. Ceci dit, il est très important pour un webdesigner de comprendre ce que fait le programmeur, de connaître les contraintes techniques.

Quels sont vos parcours scolaire et professionnel ?

J'ai étudié la communication graphique à La Cambre (5 ans) et je ne pensais pas travailler dans le multimédia qui en était alors à ses balbutiements. Je me suis donc présentée chez LBO pour faire un stage sans trop savoir où je mettais les pieds. J'ai appris sur le tas et j'ai transposé mes connaissances graphiques sur les supports multimédias qui impliquent d'autres contraintes techniques. Mais on peut démarrer dès que l'on a ces nouvelles clés en main. La création d'une page Web n'est pas fondamentalement différente d'une mise en page sur papier.

Comment se déroule la réalisation d'un projet ?

Je réalise 3 types de produits : des sites Web, des banners (petites publicités interactives) et des CD-Roms.

Sites Web : au cours d'un 1er briefing[1], le client me présente sa société et ses activités (produits), m'expose ses desiderata, me fournit des images,... J'arrive ainsi à me faire une idée de ses envies et à créer la structure de son site. S'il est d'accord avec cette arborescence, j'élabore un lay-out de base fictif, non animé et non programmé. Je présente alors au client un modèle de homepage (page d'accueil) et quelques exemples de sous-pages pour qu'il ait une vision globale. Lorsqu'il est d'accord, j'intègre les textes et les images, je construis les lay-out de toutes les pages, je fais les animations, je pré-compresse au bon format, et je donne ces éléments au programmeur qui intègre le tout. Il crée alors un «vrai faux» site qui fonctionne mais qui n'est pas on line. Ce n'est qu'après les derniers tests et l'accord du client que nous mettons le site en ligne. Quant au suivi, c'est à la demande du client : nous pouvons faire du hosting (hébergement), mettre à jour des newsletters, etc.

Les banners : il s'agit d'un travail très intéressant et d'un petit plus au niveau du webdesign impliquant d'autres contraintes graphiques. Les banners sont limités en dimensions (pixels), en poids (autant de kilobite) et dans la forme (rectangle imposé). Il existe des milliers de banners et pour marquer sa différence, il faut être le plus visuel (animation originale et slogan accrocheur) et aussi le plus rapide possible pour attirer les visiteurs en quelques secondes vers ce petit encart publicitaire. La création d'un banner est plus frustrante que celle d'un site, mais en même temps, c'est un challenge.

Les CD-Roms :j'en fais de moins en moins mais la demande est toujours là. Généralement, il s'agit de CD-Roms liés à un event particulier, un one-shot qui ne nécessite ni mises à jour ni reprogrammations coûteuses. Il y a aussi des CD-Roms d'archivage comme nous en avons réalisés pour un de nos clients qui souhaitait compiler tous les spots publicitaires de ses produits réalisés depuis les années 70. Au niveau créatif, la démarche est similaire à celle d'un site (création d'une arborescence, cheminement non linéaire, barre de navigation,...) mais un CD-Rom a des caractéristiques techniques autres, notamment la taille fixe. Personnellement, je trouve cela plus agréable que le Web parce que tout utilisateur aura une perception identique, tandis que sur le Web, tout dépend du type d'ordinateur utilisé, de l'écran, etc. Un CD-Rom permet aussi davantage de libertés (plus d'animations visuelles et sonores). Il permet d'imaginer tout un menu interactif et l'entièreté de l'image peut être rendue graphiquement alors que dans le Web, il faut rendre du texte avec un minimum d'images.

D'après vous, quel est le profil du webdesigner idéal ?

Pour bien structurer une page, il est nécessaire d'avoir les bases graphiques. Il faut être polyvalent et avoir une capacité d'adaptation parce que chaque site est une remise en question. Au niveau technique, les programmes graphiques les plus utilisés pour le Web sont Photoshop et Illustrator. Pour l'animation, il y a des softs (softwares) comme ImageReady, DreamWeaver, Flash, etc.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui souhaiterait exercer votre profession ?

Qu'il fonce parce que c'est vraiment passionnant, sans train-train quotidien. Mais, il ne faut surtout pas se lancer dans le multimédia parce que c'est à la mode. 

Quels sont les aspects positifs et négatifs de votre profession ?

L'évolution permanente constitue un aspect très positif. Je vois peu d'inconvénients si ce n'est lorsque le côté technique prend le dessus. Par exemple, l'impossibilité de réaliser une idée parce qu'elle est trop lourde. Il y a aussi le stress, quasi permanent, mais j'adore ce que je fais.

Que pensez-vous des stages ?

Personnellement, ça m'a énormément appris, en complément aux bases que je possédais mais aussi quant au secteur multimédia en général. Un stage permet de savoir si on se sent à l'aise dans tel domaine et évite de foncer tête baissée.

Comment se déroule une journée type ?

Je peux être sur 5 productions parallèlement. Exemple : je travaille pendant 2 heures sur un site qui doit être «updaté» (mis à jour) parce qu'une newsletter doit paraître, puis j'élabore l'arborescence d'un nouveau site et ensuite, je continue la construction d'un CD. Ce sont généralement des journées de 8 heures mais il faut être prêt à travailler au finish quand c'est nécessaire, très tard le soir et parfois le week-end.

Auriez-vous une anecdote à raconter ?

Dans un des CD-Roms que nous avons édités, on peut voir apparaître une photo du programmeur grâce à une touche cachée. Nous sommes probablement les seuls à le savoir mais nous avons tellement travaillé sur ce projet que nous avons trouvé amusant d'insérer cette petite private joke.

Est-ce que cette profession est plutôt féminine ?

Je le crois. Le contact avec le client notamment se passe très bien, même s'il faut parfois se battre parce qu'a priori une fille est moins crédible. On se demande pourquoi...

Échelle de remunération

De 50 000 à 70 000 FB net par mois selon expérience et responsabilités

http://www.lbo.be/


[1] Réunion d'information où le client expose sa problématique et définit ses besoins, attentes et exigences.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.