Sophie Authom,
Mathématicienne financière

Interview réalisée en octobre 2015

Faire un master en mathématiques, c’était une évidence pour vous ?

Pas vraiment non. Durant les études secondaires, je n'ai jamais réellement su ce que je voulais entreprendre comme études car j'avais à la fois l'âme d'une littéraire et l'esprit d'une scientifique. Mais dans ma réflexion j’ai tenu compte des débouchés. Les mathématiques peuvent mener à beaucoup de métiers différents. Pendant les trois premières années de bachelier, nous touchons à différents domaines (physique, informatique, probabilités, etc.) et cela permet de réfléchir sur son projet professionnel. Pour ma part, j’ai bien apprécié les cours de probabilité et mathématiques financières en 3e année, et cela m’a incité à entreprendre un master avec finalité « métiers de la finance ».

Quels cours orientés vers la finance vous ont plu ?  

Mathématiques financières, Microéconomie, Macroéconomie, OBF (Opérations Boursières et Financières) et Théorie du risque.

Et quel a été votre parcours professionnel ?

Pendant mon master, j'ai suivi un stage d’entreprise chez AG Insurance. Je m’y suis imprégnée des assurances en général et des assurances de groupe en particulier. Ce stage consistait à faire des calculs de droits acquis selon la LPC (Loi sur les Pensions Complémentaires) et de tester la migration des clients d’une plateforme de gestion de données vers une autre plateforme offrant plus de flexibilité. C’était très intéressant car cela demandait un certain esprit critique et également une collaboration avec différentes équipes du département (juristes, commerciaux, équipes de gestion, de méthode, de relations financières, etc.). Une fois mon stage terminé, on m'a proposé un contrat à durée indéterminée sans même avoir terminé mes études. Ensuite, j’ai continué à travailler dans cette équipe pendant cinq années en tant que « Consultant Actuarial & Pension Services » où j’ai pu me familiariser avec d’autres matières (projections dans le futur, simulations à la demande de certains clients, rapports comptables, calculs de dotations pour les clients étant en gestion collective, etc.) et avec l’utilisation de programmes spécifiques.

Depuis début 2014, j’ai eu l’opportunité de devenir « Team Manager ». Dès lors, je m’occupe maintenant de l’organisation et du planning de l’équipe, du coaching des nouveaux collaborateurs dans certains domaines, et de différents projets en collaboration avec d’autres équipes.

Pouvez-vous nous donner des exemples concrets de « tâches » que vous devez effectuer ?

Dans notre équipe, nous pouvons distinguer deux périodes dans l’année. De septembre à janvier, nous établissons, pour certains de nos clients cotés en bourse, des rapports comptables contenant des informations à fournir sur les avantages du personnel. Pour ce faire, nous utilisons un programme mis en place en interne qui permet de faire des projections des capitaux des affiliés en utilisant certaines hypothèses convenues avec le client et de les actualiser ensuite à la date du calcul. Nous analysons également les variations des résultats obtenus par rapport aux années précédentes.

Ensuite, de février à août, nous nous occupons principalement des clients ayant un plan de financement dans lequel est décrit la façon de calculer la dotation à réclamer pour financer l’assurance de groupe sur une période précisée. A côté de cela, nous faisons des simulations à la demande, et d’autres vérifications par rapport à la LPC.

Selon vous, que peut apporter de spécifique à une compagnie d’assurance un mathématicien qui se serait spécialisé dans le secteur de la finance ?

Un très bon esprit critique, une facilité d’apprendre rapidement de nouvelles matières, une connaissance de base en programmation, etc.

Qu’est-ce qui vous plaît dans votre métier ? Et qu’est-ce qui vous plaît le moins ?

Dans mon métier actuel, j’apprécie le fait de pouvoir jongler entre les casquettes de « coach technique » (challenger les collaborateurs par rapport aux résultats obtenus, apporter un soutien technique aux nouveaux arrivés, etc.), de « manager » (gestion du planning, organisation de team meetings, etc.) et de « leader » (amener l’équipe vers un certain objectif, suivi de projets concernant plusieurs équipes au sein du département, etc.).

J’apprécie moins les périodes plus stressantes pendant lesquelles les deadlines sont strictes et où il faut trouver des solutions en cas de retard sur le planning.

Que diriez-vous à un jeune qui hésiterait entre des études économiques pures ou des études de mathématiques orientées vers la finance ?  

Qu’il faut forcément s’attendre à des mathématiques plus poussées et abstraites dans les trois premières années du bachelier en Sciences mathématiques, mais cela a l’avantage de développer un bon esprit critique et une aptitude à apprendre vite de nouveaux concepts. De plus, on y apprend également les bases de la programmation, ce qui est un atout dans le monde financier. Cela est donc une bonne orientation si le but de l’étudiant est de travailler plus tard dans l’analyse de chiffres.

Il est également possible de suivre un master en « Actuariat » après des études économiques ou mathématiques. Cependant, selon moi, on y est mieux préparé si on a suivi au préalable des études en mathématiques.

 

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.