Sophie Hubot,
Ergothérapeute spécialisée dans l’aménagement du domicile au sein de l’ASBL Solival

Interview réalisée en août 2016

Quelle est votre formation ?

En secondaire, j’ai commencé par des études classiques math-sciences-langues puis j’ai terminé mes études secondaires en technique de qualification Agent d’éducation. Ensuite, j’ai entamé des études universitaires en sociologie et anthropologie. Au terme des candidatures, je me suis rendu compte que c’était intéressant mais un peu trop théorique. C’est surtout une formation de l’esprit et une approche globale ; or, je sentais que j’avais besoin d’un métier plus concret. Je me suis donc orientée vers un bachelier de trois ans en ergothérapie à la Haute Ecole Ilya Prigogine.

Mes connaissances en sociologie me servent malgré tout encore aujourd’hui puisque j’ai réduit mon temps de travail pour m’investir dans un projet de recherche qui va durer deux ans et pour lequel je travaille avec des sociologues sur la thématique du logement pour les séniors en Wallonie.

Pouvez-vous nous parler de la structure dans laquelle vous travaillez ? Quelles sont ses objectifs, ses missions ?

Je travaille pour Solival depuis près de huit ans. C’est une asbl qui a pour objet le maintien à domicile des personnes en situation de handicap, et ce par le renforcement de leur autonomie et/ou de leur indépendance. Les moyens mis en œuvre pour les atteindre sont l’information, l’étude et le conseil en aides techniques ; l’étude de l’adaptation du domicile ; et la mise à disposition de tous, de salles d’essais et d’apprentissage permettant de tester et d’apprendre à utiliser le matériel conseillé.

Les objectifs de Solival sont le respect de la dignité et des choix de la personne dans un esprit d’accompagnement et non de « faire à la place de ». Nous ne décidons jamais pour la personne, nous sommes là pour la conseiller, l’informer et l’orienter vers les choix les plus adéquats.

L’idée a été de compléter l’offre des services à domicile déjà existants tels que les aide-ménagères, les infirmières, coiffeurs, kinés, etc. qui sont des soins liés à la personne ou à des besoins ponctuels, en développant à la fois la vente et la location de matériel, mais également le conseil lié à ce matériel et aux aménagements que l’on est susceptible de faire chez soi pour pouvoir y rester plus longtemps.

Concrètement, en quoi consiste votre fonction d’ergothérapeute ?

Notre objectif est d’aider la personne à trouver la solution qui sera la plus pertinente pour elle, ici et maintenant, en tenant compte de son environnement et de l’évolution future de sa problématique (récupération des fonctions ou régression). On se retrouve donc vraiment dans une approche « ergo », avec sa vision globale de la personne (et de ses besoins) mise en lien avec son contexte, son environnement. C’est l’approche systémique de la personne, la vision holistique prônée également par Solival.

Dans mon travail de conseil, je dois prendre en compte différents aspects tout aussi variés et variables tels qu’obtenir les informations nécessaires à la compréhension de la personne qui vient me voir, que ce soit au niveau de son état de santé (physiologique mais aussi physique et psychique) mais aussi de ce qui la définit (sexe, âge, culture, origine…). On n’est pas forcément toujours dans un cas de pathologie puisqu’il peut aussi s’agir d’une personne âgée qui a besoin d’aménagements spécifiques. Il faut aussi être attentif à son environnement social et familial (est-elle isolée, soutenue par des membres de la famille). Il y a aussi le domicile (la personne est-elle propriétaire ou locataire, aménager le mobilier ou fournir du matériel adapté pourrait-il suffire ou des modifications conséquentes doivent-elles être envisagées comme l’installation d’un ascenseur, d’un plan incliné ou d’une rampe d’accès).

La question des moyens financiers est aussi importante. Quand je parle de transformations, je donne une estimation des montants qui devront être engagés et on voit ensemble si c’est possible. Mais attention, je ne suis pas assistante sociale et je n’accède pas aux comptes des personnes. Il s’agit juste de discuter de la faisabilité potentielle ou non du projet. Si je constate que la personne n’a aucuns moyens financiers, ça ne sert à rien de lui faire miroiter des solutions inabordables pour elle. Je lui proposerai alors d’autres solutions plus abordables. C’est pour ça que les solutions proposées sont valables pour la personne ici et maintenant, vu le contexte actuel et vu son évolution. Si la problématique de santé est évolutive, je ne vais pas lui faire mettre en place une solution qui ne sera valable que trois ou six mois, on va envisager les choses sur du long terme. Mais je n’ai malheureusement pas pour autant de baguette magique, et parfois, il n’y a pas de solutions possibles, et il faut envisager une alternative (déménager, être placé, continuer à se laver au lavabo, etc.)

Il faut faire preuve de pas mal de psychologie. On n’arrive pas en disant à la personne « On va remplacer votre baignoire par une douche ». Non, il faut cerner le projet initial de la personne, évaluer si celui-ci est viable, ajusté à la situation et la personne, et ainsi, l’aider à mettre en place son projet, ou à le faire évoluer vers une (ou des) autre(s) solution(s) plus adéquate(s). Il faut tenir compte de la personne, peut-être qu’elle aime bien prendre des bains ou qu’elle n’a pas encore accepté le fait qu’elle ne sache plus utiliser sa baignoire. Si je veux que mon conseil soit implémenté, je dois être attentive à tout ça.

Il faut donc jongler avec plusieurs données : la personne concernée par le conseil (ses besoins et envies), l’architecture du lieu (potentiel/contraintes, location/(co-)propriété, etc.), la famille (attentes, non-dits, etc.), les finances, etc.

Je peux aussi être amenée à conseiller l’intervention d’une aide-familiale, un suivi psychologique pour compléter l’aide à la personne ou toutes autres aides ou services qui lui permette d’être entourée par les professionnels adéquats pour vivre chez elle, en toute sécurité et dans un état de bonne santé, au sens large que cette notion peut signifier.

Quels sont les différents types d’aides que vous pouvez apporter dans le cadre de votre travail ?

Dans notre service, on fonctionne « à la carte ».

Tout d’abord, nous pouvons donner de l’information générale. Certaines personnes viennent avec une demande précise et souhaitent avoir des informations sur un appareil. Par exemple, une personne âgée un peu sourde qui demande un réveil vibrant. Dans ce cas, je vais faire une recherche d’informations que je vais envoyer à la personne, je n’ai pas été à domicile et je n’ai pas vu la personne.

Ensuite, nous pouvons proposer un « audit » du logement. Par exemple, une personne de 60 – 70 ans qui n’a pas de problème particulier mais qui est en réflexion sur le fait de pouvoir vieillir chez elle. On va venir évaluer l’habitat et ouvrir la réflexion sur les aménagements potentiellement intéressants et sur leurs coûts. Ces informations ciblées sur l’habitation vont permettre aux personnes de mieux prévoir leur avenir (préparer un futur déménagement, réaffecter certaines pièces du logement, prévoir une épargne pour de futures adaptations, etc.)

Et enfin, et c’est ce qui représente le plus souvent notre action, nous pouvons proposer une approche personnalisée. Par exemple, je viens de clôturer le suivi d’une maman, qui a commencé sa réflexion il y a trois ans. Cela concernait un enfant handicapé utilisant un fauteuil roulant et pour lequel il y avait principalement un problème d’accessibilité à la maison mais également de la salle de bain et de la chambre. Nous avons pris ce temps pour creuser toutes les solutions (ascenseur, siège monte-escalier, plateforme, aménagement du rez-de-chaussée, etc…). Lorsqu’il y a de gros enjeux comme cela, je pense que c’est important de prendre le temps. Ce qui est bien dans mon travail, c’est que je n’ai pas de limite de temps. Mais c’est Solival qui permet ça, il existe d’autres services où les ergothérapeutes ne peuvent aller au domicile qu’une seule fois. Cet exemple est tout de même exceptionnel, car notre action de conseil peut être très courte (quelques semaines) pour de la prévention des chutes à domicile, l’acquisition de petits matériels d’aide à l’autonomie, ou durer deux ou trois mois lorsqu’il faut réaliser quelques travaux.

On propose aussi des essais de matériel. Cet aspect est un des points clé de notre travail chez Solival, car nous (vous et moi) pouvons parfois avoir de « fausses bonnes idées » en pensant que telle solution est adéquate alors que ce n’est pas le cas. Et l’inverse est tout aussi vrai.

Nous disposons de trois salles, dans lesquelles le matériel est réparti par espaces (enfant, chambre adulte, cuisine, salle de bain) pour représenter au mieux un habitat et les personnes peuvent venir librement voir et tester ce matériel. Ce qui est intéressant, c’est que nous disposons d’un espace avec du matériel réglable en hauteur et déplaçable (des barres d’appui, des sièges, un lavabo) qui nous permet de préciser notre conseil. Si j’ai été à domicile avant de recevoir la personne en salle, cela devient vraiment riche de pouvoir remettre la disposition du lieu « comme à la maison » et de pouvoir ainsi montrer à la personne quels aménagements peuvent être réalisés ou non, de prendre les mesures nécessaires (hauteur d’assise, hauteur et emplacement de la barre d’appui, etc.). Ceci dit, certains essais doivent obligatoirement être réalisés à domicile, tels que les sièges de bain (vérifier que cela se place correctement selon les dimensions et formes de la baignoire et la personne (taille, manière de se positionner, points d’appuis présents ou pas, configuration de l’espace, etc.) Si nous n’avons pas le matériel, nos fournisseurs peuvent nous laisser du matériel en dépôt soit de manière définitive dans les salles, soit en prêt pour une durée déterminée. La personne peut alors venir l’essayer à la salle ou à domicile. Dans certains cas de figure, lorsque le matériel est très pointu et/ou technique (un escaladeur d’escalier par exemple), c’est le commercial qui vient faire sa démonstration au domicile. Nous essayons d’être présents pour pouvoir en discuter avec les gens et les aider à choisir selon des critères objectifs (caractéristiques du produits, situation de la personne, de l’habitat, etc.) Nous les incitons à comparer et à tester plusieurs produits.

Je vais toujours me placer en tant que conseillère. C’est mon rôle de mettre sur la table les différentes options et c’est à la personne de choisir. Même si elle ne veut pas entendre qu’un déménagement serait raisonnable, je me dois de lui en parler. Je vais mettre en avant une ou plusieurs solutions mais aussi les caractéristiques qui sont utiles et nécessaires à la personne. Par exemple, si elle a trois marches pour entrer chez elle, c’est bien de lui dire d’installer une rampe d’accès mais je dois aussi lui donner les informations concrètes (« Pour vous, il faut une pente de maximum « x » %, dans l’idéal il faut la faire comme cela, de telle manière par rapport à l’entrée… »). Je vais lui donner quelques références de produits mais, pour moi, qu’elle achète X ou Y, ça m’est égal. Ce qui m’importe c’est que la personne achète bien le produit dont elle a besoin et respecte notre prescription en termes de caractéristiques à respecter (une sorte de cahier des charges si vous voulez)

Quand il y a des aménagements à faire, je réalise des plans en 2D et 3D. Je prends des mesures, des photos et je fais des plans pour pouvoir montrer la situation actuelle et les possibilités d’aménagements avec les dimensions. C’est un élément très important. Autant je vais mettre en avant les caractéristiques du matériel qui sont indispensables pour la personne, autant je vais faire la même chose pour les aménagements. « Pour vous, la douche doit être comme ceci, avec telles dimensions parce que vous utilisez une chaise, parce qu’il y a votre aidant, etc. ». Ensuite, la personne va pouvoir, avec ces informations, présenter son projet à l’entrepreneur de son choix qui lui fera une proposition en tenant compte de mes prescriptions. On peut aussi être en contact avec cet entrepreneur, pour voir si le matériel qu’il a noté sur le devis correspond à ce qu’on avait dit, on peut accompagner la personne dans l’ajustement de son devis pour que tout soit cohérent. Le plan en 2D ou en 3D est aussi un outil pour aider la personne à se projeter et pouvoir peut-être mieux accepter les changements.

Lorsque l’on clôture notre conseil, on garde une trace de notre action pour pouvoir faire un suivi si nécessaire auprès de la personne : voir si les aménagements ont été réalisés ou non, si le matériel a été acquis, s’il convient bien... Dans pas mal de cas, on se rend compte qu’une partie des choses ont été implémentées, mais pas toujours tout parce que les gens n’ont pas eu le temps, n’ont pas pris la peine d’engager les travaux, n’avaient pas les finances ou que d’autres événements sont survenus au niveau familial ou personnel. Mais notre action n’en est pas moins intéressante, car nous avons participé à une étape de réflexion de leur vie, et faire un choix, c’est toujours renoncer à quelque chose. Mais dans ce cas, il n’y a pas (trop) de frustration si la personne a le sentiment d’avoir vraiment réfléchi à toutes les options.

Parallèlement à tout ce travail de conseil en direct auprès de la personne, nous avons aussi des temps de formation ou d’information auprès de publics (étudiants, professionnels) sur les thématiques liées à notre action (aides techniques, prévention des chutes à domicile, etc.).

Nous participons à des salons, tables rondes, etc. pour présenter Solival.

Nous sommes en formation continue depuis notre premier jour d’engagement jusqu’à notre dernier jour de travail. Il est important de le savoir et de le comprendre. Dans notre domaine, nous avons toujours à apprendre, que ce soit sur du matériel, sur des expériences vécues de situations rencontrées par nos collègues ou sur des pathologies.

Nous nous rendons également à des salons thématiques tels que Reva à Gand, Salon de l’autonomie (Namur), etc. ou encore des bancs d’essais ciblés sur un tel ou tel type de matériel pour nous permettre d’affiner notre connaissance sur le sujet et pouvoir ainsi mieux conseiller les personnes qui nous consultent.

Est-ce que vous vous rendez parfois sur le lieu de travail d’une personne ?

Ça se fait mais plus ponctuellement parce que notre contexte, c’est surtout le domicile. On sort de temps en temps de ce cadre en intervenant sur le lieu de travail ou des lieux publics, mais il y a d’autres associations qui sont plus spécialisées. Dans notre salle de Bruxelles, nous avons du mobilier de bureau afin de montrer qu’il existe plusieurs options sur les sièges de bureau, mais également des tables réglables en hauteur par exemple.

De combien de personnes se composent votre service ?

Le service compte une vingtaine d’ergothérapeutes répartis en Wallonie et à Bruxelles, ainsi qu’au siège de l’asbl pour le soutien aux régions et la coordination des projets. En général, les demandes sont attribuées à l’ergothérapeute de la région où le demandeur est domicilié, mais ce cadre n’est pas rigide

Travailler dans une association avec autant d’ergothérapeutes est d’une grande richesse, tant pour nous, professionnels, que pour la personne qui nous consulte, car nous avons ainsi l’occasion de faire appel aux collègues en cas de besoin (connaissance de la pathologie, expérience pour une situation similaire, recherche d’un matériel spécifique ou d’une firme, etc.). La personne qui nous consulte reçoit donc potentiellement le conseil de vingt ergothérapeutes ! 

Quels sont les autres professionnels avec lesquels vous collaborez ?

Nous fonctionnons en réseau, et cela n’aurait pas de sens de l’ignorer. Dans mon travail, j’ai besoin de m’appuyer sur toute personne qui peut m’apporter des informations pertinentes pour affiner mon conseil. En effet, soit j’ai en face de moi une personne autonome qui sera alors mon seul interlocuteur parce qu’elle est capable de se prendre en charge. Soit, dans d’autres situations, ce sera la personne concernée qui sera accompagnée d’un membre de la famille ou d’une aide-familiale qui connait la personne depuis longtemps.

On complète nos échanges et visites également avec les professionnels qui l’entourent : l’ergothérapeute de l’école si c’est un enfant, ou du centre de rééducation/de revalidation, pour connaitre ce qui s’est déjà fait et ce qui doit se faire, le kinésithérapeute qui vient à domicile, ou l’infirmière, etc... Lorsqu’il y a beaucoup d’intervenants impliqués (bandagiste, CPAS, ergothérapeute de l’hôpital…), je propose une réunion de coordination axée sur la demande de la personne (besoin de matériel ou d’aménagement de son domicile) ou au minimum, d’avoir un échange d’informations (mail ou téléphone) pour coordonner la demande, les besoins et le « qui fait quoi ».

Notre visite à domicile est essentielle car elle permet de mieux comprendre la personne dans son contexte et de cibler les problématiques (pas toujours toutes identifiées par la personne) pour proposer une solution adéquate. Nous pouvons aussi travailler ou faire appel aux services de coordination tels que l’ASD (Aide et Soins à Domicile) qui peut aider la personne à coordonner les services dont elle bénéficie (kiné, infirmière, aide-ménagère, etc.). Le service social de la mutuelle (ou un autre) est également un relais important qui permet à la personne d’être accompagnée au niveau administratif notamment, pour ses démarches vis-à-vis des organismes subsidiant (PHARE[1], VAPH[2] ou AVIQ[3]).

Notre collaboration ne serait pas complète si nous n’avions pas de liens avec les pouvoirs subsidiant. En effet, il est important que nous puissions informer les personnes des aides auxquelles elles peuvent prétendre, de comprendre les procédures à suivre et le cadre précis dans lequel elles peuvent en bénéficier. Nous pouvons aussi avoir un rôle d’intermédiaire permettant de souligner les manquements ou faiblesses de la législation pour pouvoir ainsi participer à la réflexion sur la législation et l’amélioration de celle-ci, même si malgré tout, nous ne sommes pas la législation.

Notons que les pouvoirs subsidiant sont également un relais important. En effet, ils reçoivent régulièrement des demandes de personnes n’ayant pas eu de référents au préalable et qui ont introduit une demande d’intervention pour tel ou tel aménagement. Etant donné que ces structures peuvent participer en tout ou en partie pour l’achat de matériel ou pour des transformations dans le logement, et étant donné que ces aides financières ne sont pas illimitées, il est important qu’ils puissent se donner les garanties que les demandes sont justifiées et adéquates aux besoins.

C’est pourquoi, notre compétence et savoir-faire étant reconnu, le PHARE ou l’AVIQ nous réfèrent les personnes pour que nous puissions rédiger un rapport complet sur la situation, les besoins identifiés et la ou les solutions proposées sur base d’essais et de tests réalisés par nos soins.

Généralement, qui fait la demande d’intervention (la personne, un médecin…) ?

Il y a différentes portes d’entrée. Ce peut être la personne elle-même qui demande une aide ou la famille. Dans ce cas, il est important de savoir si la personne est au courant de la démarche ou non, parce que la personne concernée devra être impliquée à un moment donné.

Mais la demande peut aussi émaner d’un kiné, d’un médecin généraliste, d’un centre de revalidation pour un retour à domicile, d’un aidant proche, etc. Il n’y a pas de contraintes d’accès.

Nous nous adressons à toute personne ayant besoin d’un conseil à un moment donné de sa vie. Il n’y a aucune limite d’âge, ni de nationalité, ni de mutualité, ni de contrainte administrative...  Nous nous ajustons au mieux selon la situation et la demande de la personne.

Selon vous, quels sont les aspects positifs et négatifs de votre travail ?

Dans les points positifs, on peut citer l’approche globale de la personne. On respecte la personne dans ce qu’elle est, dans ce qu’elle vit et qu’elle a envie de vivre ; on s’adapte à elle et on lui permet de rester là où elle se sent bien. Favoriser le bien-être de la personne est essentiel pour moi.

Les points négatifs se situent plus au niveau du contexte de mon travail plutôt que de mon travail en soi.

Je citerai le manque d’organisation des structures d’aide aux personnes. Certaines sont liées aux mutuelles, d’autres à la commune, d’autres à des initiatives locales, certaines sont publiques, d’autres privées… cela rend difficile la vision globale de ce qui existe sur le terrain : il y a parfois une grande perte d’énergie en coordinations multiples.

Il existe beaucoup de choses pour les personnes handicapées mais très peu pour les personnes âgées qui sont isolées et cela pose problème au quotidien.

Il y a également la problématique des travaux à réaliser, la difficulté de trouver des entrepreneurs (et encore plus lorsqu’il s’agit de petits montants), difficulté d’obtenir des « bons » devis, c’est-à-dire assez détaillés, complets, précis pour être compris, mais surtout, en adéquation avec le conseil qui a été donné par l’ergothérapeute

Et puis, il n’est pas toujours facile de se dire que les gens n’ont pas les moyens de mettre en place les aménagements dont ils auraient besoin.

Le coût du matériel médical et des aides technique est également assez déprimant : c’est souvent horriblement cher. Si la personne n’a pas de possibilités d’aides financières par la région (organismes régionaux aidant les personnes en situation de handicap tels que l’AVIQ, le PHARE ou le VAPH), il n’est pas toujours possible de trouver des alternatives moins chères, alors il faut ajuster la situation au mieux, ou au moins pire. J’aimerai parfois avec une baguette magique, ou un gros compte en banque…

Depuis vos débuts, avez-vous pu observer une évolution dans l’exercice du métier ? Si oui, dans quel sens ?

C’est un domaine où on n’a jamais fini d’apprendre et où on est en perpétuelle formation. Le matériel évolue en permanence tout comme les demandes. Bien entendu, il y a des récurrences. Huit demandes sur dix sont ciblées sur la salle de bains (je ne sais plus me laver, prendre mon bain…), sur la mobilité, dans les déplacements dans la maison. Chaque situation demande une réflexion personnalisée On édite également des fiches conseils qui donnent des informations sur des thématiques récurrentes (les solutions pour entrer/sortir du bain, le calcul de pente pour un plan incliné, les chaises de bain/de douche, etc.) mais il faut toujours personnaliser la réponse donnée.

Depuis un moment, il y a une conscientisation du vieillissement de la population par les politiques qui commencent à prendre en compte cette problématique (manque de places dans les maisons de repos, dans les services spécialisés, pour les personnes de grande dépendance ou pour les enfants handicapés). Parmi les solutions, on peut construire de nouvelles institutions mais on peut aussi développer des services à domicile. Quand j’ai commencé, Solival était précurseur dans ce domaine alors qu’aujourd’hui, on constate que la démarche se développe de plus en plus dans les autres mutuelles notamment.

Pendant mes études d’ergothérapie, les questions d’aménagement du domicile ne concernaient que quelques heures de cours : je pense que cet aspect pourrait être développé, notamment via un allongement des études ou une année de spécialisation tel que l’on pourrait en avoir une en pédiatrie, gériatrie, psychiatrie... Cela permettrait de connaitre mieux les aides techniques, mais aussi de développer les acquis des ergothérapeutes en matière d’architecture (les bases), de réalisation de plan, de connaissance des programmes informatiques (AutoCad, etc.), de mieux connaître les matériaux et leurs spécificités, d’acquérir des notions d’aménagement d’intérieur, non pas en termes d’esthétisme (quoi que pourquoi pas) mais d’ergonomie de l’espace, etc.

Selon vous, quelles sont les qualités requises pour exercer le métier d’ergothérapeute ?

Si on devait faire le profil du « parfait petit ergothérapeute », je dirais qu’il faudrait quelqu’un de créatif, surtout dans le domaine du domicile où il faut être inventif et ne pas s’enfermer dans une pratique « qui ronronne ». Il faut avoir la capacité de se remettre en question et de s’ouvrir à la réflexion en permanence pour pouvoir proposer des solutions à la « MacGyver » mais qui peuvent tout à fait fonctionner. On promeut d’ailleurs les systèmes D chez Solival, dans la limite du raisonnable évidemment parce qu’il faut que cela reste sécuritaire Nous participons depuis une dizaine d’année, au jury « bricoleur du cœur » organisé par Handicap International) et tentons de mettre en ligne les fiches des inventions rencontrées à domicile afin qu’elles puissent en inspirer d’autres.

Il faut avoir une vision à la fois analytique et globale, pouvoir faire preuve de psychologie et de diplomatie. Il faut faire preuve d’ouverture d’esprit face aux cultures différentes, aux modes de vie différents qui pourraient parfois nous choquer, nous interpeller, etc. Nous entrons dans l’intimité des gens lors de nos visites à domicile, nous nous devons d’être courtois, respectueux des espaces, de leurs limites, de l’intimité que nous découvrons.

Avoir en plus des connaissances architecturales peut être un plus (mais cela s’acquiert également sur le terrain au fil des ans) pour comprendre ce qu’il est possible de faire ou non ainsi que le sens pratique en matière de travaux par exemple.

 

[1] Le Service PHARE apporte information, conseils et interventions financières aux personnes handicapées en Région bruxelloise. 
[2] Agence flamande pour les personnes handicapées.
[3] Agence pour une Vie de Qualité : Agence wallonne de la santé, de la protection sociale, du handicap et des familles.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.