Stéphanie Wenkin, Mannequin

Interview réalisée en janvier 2007

En quoi consiste votre activité au quotidien ?

Au quotidien, c'est beaucoup attendre. Je suis indépendante. Il y a des moments où je travaille tous les jours et d'autres où il n'y a pas beaucoup de boulot pendant un mois. J'ai des castings, ce qui veut dire aller voir les agences et les clients, à Bruxelles et à l'étranger parfois : en Hollande, aux États-Unis, en Afrique du Sud, un peu partout en Europe. Il y a les « go and see », c'est aller voir des clients, des photographes, des contacts pour essayer d'avoir des boulots. Je fais beaucoup de catalogues, de photos « sourires », de magazines comme le Libelle. J'ai un visage très commercial. Je peux aussi faire des défilés, même si j'en fais moins car je suis petite (1m73) par rapport aux autres filles. 

Quelles sont les qualités attendues dans votre  profession ?

Au départ, il y a une partie physique, mais il n'y a pas que ça. La photogénie compte beaucoup, savoir jouer devant l'objectif, savoir poser tout en restant naturelle. Il faut pouvoir se débrouiller car on nous envoie un peu partout, il faut être à tel endroit à telle heure en Belgique ou à l'étranger. On nous demande parfois de partir à l'étranger le lendemain matin, il faut pouvoir gérer sa vie privée à côté. Je pense qu’un minimum de caractère est nécessaire dans le sens où on est jugé sur notre physique et qu'on se prend parfois des remarques peu agréables. Il est important de savoir se vendre, tant lors du contact avec le client qu'avec le photographe. La ponctualité est de mise et il faut toujours être souriante, même si ça ne va pas ! Ce n'est pas toujours facile. Les filles qui réussissent savent ce qu'elles font. Elles savent gérer leur carrière, leur image, leurs relations, leur argent.

Quels sont les avantages et inconvénients de votre métier ?

Ce qui est bien, c'est de pouvoir commencer quelque chose de nouveau tous les jours, de rencontrer plein de gens différents, d'aller dans plein de pays. Puis, ça dépend comment on prend le métier, pour ceux qui aiment les soirées mondaines, le strass et les paillettes, c'est un bon moyen d'y arriver. Moi, je ne suis pas très people. On ne travaille pas tous les jours : je peux gagner en quelques jours, parfois en un seul, ce que d'autres gagnent en un mois. Les désavantages, c'est d'être jugé sur le physique, de supporter les préjugés des gens qui se disent qu'on est stupide, d'être souvent toute seule (dans le train, les avions, les hôtels). C'est aussi rencontrer des gens qu'on ne revoit plus jamais, de ne pas prévoir quand on travaille et pour combien de temps. Cela peut être assez stressant.

Quel est l'horaire de travail ?

C'est différent tout le temps. En général, on nous demande d'être là vers 9h-9h30 mais ça peut durer une heure comme ça peut durer toute la journée et très tard le soir. Pour des pubs télé, on sait d'avance que ça va durer très longtemps. On est parfois là à 5-6h du matin et on termine à 23h, si pas plus tard. Pour des photos, ça peut aller de une heure à huit heures de boulot. Si c'est à l'étranger, je me lève à 5h du matin pour prendre le train et je suis censée être fraîche tous les jours, sans cernes et du genre « je vais bien, tout va bien ! ».

Quelles formations avez-vous faites pour accéder à cette profession ?

Je n'ai pas fait de formation. J'ai rencontré un photographe qui m'a envoyée à l'agence de mannequin. Je viens de Bastogne, je ne connaissais rien à rien. Mes premières photos ont été une catastrophe. Je ne savais pas ce que je devais faire. J'ai appris en regardant d'autres filles travailler, en discutant avec le photographe que j'avais rencontré. Il m'a expliqué ce qu'il fallait faire et ne pas faire, ce qui est beau ou pas, quel profil est bien,... J'ai appris au fur et à mesure. Il y a un moment où on sait que tel sourire, telle pose conviendra, où on sait mettre en avant ce qui nous avantage et cacher ce qu'il faut. J'ai fait un stage de « face caméra » qui apprend à jouer avec ses émotions, un peu comme un comédien, car on doit jouer un peu la comédie, sans parler.

Quel a été votre parcours professionnel ? 

Durant les premières années, j'ai fait beaucoup de lingerie, des lignes jeunes. Puis, j'ai eu une période un peu entre deux (trop jeune et trop vieille !) où je n'ai pas eu beaucoup de boulot. J'étais là depuis plusieurs années, on m'avait vue et revue, il y avait des nouvelles têtes. Et puis, maintenant, je fais des produits de femme, de maman, et plus de pubs télé qu'avant. Il y a des évolutions parce qu'on vieillit. En dix ans, j'ai fait beaucoup de choses, j'ai la chance d'avoir un visage qui reste à la mode ou justement qui ne dépend pas de la mode...

Que diriez-vous à un jeune qui souhaite se lancer dans cette voie ?

De ne pas trop se fixer sur le physique, de ne pas trop regarder les autres. Il faut avoir la tête dure, se dire qu'on va essuyer des refus, que le boulot ne viendra pas tout de suite et pas tout le temps mais qu’un jour ça viendra. De ne pas tomber dans le piège du « je dois être mince et maigre ». Il y a du boulot pour tout le monde, il y a des femmes rondes qui travaillent très bien, il y a des filles qui font un 38-40 qui travaillent très bien, il y en a qui sont naturellement très minces.

De ne pas faire ce métier pour être star et gagner des millions. Un mannequin gagne bien sa vie, mais il y a peu de filles qui font beaucoup d'argent. Il y a des périodes difficiles où on ne travaille pas, où l'argent ne suit pas. C'est un métier où on apprend plein de choses, on apprend sur soi, on rencontre des gens intéressants. Ce n'est pas rose tout le temps et il faut se bouger pour avoir du boulot.

Un conseil : continuer leurs études et prévoir quelque chose à côté parce qu'on ne sait pas si ça va fonctionner. Et si ça fonctionne, il y a un moment où ça va s'arrêter.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.