Steve, Fusilier para-commando

Interview réalisée en juin 2006

Pourquoi et comment êtes-vous devenu para-commando ?

Depuis tout jeune, c'est le métier que je souhaitais exercer. La vie militaire et exercer des missions concrètes à l'étranger m'attiraient énormément. En plus, j'ai toujours eu certaines dispositions physiques.

Après ma 4e année secondaire, j'ai donc intégré l'armée et je suis devenu para-commando à 20 ans, soit quatre ans plus tard, après avoir réussi tous les tests spécifiques, physiques, médicaux et psychotechniques, et réussi la formation dispensée à l'école des paras de Marche-les-Dames. Cette formation a duré cinq mois. J'ai ensuite été intégré le bataillon de Flawinne.

Quels types de missions avez-vous effectuées ?

A l'étranger, j'en ai fait six. Ma première a été en 1990 au Rwanda. L'année suivante je suis parti au Gabon, en Somalie en 1993, au Congo en 1997, au Kosovo en 2001 et enfin à nouveau au Congo en 2004. Les missions différaient à chaque fois. La plupart des missions que nous devions effectuer en Afrique consistaient le plus souvent en l'assistance aux ressortissants belges et à leur évacuation. La dernière mission au Congo était sensiblement différente : nous devions former des militaires congolais.
En Somalie, notre tâche était tout autre puisqu'il s'agissait d'une mission humanitaire sous l'égide de l'ONU.

Pouvez-vous nous parler un peu plus de cette mission en Somalie ?

Il s'agissait d'une mission de pacification et de stabilisation du pays. Notre bataillon complet de Flawinne a été réquisitionné pour partir quatre mois là-bas. Nous devions protéger des convois humanitaires, veiller à la protection des ONG, effectuer des patrouilles de sécurité pour pacifier un secteur ou encore s'interposer, militairement parlant, entre des factions rivales qui s'entretuaient. Nous essayions, dès que nous le pouvions, d'organiser des rencontres entre ces chefs de tribus rivales. Sur place, les briefings, comme à chaque mission, étaient très nombreux pour diminuer le facteur « risque ».

Lorsque vous partez à l'étranger, une prime vous est allouée ?

Oui. C'est ce que l'on appelle une « allocation à l'éloignement du domicile ».

Les risques du métier trottent-ils dans la tête d'un para ?

Ces risques existent, mais on n'y pense pas lorsqu'on l'on effectue une mission. On les connaît. C'est à nous de tout faire pour diminuer ce facteur risque. Normalement, un para est suffisamment armé dans sa tête que pour pouvoir passer au-dessus de ces considérations. Toutefois, sur place, et aussi lors du retour du pays, des psychologues peuvent nous aider, le cas échéant.
Vous savez, le métier de para, c'est un peu comme celui du pompier ou du médecin : on voit des choses qui ne sont pas toujours agréables à voir. Mais on y est préparé.

Quand vous ne partez pas en mission, que faites-vous ?

On se prépare pour le cas où l'on devrait partir le lendemain. Ainsi, on entretient sa condition physique, on apprend de nouvelles techniques de base, comme par exemple dans le maniement des armes ou dans le camouflage, on étudie des nouvelles tactiques de combat,...
Et l'on effectue très souvent des exercices pratiques en Belgique ou à l'étranger.

Quelles qualités doit posséder un para ?

Outre les qualités physiques indispensables, il faut être disponible. On est en effet appelable à tout moment. On peut ainsi m'appeler cet après-midi pour me dire que demain je dois partir au Gabon, par exemple. Il faut aussi être motivé pour exercer ce métier qui est tout sauf classique. La formation qui est dispensée aux candidats désirant devenir para est organisée de telle sorte que l'on voit tout de suite si on a les aptitudes mentales et physiques pour ce job ou pas.

Quels sont les inconvénients de votre profession ?

Outre les risques inhérents au métier, il y a l'éloignement de la famille lorsque l'on est amené à partir à l'étranger. Mais c'est aussi dur à la fois pour la femme et les enfants que pour le militaire. Qui plus est, si généralement on connaît la date de son retour au pays, on peut, dans certains cas, être amené à devoir rester plus longtemps que prévu.

Qu'est-ce qui vous plait dans votre profession ?

Partir à l'étranger régulièrement, que ce soit en missions ou pour faire des exercices, et l'esprit de camaraderie qui existe au sein du bataillon. On forme une vraie famille et quand quelque chose de grave survient à l'un d'entre nous, comme ce fut le cas avec nos dix amis assassinés au Rwanda, cela nous touche comme si on nous avait enlevé un membre de notre famille.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.