Anonyme,
Substitut du Procureur du Roi

Interview réalisée en janvier 2009

Substitut du Procureur du Roi, un métier difficile mais exaltant, selon notre interlocutrice.

Le droit a-t-il toujours été une passion chez vous ?

Non, loin de là. Après mes études secondaires, je ne savais pas trop que faire. Moi, j’aurais voulu être vétérinaire mais je n’aimais ni les sciences, ni les mathématiques. Mes parents ont donc décidé pour moi et, en bonne fille obéissante, je me suis retrouvée en droit, selon leurs désirs. Comme j’étais une jeune fille très studieuse et très appliquée, j’ai continué sur ma lancée, sans trop réfléchir. C’est au cours de ce qui s’appelait alors deuxième licence que je me suis mise véritablement à aimer le droit. Et, en dernière année, j’ai véritablement eu la révélation de ce que je voulais être ! J’ai eu l’occasion de faire un stage auprès d’un juge de la jeunesse et ça m’a ouvert les yeux : je serais magistrat !

Pourtant, vous n’êtes pas juge…

C’est vrai, je suis Substitut du Procureur du Roi. Il faut savoir que lorsqu’on veut entrer dans la magistrature par concours, il faut impérativement faire un stage au parquet. Ça m’a plu et j’ai continué. En outre, j’étais fort jeune et je trouvais qu’un juge devait avoir une expérience que je ne possédais pas… Mais, à plus long terme, devenir juge de la jeunesse reste un objectif pour moi. D’une manière générale, je trouve que le métier de magistrat est plus passionnant et plus varié que celui de juge, sauf pour le juge de la jeunesse et le juge d’instruction. C’est un métier lourd, exigeant et difficile mais aussi exaltant.

Quel est l’aspect le plus difficile du métier, selon vous ?

Il y en a plusieurs… Tout d’abord, nous traitons d’une matière extrêmement complexe et en évolution permanente. Ensuite, sur un plan plus concret, Il y a bien sûr les gardes à assurer, les audiences, les tonnes de PV que nous recevons… Et enfin, l’écoute des victimes de faits délictueux. C’est souvent très dur émotionnellement et psychologiquement.

Oui, on parle souvent du fossé entre la Justice et les justiciables…

Il existe toujours, on progresse mais il y a encore du travail. La Justice a des comptes à rendre au citoyen. Nous ne vivons pas dans une tour d’ivoire. Cependant, selon moi, ce qui est de plus en plus grave, c’est la perte d’autorité et de prestige. Les délinquants n’ont plus peur de la Justice. Dans ces conditions, il est parfois difficile d’être à l’écoute et de se faire respecter.

A quoi attribuez-vous cette évolution ?

Maintenant, les gens qui commettent des infractions ou des délits calculent vraiment ce qu’ils risquent s’ils sont pris. D’une manière générale, on constate une nette augmentation de la violence et de la gravité des faits commis. C’est particulièrement flagrant en matière de «jeunesse». Les mineurs jouent avec le manque de place en institutions spécialisées. De telle sorte que, finalement, la sanction la plus efficace, c’est encore l’amende, directement perçue sur les revenus.

N’est-ce pas frustrant ?

Si, bien sûr. Mais nous sommes le parquet de la Jeunesse et nous devons garder l’espoir. Hélas, à voir le comportement de certains, ce n’est pas évident. D’autant que le pouvoir politique ne nous soutient pas vraiment. Pour apporter un début de solution, il faudrait augmenter les capacités de nos services et accorder plus de moyens au travail de terrain. Malheureusement, on n’en prend pas vraiment le chemin.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.