Sylvia Joris, Aromathérapeute

Interview réalisée en novembre 2010

Interview de Madame Sylvia JORIS,
Propriétaire du Centre de Soin d’Aromathérapie,
Naturo-Esthétique et de Cosmétiques Biologiques,
« Carac’terre » à Malmédy

On ne s’improvise pas aromathérapeute. Quelle est votre formation ?

Au départ, j’ai obtenu un diplôme d’esthéticienne et de chef d’entreprise. J’ai entrepris ces formations au sein de l’IFAPME. Après quelques intérims dans des instituts et autres grands centres de beauté, je me suis très vite aperçue que cela me semblait trop superficiel. Par ailleurs, il s’est avéré que mon histoire personnelle m’a orienté vers l’alimentation biologique. Je m’y suis d’ailleurs consacrée pendant 4 ans au sein d’un magasin spécialisé. Petit à petit, je me suis intéressée de plus près à cette dimension biologique, tant dans la nourriture que les produits cosmétiques. C’est ainsi que j’ai découvert les vertus fascinantes de l’aromathérapie et de la phytothérapie (traitement des maladies par les plantes).

Finalement, avec ma formation d’esthéticienne comme bagage, j’ai tenté le mélange des produits biologiques, des cosmétiques et de l’aromathérapie !

J’ai donc entamé une formation spécifique d’aromathérapeute à l’Institut Holistique en Herboristerie et Aromathérapie Silviane WALTI à Aubel. Cette formation s’organisait à raison de 8 heures par jour sur une durée de 20 jours. Elle se clôture en 3 temps : un examen écrit, un examen oral de mise en consultation ainsi qu’un mémoire.

Quelles sont les idées-clés, les valeurs promues par l’aromathérapie ?

Etre aromathérapeute, c’est avant tout concevoir une personne dans sa globalité. On parle d’une approche «holistique» de la santé. C’est d’ailleurs ce qui me plaît le plus au travers de ce métier. Un aromathérapeute prodigue des conseils tant sur l’alimentation, que sur l’utilisation des plantes… Cela me semble tellement plus efficace, c’est une réelle démarche globale !

Comment l’aromathérapeute aborde-t-il les huiles essentielles ?

Il s’agit d’aborder les huiles essentielles en fonction de leurs caractéristiques. En effet, il existe par exemple plusieurs huiles relaxantes (comme la lavande, le pamplemousse, l’orange douce…). Cela dit, toutes différentes par leur vibration et leur énergie. De cette manière, telle ou telle huile sera davantage appropriée pour une personne en fonction de sa personnalité, de sa sensibilité. Il s’agit donc d’une approche intuitive donnant lieu à des réactions physiques, émotionnelles et énergétiques. On parle de sensations émotionnelles car lorsque l’on respire un arôme, nous stimulons les nerfs olfactifs qui ont ensuite un impact sur nos émotions.

En ce qui me concerne, je me suis spécialisée avec diverses marques comme par exemple les « parfums de couleurs » d’«Altéarah». Ces parfums allient l’olfaction, les bienfaits des huiles essentielles et des couleurs. Chaque couleur est associée à un point du corps humain et aux émotions qui s’y rapportent. On peut appeler ça de l’aromathérapie simplifiée puisque l’on part d’une synergie d’huile essentielle avec une application précise pour chaque région du corps, correspondant à un point physique, émotionnel et énergétique.

Plus concrètement, comment utiliser ces huiles essentielles ?

Plusieurs méthodes sont utilisées en aromathérapie. Par exemple, la plus connue est le brûle parfum qui permet d’aromatiser son intérieur. Il faut mettre quelques gouttes d’huile avec de l’eau que l’on chauffe à l’aide d’une bougie. Il est très important d’utiliser de l’eau. En effet, si l’huile est chauffée pure, elle émettra des hydrocarbures, néfastes pour la santé. Il existe également les diffuseurs électriques qui fonctionnent par micro pulsion. Il est inutile dans ce cas d’ajouter de l’eau, l’huile essentielle est alors pulvérisée en micro particules dans l’air. De façon très concrète, je suis spécialisée dans les soins du visage et du corps. Je pratique tous les soins d’esthétique et de bien-être à base uniquement de produits biologiques et d’ingrédients naturels dont les huiles essentielles.

Cette pratique demeure encore peu connue pour de nombreuses personnes. Parvenez-vous à vivre de votre métier ?

Personnellement, c’est en intégrant mon métier d’aromathérapeute à celui d’esthéticienne que je parviens à vivre de ce métier. Je conçois l’aromathérapie comme un outil supplémentaire. Chaque mois, je donne des «ateliers-découvertes» sur l’aromathérapie familiale, qui sert en quelque sorte de trousse de secours familiale. L’aromathérapie a cet avantage qu’elle s’intègre à d’autres domaines. Elle se retrouve en médecine, en médecine vétérinaire ainsi que dans la cuisine, puisque nous retrouvons toutes les épices sous formes d’huiles essentielles. Par ailleurs, je dois dire que dans mon cas, le bouche à oreille fonctionne très bien.

La profession est-elle protégée ?

Hélas non ! Mais c’est progressif. C’est la raison pour laquelle il est important de connaître les formations de l’aromathérapeute que l’on visite. Il existe une formation à l’IFAPME en herboristerie comprenant des notions d’aromathérapie. Il y a donc un retour des métiers traditionnels. A y regarder de plus près, le métier d’esthéticienne n’était pas encore reconnu il y a 20 ans. Aujourd’hui, il existe de nombreuses formations. Nous tendons vers une réglementation du métier d’aromathérapeute mais rien n’est encore fait.

Est-il aisé de s’approvisionner en matières premières ?

Il faut savoir qu’il est particulièrement difficile de fabriquer soi-même ses huiles. 5 tonnes de pétales de roses sont nécessaires pour obtenir 1 litre d’huile essentielle. C’est la raison pour laquelle son prix est aussi élevé (50 euros pour 2 ml). Je travaille avec plusieurs fournisseurs d’huiles essentielles tels que «Bio-Mada» (spécialisé en huiles de plantes de Madagascar) ou encore «Florame» (spécialisé en cosmétiques et huiles biologiques). Il est important d’être en contact avec les fournisseurs. Ils doivent, en effet, nous procurer les fiches de qualité et de chromatographie (technique pour identifier ou doser les composés chimiques d'un mélange et apprécier leur concentration chimique).

L’aromathérapie comporte-t-elle des risques ? Quels sont-ils ?

Certes, il y a des risques en aromathérapie. Il y a d’abord les composants chimiques du produit, il est important de connaître la formule de l’huile. En effet, certaines huiles, comme les agrumes, peuvent provoquer des tâches brunes indélébiles au soleil si elles sont appliquées pures sur la peau. D’autres, telle que la cannelle, peuvent provoquer des brûlures. Il est important que l’huile que l’on utilise soit naturelle, sauvage ou biologique. Puisque c’est un concentré, s’il y a des pesticides, ils se retrouveront concentrés dans le produit.

Vous arrive t-il de refuser un soin avec les huiles essentielles ?

Il est rare que je refuse un traitement d’aromathérapie. Par contre, je ne suggère pas d’utiliser les huiles essentielles par voies orales tant elles sont concentrées et peuvent provoquer certains troubles des voies digestives. Par ailleurs, je ne conseillerais jamais à un client d’interrompre un traitement médical au profit d’un traitement d’aromathérapie !

Quels sont les principaux avantages et inconvénients dans l’exercice de votre métier ?

Selon moi, avec l’aromathérapie, on peut soigner en profondeur. Les résultats sont visibles rapidement. On apporte du bien-être aux gens, c’est très valorisant.

Des inconvénients ? Le métier n’est pas encore assez connu du grand public. De plus, il n’y a pas encore de formations d’aromathérapeute réglementées par l’état, ce qui peut amener quelques dérives et faire du tort à notre métier.

Si vous deviez donner un conseil à un jeune qui voudrait se lancer dans ce métier, quel serait-il ?

D’être véritablement passionné ! Et d’une manière générale, il faut un champ d’action complémentaire. Il ne faut pas se limiter uniquement à l’aromathérapie. Je lui conseillerais également de bien choisir sa formation, de se renseigner sur les formateurs et de se diversifier.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.