Sylviane Rixhon, Outilleur régleur

Interview réalisée en septembre 2006

Engagée à 18 ans comme ouvrière aux machines à la Fabrique Nationale d'Armes (FN), Sylviane Rixhon est ambitieuse et souhaite évoluer dans sa carrière. A 43 ans, elle est aujourd'hui affûteur rectifieur sur outils spéciaux. C'est l'une des rares femmes en Belgique spécialisée dans ce domaine et, notamment, en programmation libre sur machines à commande numérique.

Quel est votre parcours scolaire ?

Je n'avais pas prévu de faire carrière à la fabrique nationale. J'ai fait mes études à l'ICADI en dessin industriel. Après avoir obtenu mon diplôme, je ne trouvais pas de travail dans mon domaine et j'étais trop jeune pour avoir directement accès à un autre métier. Il aurait fallu que je continue mes études. Or je voulais travailler. On cherchait justement des personnes à la FN pour travailler sur l'implantation de Harzée et comme c'était à proximité de chez moi, j'ai postulé. Le salaire était motivant en comparaison avec d'autres ateliers où j'avais fait des stages de vacances. Je pensais y aller pour un an seulement en attendant de trouver autre chose.

Quel est votre parcours professionnel ?

J'ai travaillé pendant 14 ans à la FN Harzée comme ouvrière aux machines, je faisais du travail à la chaîne. Ensuite un poste s'est libéré au service outils de la FN d'Herstal. J'y ai d'abord travaillé au pré-réglage. Je préparais les outils qui venaient de l'affûtage. Je les mesurais pour déterminer des cotes à introduire dans la machine. Une fois les outils contrôlés, ils étaient amenés en chariot aux machines. Après quatre ans, j'ai passé l'examen pour le poste d'affûteur sur machine conventionnelle pour faire du travail à la main. Ensuite, j'ai évolué sur une machine à commande numérique à 4 axes, puis sur une machine à 5 axes. Ces machines permettent de manipuler les outils suivant différents axes. Actuellement je fais de la programmation libre sur ce type de machines et je crée des outils.

En quoi consiste votre travail ?

Je suis affûteur rectifieur sur outils spéciaux. Je crée et j'affûte des outils pour le nouveau mécanisage. Le terme mécanisage désigne l'usinage par des machines à technologie moderne. Les outils créés servent à la fabrication de pièces pour les armes. J'effectue le travail en fonction de plans. Pour les rectifications, c'est pareil. Je travaille aussi bien sur une machine à commande numérique que sur une singeuse à formes. La singeuse est une machine qui utilise un gabarit, c'est-à-dire une pièce qui permet de donner une forme à des outils de haute précision.

Qu'aimez-vous dans votre travail ?

J'adore créer, faire quelque chose de nouveau. Je travaille parfois sur des outils qui viennent de l'extérieur de la fabrique et qu'il faut à nouveau affûter ou transformer. Ce travail n'est jamais le même.

Quelles sont les qualités requises dans votre métier ?

Il faut être consciencieuse, oser se lancer et ne pas avoir peur de faire une erreur. Par ailleurs, évoluer dans ce métier demande de la volonté mais aussi du courage. S'il y a un problème avec les outils, c'est sur vous que la faute retombe. Ce n'est pas toujours évident car c'est une grande responsabilité.

Quelles sont les difficultés rencontrées dans votre travail ?

Le bruit est un grand inconvénient car nous travaillons en atelier et nous ne sommes pas isolés des autres machines de fabrication mais avec le temps, on finit par s'habituer et on ne fait pratiquement plus attention à ce bruit.

En cas de panne de machine, j'éprouve parfois des difficultés car je n'ai pas suffisamment de force pour faire certaines choses manuellement. Par exemple, pour certains serrages en conventionnel. Dans ce cas, je fais appel à un homme.

Je suis la seule femme affûteur et je pense être très bien intégrée dans l'équipe. Les hommes m'ont toujours bien acceptée.

Est-ce un métier à risques ?

Tout métier a ses risques. Il faut évidemment suivre les consignes de sécurité. Quand on travaille sur des machines, avec des outils tranchants, il faut porter des lunettes et des chaussures de sécurité servant notamment à nous protéger contre une éventuelle fausse manœuvre.

Quelle est l'importance de la formation continuée ?

C'est très important. Dès le départ, j'ai reçu une formation pour connaître les outils et les techniques de travail. J'ai suivi des formations tout au long de ma carrière car, dans notre domaine, l'évolution des technologies est constante.

Est-ce que le métier a évolué depuis le début de votre carrière ?

Il y a une grande évolution. Les premiers affûteurs avaient chacun leur travail. Certains dégrossissaient les outils, d'autres s'occupaient des leurs différentes caractéristiques, comme les diamètres, les goujures, etc. Aujourd'hui, les affûteurs sont entièrement polyvalents et savent faire tout type de travail.

Il y a une évolution continuelle du point de vue des machines et des outils. On peut prendre comme exemple l'évolution des machines à commande numérique. J'ai commencé à travailler sur une machine à 4 axes, ensuite j'ai évolué sur une machine à 5 axes. Actuellement, il y a même des machines à 6 axes. La technologie est de plus en plus avancée et l'employeur est de plus en plus exigeant.

Quel conseil donneriez-vous au jeune qui souhaite exercer cette profession ?

Il faut bien se renseigner sur la profession et aller sur le terrain pour se rendre compte de la réalité du métier.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.