N.G., Ingénieure en nucléaire

Interview réalisée en avril 2011

Ingénieur, une vocation ou les hasards de la vie ?

Un peu des deux, en fait. J’ai longtemps hésité entre la criminologie et les études d’ingénieur. Je me suis inscrite en première année de droit, mais j’ai vite été rebutée. L’année suivante, je m’inscrivais à l’ISIB pour entamer des études d’ingénieur...

Faut-il certaines prédispositions pour se lancer dans les études d’ingénieur ?

Je fréquente chaque jour des ingénieurs venus d’horizons très différents et chaque parcours est particulier. Donc, je ne crois pas, mais, à mon sens, il faut en tout cas un esprit logique et méthodique pour arriver à quelque chose.

Les maths sont-elles vraiment un épouvantail ?

Non, à moins d’y être totalement allergique, bien sûr. Je ne suis peut-être pas la mieux placée pour en parler, car, en secondaires, j’étais en option « maths fortes », mais je connais beaucoup d’autres exemples où ce n’était pas du tout le cas. Encore, une fois, je crois que le pragmatisme et la logique sont les deux conditions pour bien réussir des études d’ingénieur.

Donc, vous ne conseilleriez pas de faire une année préparatoire en mathématiques avant les études supérieures ?

Franchement, ça ne me semble pas indispensable. Les professeurs sont conscients des différences de formation entre les étudiants qui arrivent dans le supérieur. Je ne dirais pas qu’il recommence à zéro, mais, en tout cas, ils redescendent très bas, pour être sûrs que la matière est bien acquise. Donc, je dirais : « non », mais c’est un avis personnel, bien sûr.

L’ingénieur doit-il être aussi polyvalent qu’on le dit ?

Oui, il faut être ouvert et curieux, car, quelle que soit votre spécialité, les gens ont toujours tendance à croire que vous avez la réponse à toutes leurs questions, quel que soit le domaine.

Y a-t-il vraiment des différences entre ingénieurs industriel et civil ou bien est-ce devenu purement théorique ?

J’aurais tendance à dire que c’est plutôt théorique. Je fréquente des ingénieurs civils et, finalement, on a tous le même background. Ceci dit, c’est vrai que les études d’ingénieur industriel sont peut-être plus « pratiques », plus concrètes que celles d’ingénieur civil. Mais, au bout du compte, les différences sont minimes lorsqu’on est sur le terrain.

Pourquoi avoir choisi l’option « nucléaire » ?

Au départ, je voulais travailler dans les mesures de radiations « naturelles » émises par diverses sources. Le secteur médical ne m’intéressait pas beaucoup. Mais, les choses de la vie ont fait que je me suis retrouvée à un moment à faire des mesures pour les appareils de radiographie. J’y ai pris gout petit à petit et, maintenant, je ne voudrais plus changer.

Pouvez-vous décrire précisément votre travail ?

Oh, c’est très simple, nous nous rendons dans les hôpitaux. On discute avec le personnel pour voir s’ils n’ont rien remarqué d’anormal dans le comportement des machines. Ensuite, on effectue les mesures et on rédige les rapports.

Il y a donc une grosse partie administrative ?

Je dirais 60 % de pratique et 40 % d’administratif. Mais, je ne trouve pas ça gênant, car il s’agit toujours du secteur dans lequel j’aime travailler. Je trouverais ça moins amusant s’il s’agissait de remplir des factures...

La fonction d’ingénieur est-elle évolutive ? Peut-on aspirer à des postes de direction ou bien demeure-t-on toute sa vie ingénieur ?

Non, la fonction offre de très intéressantes perspectives d’avenir. Mais bien sûr, comme dans tout secteur, il faut montrer qu’on en veut et ce qu’on a dans le ventre. Pour mettre toutes les chances de son côté, je conseillerais de faire une post-formation en management ou quelque chose du genre.

Pour un ingénieur, est-il facile de changer de « spécialité » ?

Oui, relativement. Personnellement, je connais un ingénieur informaticien qui, après 10 ans de pratique a décidé de bifurquer vers le nucléaire. Mais, bien sûr, c’est une question de motivation, car, si le tronc est commun, on ne s’improvise pas ingénieur nucléaire ou autre du jour au lendemain.

Quel conseil donneriez-vous à un jeune désireux de se lancer dans les études d’ingénieur ?

De s’accrocher au début, car la première année peut paraître déstabilisante et frustrante. En effet, la plupart des candidats ingénieurs ont une vision nette de ce qu’ils veulent faire. Or, la première année est, forcément une année plus généraliste, et donc, on doit suivre des cours et des matières pour lesquels on n’a pas forcément beaucoup d’intérêt.

La demande pour les ingénieurs est-elle toujours aussi forte chez les employeurs ? Y a-t-il des secteurs plus porteurs ?

Je dirais que oui, chez Vinçotte, je dirais que nous engageons un nouvel ingénieur par an en moyenne. Par ailleurs, j’estime, en effet, qu’il y a des cycles et que chaque secteur est plus ou moins porteur selon les époques. Le secteur médical, notamment, est pour le moment en plein « boum ».

Quelles sont les perspectives financières pour un ingénieur débutant ?

Je ne peux, bien sûr, parler que de ce que je connais, mais il faut bien reconnaître que, financièrement, le métier est très intéressant. Un ingénieur qui arrive chez nous gagne aux alentours de 2 400 euros, une somme à laquelle il faut ajouter la voiture de société, le GSM et divers autres avantages en nature. À titre personnel, depuis que je suis arrivé dans la société, il y a treize ans, j’ai pratiquement doublé mon salaire.
 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.