L.,
Thérapeute pour enfant, Psychologue clinicienne

Interview réalisée en janvier 2005

Psychologue clinicienne, thérapeute pour enfant, courant analytique

Depuis quand travaillez-vous dans ce centre de santé mentale ?

Depuis 10 ans. Les missions de départ sont à visée thérapeutique ou consistent en espaces proposés aux personnes qui le souhaitent pour entamer un processus à plus ou moins long terme. Il peut s'agir de constituer des bilans psychologiques pour des personnes qui doivent entrer dans des structures d'accueil ou dans l'enseignement spécial. Mon rôle a évolué au sein du centre durant ces années. La composition de l'équipe a changé et les changements permettent de proposer d'autres ouvertures de compétences et de formation. Au départ, la demande était surtout celle d'intervenant auprès d'adulte. Les changements dans l'équipe m'ont permis de proposer mes compétences en matière de thérapie pour enfants en remplacement des personnes qui occupaient ce poste avant leur départ.

Quel type d'enfants recevez vous ?

C'est assez vaste et de mon point de vue, cela va de la naissance à l'adolescence avancée. L'adolescence est un peu la charnière et nous sommes aussi en superposition au niveau de l'équipe. les thérapeutes pour adultes sont parfois, selon la problématique, d'accord de rencontrer un adolescent tout comme moi. C'est selon le type de demande, selon le premier contact avec le patient et selon les disponibilités. Mon approche me permet aussi de rencontrer des bébés avec leurs parents.

Quand on dit « rencontrer un bébé », dans une relation thérapeutique, qu'est ce que cela veut dire ? Et plus précisément au travers du courant analytique ?

Il s'agit lors de la première rencontre, de parler à l'enfant de ce qui amène les parents à s'inquiéter pour lui. Quand il s'agit d'un bébé, le travail se fait toujours avec au moins un des parents en présence. Il est très rare que nous les rencontrions seul. Nous devons tenter d'identifier et de comprendre quel est le symptôme qui les amène à s'inquiéter. Nous parlons de cela et essayons de définir s'il s'agit de quelque chose propre à l'enfant ou s'il est question de la relation familiale. Nous devons identifier si et avec qui un travail individuel sera nécessaire. La plupart du temps, la prise en charge sera familiale. Il est très rare que l'intervention soit individuelle si l'on considère que le symptôme qui amène l'enfant fait référence au système familial. Il faut « décortiquer » et donner sens à ce qui donne corps au fantasme des parents autour de leur enfant, nous les interpellons dans leur fonction parental et non comme faisant partie d'un groupe.

Pouvez-vous énoncer quelques problématiques pour lesquelles les enfants ou les parents sont amenés à vous rencontrer ?

Les problématiques les plus courantes sont des troubles du comportement, des difficultés dans l'éducation du côté des parents.On rencontre fréquemment une inquiétude par rapport à tout ce qui touche à l'énurésie, les aspects dépressifs chez les enfants, les troubles scolaires, les troubles du comportement, des inquiétudes au niveau de l'adolescence et tout ce que cela implique de questionnement et d'observations de comportements qui « inquiètent ». Certains parents nous interpellent sur la « bonne manière » de parler de la mort ou du divorce à leur enfant.

Comment cela se passe-t-il concrètement ?

Je propose un rendez-vous en encourageant les parents à me parler de ce qui les a poussé à demander une consultation. Les rencontres se font à deux ou à trois et pour les parents divorcés, nous proposons une rencontre avec l'autre parent si cela est possible et s'il est d'accord. Les consultations durent 3/4h, les parents et les enfants peuvent s'exprimer sur ce qui pose problème. La durée de la prise en charge est très fluctuante selon les besoins et la personnalité de l'enfant mais de manière générale la prise en charge est moins longue que pour un adulte qui décide d'une démarche thérapeutique personnelle. Le rythme des rencontres est d'une séance par semaine. Mon temps de consultation dans ce centre est limité puisque je n'effectue qu'un tiers temps (soit une présente effective de 12h40). Ce temps disponible correspond plus ou moins à 7 rendez vous par semaine. Le reste est consacré à une partie non moins importante dans un centre de santé mentale, les réunions d'équipe qui permettent un vrai échange de pratique et une concertation indispensable dans une équipe pluridisciplinaire.

En matière d'intervention auprès d'enfant, quelles sont les principales difficultés liées au fait qu'il s'agisse d'une approche psychanalytique ?

Pour que l'enfant puisse exprimer sa propre souffrance, on n'utilise pas toujours la parole, on passe par le dessin, le modelage, éventuellement l'utilisation de petits personnages.On utilise le matériel le moins orienté possible afin que l'enfant puisse y mettre le plus possible de lui-même. Certains enfants ont vraiment besoin de toucher, de ne pas être que dans le regard de l'autre, de bouger dans la pièce. On est loin de ce qui se passe avec les adultes. Le fait de passer par un temps familial où parle l'enfant peut prendre un certain temps. Le cadre est beaucoup plus fluctuant. Un adulte qui entame une démarche auprès d'un thérapeute psychanalytique le fait dans un cadre fermé, « entre quatre yeux », il y a une forme d'hermétisme assez facilement tenable. Le thérapeute d'enfant est soumis à autre chose, les parents sont en droit d'obtenir un écho de ce qui se passe à l'intérieur de cet espace thérapeutique. Il n'en reste pas moins qu'une certaine confidentialité est respectée. Au fil du temps, après 3 ou 4 rencontres, on cible la structure de la personnalité de l'enfant, cette étape est importante à la fois pour que l'enfant puisse se situer mais également pour nous situer nous même. Réagir face à un enfant qui présente une structure de personnalité névrotique demande un positionnement différent de celui que nous prenons face à un enfant construit d'une manière plus archaïque. L'enfant va nous interpeller sur ce que l'on est, ce que l'on fait ici, nous n'y répondons pas de la même manière selon les cas. Une autre particularité importante à relever est liée à ma pratique qui est d'orientation psychanalytique. Mon travail porte sur l'inconscient, on n'interpelle pas le factuel, on ne « soigne » pas l'enfant au sens médical du terme. Or la demande des parents peut être de cet ordre, nous devons les amener à comprendre que nous allons traiter le symptôme de manière différente.

Au niveau du savoir être quelles sont les attitudes nécessaires ou souhaitables ?

Le premier mot qui me vient à l'esprit est la souplesse, le travail avec les enfants est tout sauf prévisible.Dans mon cas, cela m'a obligé à me rendre plus disponible physiquement aussi. Surtout lorsqu'on a eu l'habitude de pratiquer avec des adultes qui parlent bien assis dans leur fauteuil pendant tout un temps déterminé. Avec un enfant, il y a aussi un cadre, certes, mais le toucher est parfois nécessaire, le mouvement doit lui être permis, il doit pouvoir se mettre par terre, dessiner, jouer, ce côté plus dynamique dans l'espace m'a surpris. Il faut se poser d'autres questions. Il y a également le contact avec la famille. Lorsqu'on reçoit un enfant seul, il nous est demandé de reporter à l'extérieur et d'expliquer les particularités de ce qui est exprimer à l'intérieur. Prenons pour exemple la production d'un dessin, nous devons expliquer la différence qui existe entre le dessin fait ici et celui qui est réalisé à l'école.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.