Thierry Bellefroid,
Journaliste présentateur du Journal Télévisé

Thierry Bellefroid est une figure bien connue de la RTBF : il a souvent présenté le JT de la nuit et occasionnellement le JT de 19h30 et de 12h45 avant d'animer l'émission hebdomadaire «Signé Dimanche». En l'interviewant, nous avons tenté de nous mettre de l'autre côté de la caméra et d'entrevoir les coulisses d'un journal télévisé.

Quelques mots sur la RTBF ?

Cette télévision publique se justifie par le fait de rencontrer le public en termes d'information et d'éducation permanente. Son rôle consiste à être la plus juste et objective possible et à toucher un maximum de la population sans être élitiste : si les gens paient une taxe, c'est pour avoir une télévision qui s'intéresse à leurs problèmes, qui parle d'eux.

En quoi votre fonction consiste-t-elle ?

En juillet et en août, je fais des reportages, je présente aussi parfois le JT soir. De septembre à juin, je présente l'émission hebdomadaire "Signé Dimanche" qui est en fait le JT avec un invité. Je sélectionne et rencontre les invités, nous préparons ensemble l'émission et les reportages, je fouille les archives à la recherche d'informations ou d'anecdotes intéressantes à leur propos. Éventuellement, je prends contact avec leurs amis ou leur conjoint pour obtenir d'autres informations intéressantes. L'invité commente l'actualité en direct, en studio, en ma compagnie. Il présente la séquence qu'il a conçue spécialement pour l'émission, après avoir choisi un sujet de reportage qu'il va réaliser (lui-même avec l'aide d'un réalisateur, d'un caméraman, d'un preneur de son ainsi que d'un monteur).

Qu'en est-il de la vérification des informations puisque vous avez souvent peu de temps pour préparer un reportage ?

Cela prend du temps de recouper les informations. Leur vérification est effectivement un gros problème, dû sans doute à la paresse intellectuelle de certains journalistes ainsi qu'à la pression toujours plus grande des éditeurs et de l'audience. Le constat est que le métier est en pleine mutation ! L'immédiateté est donc de plus en plus notre ennemi n°1.

Quels sont les barèmes appliqués dans votre profession ?

Cela dépend de l'organisme de presse. Au début de ma carrière (1987) j'étais pigiste dans le privé avec un contrat journalier (du genre intérimaire) et je gagnais 175 € par jour. Ce montant était dégressif mais avec les heures supplémentaires, je gagnais plutôt bien ma vie. Je ne sais pas comment cela se passe ailleurs.

A la RTBF notre salaire est fonction du barème. Il suit toutes les indexations et est augmenté selon l'ancienneté et des paliers - qui ne sont pas des fonctions hiérarchiques. De contractuel, je suis devenu statutaire, puis « journaliste principal » en passant un examen et avec une augmentation à la clé. Mais attention, contrairement à une idée très répandue, il n'y a, à la RTBF, aucune différence de traitement entre un présentateur et un journaliste de terrain. 

Faut-il avoir le feu sacré ?

Oui. Dès la première licence en communication, le distinguo entre les étudiants qui allaient effectivement devenir journalistes et ceux qui ne le seraient jamais, était très clair. Et cela s'est vérifié : lorsqu'on étudie le journalisme par élimination, on ne reste pas journaliste longtemps. C'est une profession très exigeante, surtout en début de carrière. Il y a trop de journalistes sur le marché et les statuts sont très précaires : un pigiste est appelé tard le soir pour travailler le lendemain à l'aube dans une autre ville et souvent pour un salaire de misère (en presse écrite, en tout cas).

Il faut être curieux et avoir continuellement les «antennes déployées» pour faire ce métier. C'est à la fois une obligation et une qualité car on ne fait pas ce métier pour être connu. Seule une minorité d'entre nous atteint une certaine notoriété.

Quel est votre parcours scolaire et professionnel ?

J'ai fait une licence en communication à l'UCL. J'ai commencé à travailler avant la fin de mes études ; je n'ai donc pas d'autre formation.

Ma carrière a débuté à RTL en tant que pigiste. Ne voyant pas quel pouvait y être mon avenir professionnel, j'ai postulé à la RTBF où j'ai été engagé. J'ai essayé de travailler en France mais en vain, tant le secteur journalistique y est protégé.

Quel est le profil idéal d'un présentateur ?

La beauté n'est pas un facteur déterminant. Les téléspectateurs s'en moquent. Il faut avant tout avoir une présence et savoir apprivoiser la caméra. Un bon présentateur, c'est obligatoirement un journaliste qui a de l'expérience, qui respecte et valorise les reportages des autres. Il y a des tas de choses que l'on ne maîtrise que si l'on a été soi-même sur le terrain.

Actuellement, la télévision exige le plus souvent de ses journalistes (reporters comme présentateurs) qu'ils aient au moins une formation supérieure (université ou école supérieure de journalisme). 

Pensez-vous que les stages soient un passage obligé ?

Oui. A la fin de ma 2ème licence, j'ai estimé que ma formation universitaire ne m'avait pas suffisamment préparé à travailler : j'avais appris à réfléchir, à avoir le sens critique, à comprendre, à synthétiser, à restituer un syllabus de 600 pages, mais je n'avais pas appris à travailler. Lors d'un stage à RTL Tvi entre ma première  et ma deuxième licence, j'ai rapidement réalisé que je ne connaissais pas le B.A.-ba de ce métier malgré les travaux pratiques. A l'université, un reportage se faisait en 2 semaines, à RTL j'avais quelques heures pour le réaliser. Sans les stages, je pense que je n'aurais pas été compétitif. Mais il faut savoir s'arrêter à temps et ne pas rester un étudiant stagiaire trop longtemps.

Quelle est la différence entre un journaliste de télévision et un journaliste de presse écrite ?

D'un même reportage, le journaliste de presse écrite raconte ce qu'il a vu. Celui de télévision relate ce que le caméraman a vu : c'est dans l'image de quelqu'un d'autre qu'il cherche le moyen de faire un récit d'environ 1 minute 30 qui doit être informatif et compréhensible, qui doit intéresser le spectateur et qui fasse parler l'image. Celle-ci doit être parlante et signifiante, sinon ce n'est pas de la télévision mais de la radio avec l'image en plus. Mais la plus grosse différence, c'est la quantité d'informations qu'on peut faire passer. En 1 minute 30 de télé, on ne peut pas rivaliser avec un article de presse sur 2 colonnes ; on est forcément plus superficiel, obligé d'occulter certains détails.

Et le stress, est-ce important chez un présentateur ?

Le stress fait partie de la vie de tout journaliste, qu'il soit ou non à l'antenne. Ce n'est pas si simple de partir en reportage sur un sujet qu'on connaît depuis 2 heures et d'en revenir avec une séquence complète et exacte pour le journal qui suit. C'est une sacrée gestion. Pour un présentateur, c'est différent. Tout d'abord, il faut apprendre à regarder la caméra et ne pas voir ce qu'il y a derrière. Ensuite, il faut arriver à intégrer tout le stress de l'information qui est en train de se faire quelques minutes avant le journal (voire pendant qu'on est sur antenne). Je ne suis pas stressé dans la vie de tous les jours et cela m'aide dans mon travail. Une personne qui est quotidiennement soumise au stress dans sa vie privée, par exemple, risque fort de ne pas présenter le journal dans des conditions optimales.

Auriez-vous un conseil à donner ?

Le futur journaliste doit savoir à quoi il s’engage avant même de commencer ses études. Il faut être curieux de tout et avoir la certitude d'être intéressé par l'information en tant que telle et pas seulement par la communication ou l'image. Ce n’est pas la peine de vouloir faire ce métier si vous n’arrivez pas à lire le journal… 

Auriez-vous une anecdote à raconter ?

Un samedi, vers 15h30, alors que j’étais journaliste à la rédaction bruxelloise de la RTBf, je reçois un coup de fil du JT : on me demande de présenter le Journal de 23 heures parce qu’il n’y a  personne d’autre pour le faire ! Je ne me sentais pas suffisamment à l’aise avec l’actualité internationale, je n’avais jamais fait d’antenne en direct et j’ai donc refusé. Trois heures plus tard, la même personne me rappelait en insistant ; personne d’autre n’était libre. Le soir même, je présentais le dernier journal au pied levé. Apparemment, cela s'est bien passé puisque j'ai continué.

Quels sont les aspects positifs et négatifs de votre fonction ?

Le côté positif est qu’il y a une grande variété de fonctions. Par contre, les horaires sont farfelus, les salaires bas et le stress est très présent.


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SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.