Thierry De Vincenzo, Maître - nageur

Interview réalisée en mai 2010

Thierry De Vincenzo, maître-nageur au Complexe sportif Poséidon depuis 12 ans


En quoi consiste votre activité au quotidien ?

Je surveille le bassin de natation et les gens qui nagent. J’interviens en cas de besoin, à différents niveaux. Les accidents sont rares, heureusement. Je donne des conseils de natation. J’explique aussi aux gens comment ça fonctionne, ce qu’on peut faire ou pas. Par exemple, si je remarque que quelqu’un qui ne semble pas bien nager se dirige vers la grande profondeur, je le préviens du danger. Quand quelqu’un mange ou fume autour du bassin ou porte un bermuda, je le rappelle à l’ordre. Je suis le garant de la sécurité au sens large. Je donne aussi des cours, individuels et collectifs à tout type de public, des plus jeunes aux plus âgés. 

En fait, ma fonction de maître-nageur implique la surveillance. Enseigner la natation représente une activité complémentaire. Quant aux cours de natation aux écoles, ils sont en principe donnés par des professeurs de gymnastique et non par des maîtres-nageurs. Certains de mes collègues proposent aussi des activités spécifiques : aquagym,  accoutumance à l’eau, bébés nageurs. Chacun a sa spécialité. Aucun diplôme n’est requis pour donner ces cours, mais il existe des formations spécifiques. 

J’ai parfois quelques tâches administratives. Par exemple, lorsqu’il y a un dégât dans la piscine, je dois rédiger un rapport. Je suis aussi responsable de l’entretien du bassin. Je nettoie les zones irriguées, les rigoles… Je dois éviter les formations de calcaire sur les bords du bassin. J’arrose les contours de la piscine et les allées. Les autres travaux d’entretien sont effectués par des techniciens.

Je peux rester assis ou me promener autour du bassin. Je dois avoir une vue globale de la piscine. Au début, on ne voit pas tout, puis, au fur et à mesure, on perçoit des détails, même s’il y a beaucoup de monde. Nous sommes toujours deux, et en été, nous sommes trois ou quatre. Un maître-nageur ne travaille jamais seul.

Quelles sont les qualités nécessaires pour exercer votre profession ?

Il faut avoir un bon sens de l’observation, beaucoup de sang froid et savoir prendre des décisions rapidement en cas de problème. Il faut aussi être souriant et accueillant, avoir une certaine facilité à entrer en contact avec tous types de personnes. Il faut aimer le sport, surtout la natation.

Quels sont les avantages et les inconvénients de votre métier ?

Le premier avantage, c’est la température. Il fait 30°C sur mon lieu de travail ! Et puis, les gens viennent ici pour le bien-être, ils se sentent bien. Ce n’est pas un milieu où il faut assurer une certaine rentabilité. Bien-sûr, il faut être prêt à intervenir en cas d’accident, mais c’est rare. C’est un univers de travail moins stressant qu’un autre.

Les inconvénients, c’est le bruit, la lumière et l’humidité. Il est parfois difficile de rester vigilant dans une atmosphère aussi chaude et humide. Et comme le bassin donne sur une grande baie vitrée, la luminosité est intense. Le rayonnement solaire est très fatigant. On porte des lunettes solaires en permanence pour avoir une vue acceptable et, parfois des boules Quiès pour reposer nos oreilles. Et puis, je trouve que le manque de vigilance des gens est parfois difficile à supporter.

Quel est l’horaire de travail ?

Je travaille 6h30 par jour. Au-delà, je risquerais de ne plus avoir la même faculté d’attention. Mes horaires sont flexibles. Je suis parfois présent les jours fériés et le dimanche, mais c’est exceptionnel. Je travaille un demi-jour tous les samedis. Tout dépend de l’horaire convenu avec la direction.

Quelles études avez-vous faites pour accéder à votre profession ?

J’ai suivi la formation de l’ADEPS. J’y ai appris le secourisme : les premières interventions en cas de plaie, de fracture, d’entorse et la réanimation cardio-pulmonaire. Je sais oxygéner une personne et travailler avec un défibrillateur. Une partie de l’apprentissage est pratique. J’ai eu des cours en bassin. Il faut savoir aller chercher quelqu’un dans le fond de la piscine, le remorquer et le sortir de l’eau sans lui occasionner de dégâts supplémentaires. Cette formation dure six mois à raison d’un jour par semaine. L’examen d’entrée porte sur le niveau de natation. Il ne faut pas être un grand compétiteur, mais avoir l’habitude de nager. Chaque année, nous avons un recyclage en secourisme et en natation.

Quel a été votre parcours professionnel ?

Au départ, j’étais boulanger-pâtissier. J’ai aussi travaillé dans divers domaines comme l’automobile et la construction. Ensuite, j’ai suivi la formation de maître-nageur. J’ai alors fait des extras dans différentes piscines avant d’être engagé ici, voilà 10 ans. 

Pourquoi avez-vous choisi ce métier ?

J’ai eu envie de sortir des secteurs « habituels ». Je voulais avoir des contacts avec les gens. J’ai toujours aimé le sport et particulièrement la natation. 

Que diriez-vous à un jeune qui souhaite se lancer dans cette voie ?

C’est une bonne idée ! Il a des chances de trouver un emploi rapidement. J’ai été contacté par un employeur dans l’heure qui a suivi la fin de mes études. Je lui conseille aussi de faire autre chose à côté, comme des cours de sport. Surveiller à longueur de journée, cela peut devenir lassant après un certain temps. 

Avez-vous une anecdote à raconter ?

Un jour, un client était installé avec son labrador, en terrasse. Le chien n’était pas attaché. Attiré par l’eau, il a sauté par-dessus la barrière et s’est retrouvé dans le petit bassin. Ca n’a pas été facile mais nous avons réussi à le rattraper rapidement.

Une autre fois, une élève d’une classe, en train de se changer, a voulu faire une blague à son voisin. Il a escaladé la paroi en verre qui sépare les deux cabines mais cette dernière s’est brisée et l’enfant s’est retrouvé avec la jambe à moitié coupée. Il se traînait vers la douche lorsque nous l’avons aperçu. Nous nous sommes précipités pour le secourir. Comme la coupure avait l’air profonde et qu’une artère était peut-être sectionnée, un de mes collègues est allé chercher l’équipement pour oxygéner l’élève. L’enfant, le masque sur la tête, devenait tout blanc. En fait, mon collègue n’avait pas remarqué que le masque n’était pas raccordé à la bouteille d’oxygène. Le pauvre respirait donc son CO2. Heureusement, tout s’est bien terminé.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.