Thomas Lecomte, Monteur

Interview réalisée en juillet 2010

Thomas Lecomte a participé à de nombreux projets en tant que monteur pour le cinéma, la télé, le web mais aussi la publicité.

 

Quelle est votre formation?

J’ai suivi mes humanités au lycée Martin V à Louvain-la-Neuve. A partir de la 4e année, j’ai choisi une option artistique dans laquelle on avait 9h de cours à la fois pratiques (dessin, peinture, etc.) et plus théoriques comme histoire de l’art, histoire de la musique, etc. Ensuite, j’ai fait deux écoles de cinéma. En sortant des humanités, j’ai commencé par l’INRACI à Bruxelles dans la section cinéma pendant 3 ans puis j’ai passé l’examen d’entrée à l’INSAS en section montage où je suis resté 3 ans également.

 

Selon vous, faut-il absolument suivre une formation spécifique pour devenir monteur? Peut-on apprendre le métier sur le terrain?

Pour être engagé, c’est mieux d’avoir le diplôme et de s’être spécialisé dans la technique. Cela sous-entend qu’on s’est particulièrement intéressé au métier que l’on souhaite exercer et c’est un atout important. Mais concrètement, c’est sur le terrain qu’on expérimente le montage et qu’on apprend encore puisque chaque montage est différent selon le projet. On n’apprend pas de recettes toutes faites qu’on applique ensuite. J’aurais très bien pu m’arrêter après l’INRACI et apprendre mon métier de monteur par la suite.

 

Quel est votre parcours professionnel?

Après l’INRACI, j’ai participé à plusieurs projets en tant qu’étudiant. Je faisais déjà des montages ici à Canal C et sur d’autres productions externes. Pendant que je suivais les cours à l’INSAS et après mon cursus, j’ai continué à faire des petits projets, toujours en tant qu’étudiant. Il faut savoir que c’est souvent via le bouche-à-oreille qu’on prend connaissance des projets. Ce n’était pas suffisant pour en vivre donc je me suis inscrit comme demandeur d’emploi. J’avais de temps en temps des projets mais ce n’était pas une situation stable financièrement. Cependant, cela m’a permis de toucher un peu à tout.

Ensuite, j’ai eu un contrat de remplacement chez TV COM, la télé locale du Brabant wallon où je suis resté six mois. J’étais monteur mais uniquement sur les news, pour l’actualité. J’ai ensuite été engagé par Canal C pendant dix mois suite à une succession de CDD, pour des projets bien précis: des reportages plus longs, plus écrits avec plus de travail de montage, des émissions, des pubs… Je suis également passé par Smart qui me permettait de faire des petits contrats complémentaires. J’ai toujours

été engagé en tant qu’employé, pour des CDD et pas en tant qu’indépendant car je n’avais pas le carnet d’adresses nécessaire pour me lancer seul dès le début. Aujourd’hui, je travaille toujours pour Canal C après être à nouveau passé par TV COM pour un autre projet. A présent, j’espère quand même trouver un contrat fixe dans une boite avec un temps de travail (mi-temps ou 4/5) qui me permettrait de continuer à faire des petits projets à côté.

 

Sur quels types de projets avez-vous déjà travaillé?

J’ai travaillé sur des documentaires, des clips vidéo, une série pour le web réalisée par Alain Berliner, des publicités, sur le making-of de «Oscar et la Dame Rose» d’Eric-Emmanuel Schmitt…

 

Concrètement, en quoi consiste votre travail? Comment s’organise-t-il?

Cela varie un peu selon les projets. Grosso modo, le travail consiste en l’acquisition de la matière tournée (du son, des images…) sur différents supports. A l’ère du numérique, cela veut dire que l’on va numériser la matière. Il faut donc rentrer tout ça dans un ordinateur pour faire le montage, le travail d’assemblage. Je compare toujours cela à un puzzle: on a toutes les pièces et il faut tout monter pour que cela donne quelque chose. Mon travail va donc être de trier la matière numérisée et de commencer par faire une structure, souvent selon la structure qui a déjà été mise sur papier au préalable. Avec les images, je cherche donc à voir si ce qui a été mis sur papier est possible ou non. En fonction des projets, ce n’est pas toujours écrit de façon très précise. A ce stade, il y a alors une nouvelle écriture. On voit ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas et comment agencer les différents éléments tournés dans le but de raconter quelque chose. C’est un travail qui se fait par étape. On fait d’abord une structure assez large, basique avec une pré-sélection des plans que l’on appelle «ours», à partir de laquelle on va retravailler, redécouper et redéplacer les plans, etc.

 

Travaillez-vous seul?

Dans toute la partie numérisation, acquisition de la matière, le monteur travaille généralement seul. Sur des grosses productions, il y a parfois des assistants au montage qui s’en occupent. Une fois que cette matière est dans la machine, au moment du montage, on travaille toujours en lien avec le réalisateur ou avec le journaliste. Il y a un échange d’idées pour arriver à un résultat qui fonctionne et qui plaise.

 

Est-ce que vous intervenez uniquement d’un point de vue technique ou y a-t-il aussi une part de créativité dans votre travail?

Tout dépend des projets et des personnes avec lesquelles on travaille. Dans certains projets, le monteur est juste un «presse bouton», une main technique qui suit ce qu’on lui dit de faire. C’est souvent le cas en publicité par exemple. Sinon, on dit souvent que le monteur est le premier spectateur des images. Il n’a pas été au tournage, il a un regard frais par rapport à la matière, à ce qui a été tourné et donc, il dit assez rapidement au réalisateur ou au journaliste si ça fonctionne ou pas, s’il comprend ou pas. C’est assez juste car il ne connait le projet que par les images. Il va donc avoir un regard de spectateur. A lui aussi de trouver des solutions pour que ce que le réalisateur veut raconter fonctionne. Il peut aussi proposer des choses au niveau artistique, intervenir dans le style de montage par exemple.

 

Quelles sont les qualités requises pour devenir monteur?

Il faut être sensible aux images et aux sons, ça me parait évident. Il faut avoir un esprit d’analyse. On parle aussi beaucoup de diplomatie chez le monteur et cela est lié au fait qu’il rencontre des personnes avec des caractères différents avec lesquels il doit composer! On doit s’adapter au point de vue de chacun et il y a un réel travail de dialogue avec le réalisateur. Il faut aussi une grande patience et de la persévérance. Le montage ne se fait pas d’un seul coup, on repasse plusieurs fois dessus pour arriver au résultat final.

 

Qu’est-ce que vous appréciez le plus dans votre travail? Le moins?

Selon les projets, j’aime voir que cela fonctionne et qu’on a trouvé le bon arrangement des images et des sons au départ de la matière «brute». On voit que ça a donné un résultat auquel on ne s’attend pas toujours. On a déterminé le rythme, la respiration du résultat final…on se sent véritablement créateur! J’aime aussi les rencontres enrichissantes que l’on est amené à faire. Par contre, j’apprécie moins les problèmes techniques (logiciels, ordinateurs, etc .) qui freinent parfois l’aspect créatif du métier.

On doit aussi parfois se formater, respecter une durée déterminée. Cela peut amener de la frustration car on a l’impression qu’on manque de temps et qu’on aurait pu faire encore mieux au niveau du montage. Mais si on ne s’arrête pas et qu’on modifie sans cesse le montage, on n’a jamais fini et on peut le faire à l’infini. C’est surtout le cas en télé car en cinéma, on a une plus grande liberté au niveau de la durée du film, même si cela coutera plus cher!

 

Qu’est-ce qui vous a attiré vers ce métier?

J’aimais regarder des films et j’ai voulu savoir comment ça marche, comment ça fonctionne, comment c’est fabriqué. Et puis, la caméra - vidéo familiale a permis de s’amuser en famille. On peut faire des films, souvent ridicules et maladroits, mais c’est un début. Mes premiers montages sont des films de famille où je filmais avec une caméra et puis je mettais tout sur ordinateur. J’ai alors commencé à découper, à rassembler des morceaux…Je me suis rendu compte qu’on pouvait raconter une histoire avec des images, des sons et y ajouter de la musique.

 

Quels sont les conseils que vous pourriez donner à un jeune qui souhaite se lancer dans le métier?

Je dirais qu’il faut choisir une direction: le cinéma ou la télévision. Pour ma part, j’aime tous les types de montages (reportage télé, fiction, documentaire…) mais c’est un piège car je ne me suis donc jamais perfectionné dans un type bien précis. Cependant, il ne faut pas non plus se faire trop d’illusions par rapport au cinéma, en tout cas en Belgique. Il faut peut-être passer par un parcours moins défini et travailler dans d’autres filières pour y arriver. Il faut savoir aussi qu’en cinéma, il faut souvent faire 7 ou 8 ans d’assistanat montage avant de se voir confier un montage de long - métrage. Il faut donc énormément de patience et de persévérance. Moi-même, je me suis éloigné du cinéma pour faire des montages en fonction des gens que je rencontre et des types de projets.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.