Valérie,
Infirmière en chef dans un service qui accueille des patients psychotiques en crise

Interview réalisée en janvier 2019

Pouvez-vous retracer en quelques lignes votre parcours professionnel ? 

Je travaille depuis l'âge de 22 ans. Cela fait 14 ans que je travaille pour ISOSL en psychiatrie. De septembre 2004 à mars 2012, j'ai travaillé dans un service aigu avec tous types de pathologies psychiatriques : troubles alimentaires, psychoses, troubles de l’humeur, abus d'alcool ou de drogues…

En 2012 jusqu'en juin 2018, j'ai intégré un service de psychologie médicale destiné à l'accueil des patients confrontés à une première hospitalisation en psychiatrie.  La prise en charge était tout à fait différente par rapport à un service « traditionnel » de psychiatrie et au début, la distance thérapeutique était plus difficile à maintenir.

Parallèlement, j'ai suivi des cours de spécialisation cadre de santé. Depuis juillet 2018, j'occupe la fonction d'infirmière en chef dans un service d'accueil pour patients psychotiques en crise.

Pourquoi avoir choisi le métier d’infirmière et le secteur psychiatrique en particulier ?

J'ai toujours aimé les sciences.  Au départ, je voulais étudier la biologie à l'Université mais je n'étais pas douée en chimie et en physique. Mes profs m'ont conseillé les études en soins infirmiers parce qu'il y avait des cours de biologie et d’anatomie. Je m'y suis lancée sans bien savoir ce que cela impliquait, à savoir le travail à pauses et les horaires irréguliers.

Le stage de 2e en psychiatrie a été une révélation pour moi. J'ai apprécié la dimension humaine, le fait de prendre le temps et de pouvoir avancer au rythme du patient. C'était tout l'inverse des autres stages en médecine et chirurgie. C'est à ce moment-là que j'ai su que je voulais travailler en psychiatrie.

Pouvez-vous expliquer en quelques mots comment s’organise le Service psychiatrique Cadran ? Quelles sont les pathologies qui y sont traitées ?

Le service Cadran accueille principalement des patients psychotiques en crise. Le service comporte une équipe pluridisciplinaire et le patient rencontre plusieurs professionnels qui vont l'aider à stabiliser sa pathologie psychiatrique et reprendre le cours de sa vie à l'extérieur.

Les soins sont orientés vers différents axes permettant de stabiliser la crise et d'éviter la rechute (les soins de base, le suivi médical psychologique et social, des entretiens avec la famille et les proches, le travail en réseau, les activités thérapeutiques, etc.).

Le service Cadran a par ailleurs développé un projet spécifique pour la prise en charge des jeunes adultes présentant un premier épisode de psychose. Il s'agit du projet « Ecotone ».  Deux voies sont possibles : l'hospitalisation et/ou la prise en charge ambulatoire.

Quelles sont les principales tâches d’un infirmier au sein de ce Service ?

Il y a peu d'actes techniques en psychiatrie. Les infirmiers réalisent le plus souvent des prises de sang, des injections intramusculaires, des soins de plaies et la prise de paramètres.

Le plus souvent, c'est le relationnel qui prime. Les infirmiers réalisent les entretiens référents, les entretiens famille, les consultations médicales, la distribution des traitements, l'animation d'activités thérapeutiques...

Avez-vous aussi des contacts avec les proches des patients ?

Oui, via les entretiens familles organisés avec le psychiatre ou la psychologue : si le référent du patient n'est pas disponible, j'assiste à ces entretiens. Je suis également sollicitée par téléphone par la famille et les proches des patients pour des demandes particulières.

D’après vous, quelles sont les qualités requises pour exercer en tant qu’infirmier en psychiatrie ?

L'écoute active, l'empathie, l'assertivité et le respect sont à mon sens indispensables. Il faut également avoir une communication adaptée et des capacités d'adaptation. Il est également important de pouvoir maintenir la distance thérapeutique.

Quels sont les avantages et les inconvénients de votre profession ?

Le principal inconvénient est lié aux horaires irréguliers qu'impliquent le travail à pauses. Quand on est jeune, on ne se tracasse pas trop mais lorsqu'on arrive à un certain âge, on ne récupère plus de la même manière.  

Nous travaillons également les week-end et les jours fériés, ce qui implique d'avoir des jours de congé en semaine.  Et ça, c'est un avantage : faire ses courses quand il n'y a personne dans les magasins, c'est vraiment agréable.

Vous travaillez depuis 14 ans. Avez-vous pu observer une évolution dans l’exercice de votre métier ?

De manière générale, on nous demande de plus en plus d'administratif. Cela diminue le temps passé auprès des patients. La prise en charge d'un patient varie également selon l'orientation du psychiatre et du psychologue du service. Donner un sens à ce qu'on fait est indispensable pour garder la cohésion d'une équipe et administrer des soins de qualité.

En tant qu’infirmière en chef, gardez-vous un contact avec les patients ou avez-vous un travail principalement administratif ?

Je pense qu'il est important de garder un contact avec les patients. Ils doivent savoir qui vous êtes et ce que vous faites. Je me présente automatiquement à chaque nouvel arrivant. Je reçois également les patients qui demandent à me voir, souvent pour une autorisation spéciale.

J'anime également tous les vendredi matin la réunion bilan avec un membre de l'équipe. Chaque patient explique comment s'est passée sa semaine. J'en profite également pour rappeler certains points du règlement et les règles de la vie en communauté.

Quels conseils donneriez-vous à une personne qui a envie de se lancer dans le milieu ?

On entend souvent dire que le métier d'infirmier est une vocation. Pour moi, c'est la vérité. Il faut pouvoir prendre soin des autres lorsqu'ils sont vulnérables. Cela implique d'être bienveillant et rassurant et aussi de gérer son stress car il se communique et le patient peut le ressentir.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.