Véronique Carpiaux,
Conservatrice du musée Félicien Rops

Interview réalisée en octobre 2011

Pourriez-vous nous présenter le musée Félicien Rops? Quelles sont ses différentes activités?

Le musée Rops, qui dépend de la Province de Namur, est divisé en deux parties. La première est consacrée aux collections permanentes des œuvres de Rops et la deuxième accueille trois expositions temporaires par an. Les expositions sont choisies en fonction de différents thèmes : le 19e siècle en général, la gravure et tout ce qui tourne autour de l’œuvre de Rops (ses rencontres avec d’autres artistes, par exemple).

Nous proposons également des activités annexes qui concernent aussi bien les collections permanentes que les expositions temporaires. Pour la partie « collections permanentes », nous mettons notamment en place des conférences pendant le temps de midi. En ce qui concerne les expositions temporaires, nous organisons des colloques en collaboration avec des universités belges ou étrangères, des conférences, des visites guidées, des concerts, etc. Nous avons également des programmes éducatifs et des stages. Nous tentons aussi de rendre les œuvres de Rops accessibles aux personnes mal voyantes ou sourdes ainsi qu’aux personnes défavorisées, en prévoyant des visites adaptées et des jours qui leur sont consacrés. Nous publions trois catalogues de créations par an.

Environ une fois tous les trois ans, nous organisons une exposition Rops à l’étranger afin de promouvoir son œuvre. Nous sommes déjà allés au Japon, au Québec et un peu partout en Europe.

Concrètement, quelles sont vos différentes missions au sein du musée?

 

Je m’occupe surtout des projets d’expositions temporaires. Mon adjointe est quant à elle chargée du service éducatif.

Comme dans toutes les institutions muséales, nous travaillons dans le respect des quatre grands piliers qui ont été déterminés par l’ICOM, le Conseil International des Musées. Il s’agit de trouver un équilibre entre l’éducation (organisation et suivi des programmes éducatifs), l’acquisition et la conservation (réaliser un inventaire informatisé, être à l’affut de nouvelles acquisitions), la promotion (faire connaitre le musée à travers les colloques, dans les magazines, etc.) et la recherche. Je suis donc chargée de vérifier le respect de ces piliers au sein du musée Rops.

Enfin, je gère aussi toute la partie administrative du musée (gestion des ressources humaines, dossiers pour défendre les projets, demandes de subsides, etc.). 

Quel est votre parcours?

Je suis licenciée en philologie romane. Je suis aussi diplômée en anthropologie et études asiatiques. J’ai également passé mon agrégation pour enseigner. J’ai d’ailleurs commencé par enseigner le français en Angleterre. J’avais entendu que le musée Rops cherchait un scientifique chargé de l’édition de la correspondance de l’artiste. Pour mon mémoire, j’avais déjà travaillé sur les lettres de Christian Dotremont. Je connaissais donc déjà bien la Bibliothèque royale et les personnes chargées des collections de lettres, etc. Et j’ai donc commencé par cette fonction, à mi-temps. Je suis rapidement devenue l’adjointe de la conservatrice et lorsque cette dernière est partie en 2006, j’ai postulé et j’ai repris sa place.

Comment choisissez-vous les thèmes des expositions?

 

Il y a plusieurs possibilités. Soit un commissaire nous propose de travailler sur une thématique en particulier ; soit, au fur et à mesure de nos recherches et de nos lectures, nous nous rendons compte qu’il faudrait peut-être approfondir telle ou telle thématique. 

Nous présentons alors les projets à la commission de sélection des expositions temporaires qui accepte ou non. Ces projets d’expositions font partie d’un plan triennal qui programme les différentes expositions pour les trois années à venir. Nous travaillons donc deux à trois ans à l’avance sur une exposition qui, parfois, n’est pas retenue.

Une fois le projet accepté, nous effectuons des recherches, nous lisons, nous faisons appel à des collectionneurs privés, à des musées, des universités, etc. pour sélectionner les objets.

Vous coordonnez également les expositions prévues pour l'étranger? 

Oui, ce sont souvent les musées étrangers qui nous contactent car ils veulent organiser une exposition sur Rops. En fonction du thème qu’ils veulent aborder, je procède à une sélection d’œuvres. Je veille à ce que le transport se déroule bien et à ce que les œuvres arrivent intactes.

Qu'est-ce qui vous attire dans ce domaine?

J’aime la variété du travail. J’ai vraiment pu approfondir ma connaissance, me spécialiser dans l’œuvre de Rops et le 19e siècle qui est une époque intéressante. Les expositions temporaires me permettent aussi de m’intéresser à d’autres artistes (contemporains ou non) et de pratiquer une certaine ouverture par rapport aux autres disciplines artistiques.

Votre musée est-il concerné par la numérisation des oeuvres dont on parle de plus en plus?

Oui, bien sur. Grâce à un programme spécifique, nous sommes en train de réaliser des inventaires informatisés des œuvres à partir de fiches situées dans des bases de données Excel ou manuscrites. Une collègue restauratrice se charge aussi de numériser les gravures de Rops afin de pouvoir envoyer facilement une image numérique lorsqu’on nous le demande. Parallèlement à cela, nous avons lancé un nouveau site internet sur lequel sera publiée la correspondance de Rops (scannée ou retranscrite), à l’attention des chercheurs ou des amateurs. Cette numérisation est assurée par une historienne de l’art. Cette démarche fait partie de la préservation du patrimoine et elle permet surtout de ne plus devoir manipuler les lettres.

D'après vous, quelles sont les qualités à posséder pour devenir conservateur?

Il faut une certaine polyvalence et être résistant au stress. Il faut pouvoir s’exprimer oralement mais également posséder de bonnes capacités rédactionnelles. Il faut une certaine motivation, être passionné par le sujet et transmettre cet intérêt à travers les projets que l’on porte.

Qu'est-ce que vous appréciez le plus et le moins dans votre travail?

J’aime beaucoup la découverte, la succession de projets différents et les rencontres. J’aime moins la pression, le stress, le respect du timing ainsi que la responsabilité que l’on endosse lorsque l’on se charge de conserver des œuvres.

Quels sont les conseils que vous donneriez à un jeune qui voudrait exercer ce métier?

S’intéresser aux matières culturelles, aller visiter des musées, s’intéresser aux catalogues, aux scénographies et développer un esprit critique par rapport à ce qui est montré.

 

 

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.