Véronique Goosse,
Logisticienne à l’Institut de Zoologie de l’Université de Liège

Interview réalisée en octobre 2014

Véronique Goosse, Docteur en sciences, Logisticienne à l’Institut de Zoologie de l’Université de Liège

Si vous deviez définir la biologie en quelques mots ?

Il s’agit de l’étude du monde vivant, des organismes vivants en interaction avec leur environnement. Cela peut concerner des êtres entiers, comme des animaux ou des plantes et aller jusqu’aux cellules et même aux molécules.

Quel est le rôle du biologiste ?

Etudier les organismes, informer sur ceux-ci et leur position dans l’environnement et veiller à conserver la biodiversité.

Quel a été votre parcours scolaire et professionnel ?

J’ai fait des études secondaires avec des options latin-sciences, j’ai ensuite étudié la biologie à l’Université de Liège. C’est un peu par élimination que j’ai choisi, c’est le cours qui me plaisait le plus à partir de ma cinquième secondaire. La biologie m’intéressait plus que les autres sciences. A l’époque, ces études duraient quatre ans : deux années de candidature suivies de deux années de licence[1]. J’ai choisi la licence en zoologie, après avoir hésité entre zoologie et botanique. J’ai fait un doctorat suite à mon mémoire de fin de licence. N’ayant pas obtenu de bourse immédiatement, j’ai travaillé bénévolement durant les deux premières années. J’ai été engagée à mi-temps comme assistante à l’ULg et j’ai également travaillé à mi-temps à la Maison de la Science. J’y faisais de la vulgarisation scientifique pour les élèves des écoles primaires et secondaires, avant d’obtenir un poste d’assistante à temps plein à l’Université. Après mon doctorat, j’ai continué mes recherches pendant deux ans. J’étudiais la morphologie fonctionnelle de reptiles, de lézards plus particulièrement. C’était de l’herpétologie[2] et plus particulièrement de l’étude de l’anatomie et des mouvements des lézards. Ma carrière s’est interrompue durant un an, période durant laquelle je me suis occupée de mes deux jeunes enfants. Après, j’ai travaillé durant une année dans l’évènementiel pour la réalisation d’une exposition appelée Electralis[3]. Je suis un peu sortie de mon secteur, puisque cela parlait plutôt de science physique. J’ai souhaité revenir à l’Université pour encadrer les travaux pratiques en biologie, c’est ce qui m’intéressait le plus. J’ai été à nouveau engagée comme assistante, pour les travaux pratiques de botanique. Etant zoologiste, j’ai dû me reformer en botanique, avec l’aide de mes collègues. Cela m’a permis de postuler pour mon poste actuel, que j’occupe depuis neuf ans : logisticienne.

En quoi consiste votre fonction actuelle ? Qu’est-ce qu’une logisticienne ?

Je n’effectue plus de recherche, ni fondamentale ni appliquée. Je m’occupe essentiellement de l’organisation, de l’encadrement et de l’enseignement de la biologie dans la première année de bachelier en sciences (toutes sciences confondues) mais aussi en médecine vétérinaire. Mon rôle est d’organiser les travaux pratiques de biologie, qui sont en relation avec des cours théoriques donnés par les professeurs. J’encadre 700 étudiants en première année pour les Facultés de Sciences et de Médecine Vétérinaire. La Faculté de Médecine utilise également notre salle de travaux pratiques mais ce n’est pas moi qui me charge d’encadrer leurs étudiants. Je travaille en collaboration avec les professeurs pour organiser les horaires et les matières des travaux pratiques. Au niveau logistique, je m’occupe également des horaires d’examens. J’organise et je participe à l’encadrement de stages de terrain pour les étudiants des années supérieures en biologie (deuxième et troisième années de bachelier en sciences biologiques et première année de master en biologie des organismes et écologie).

Dans quels lieux effectuez-vous votre métier ?

En dehors des réunions et du travail administratif, principalement dans la grande salle de travaux pratiques située à l’Institut de Zoologie (bâtiment où se trouve l’Aquarium de Liège). Cette vaste salle est équipée de microscopes (un pour chaque étudiant) et annexée d’un laboratoire de préparation. Les stages de terrain se déroulent en Belgique et à l’étranger, en Bretagne principalement. Ma formation complémentaire en botanique m’a permis de participer à ces stages car il y a beaucoup moins de spécialistes de botanique que de zoologie. Les stages de troisième année de bachelier et de première année de master se déroulent dans des stations biologiques à Paimpont et à Roscoff. En deuxième année de bachelier, c’est nous qui organisons tout dans une auberge de jeunesse.

Travaillez-vous toujours en équipe ?

Toujours en équipe ! Avec les techniciens de laboratoire, avec les professeurs, sur le terrain lors de stages. L’équipe de base est assez réduite. La structure dans laquelle je travaille s’appelle collectif des enseignements de biologie en bachelier (premier cycle). Il y a deux logisticiens, un directeur et trois techniciens de laboratoire. Mais l’équipe est plus étendue car beaucoup de scientifiques, des assistants provenant d’autres laboratoires, prennent en charge certaines séances de travaux pratiques et participent à l’encadrement. Mon travail consiste donc à aller chercher les personnes les plus compétentes pour chaque domaine. Je recrute des spécialistes pour faire des exposés introductifs mais aussi pour encadrer les travaux pratiques. Il faut au moins deux ou trois scientifiques dans la salle, et il y a également des élèves moniteurs en plus. Ce sont des étudiants des années supérieures qui aident à l’encadrement des étudiants de première année.

Pourriez-vous me décrire une journée type ?

Cela dépend des périodes de l’année. Pendant les périodes de cours et de travaux pratiques, la journée est divisée en deux. Une demi-journée est consacrée à la préparation des séances et à la gestion administrative : je réalise des PowerPoint et des guides. Puis l’autre demi-journée consiste à donner et gérer la séance de travaux pratiques. Durant les périodes de stages, il y a également du travail de laboratoire. On part une demi-journée sur le terrain pour observer les organismes et récolter des échantillons. L’autre demi-journée, nous observons ce que nous avons récolté. Quand il n’y a ni cours ni stages, mon travail est plus administratif : prises de contacts avec les collaborateurs, réunions de préparation des séances, etc.

Quels sont vos horaires de travail ?

Ils ne sont pas fixes. Les plages horaires fixes sont les heures de travaux pratiques et les réunions. Le reste du temps, je gère mon horaire comme je le souhaite. C’est un avantage du métier. Certains jours je pars à seize heures, d’autres jours à dix-huit heures passées. On ne compte pas ses heures. Les techniciens doivent parfois rester jusque vingt heures pour ranger et nettoyer la salle et les équipements et parfois recommencent dès le lendemain matin à huit heures pour préparer la salle pour la séance suivante. En contrepartie, ils arrivent plus tard ou repartent plus tôt les jours où il n’y a pas cours. C’est fort variable.

Quels sont les avantages et les inconvénients de votre métier ?

Les points positifs sont la variété des tâches, la flexibilité des horaires, les contacts et l’ambiance avec les collègues et les étudiants, principalement lors des stages de terrain. L’aspect administratif et la gestion des horaires sont des points plus négatifs. C’est parfois un vrai casse-tête de parvenir à faire des horaires pour des centaines d’étudiants, où tout doit se combiner sans se chevaucher.

Quel conseil donneriez-vous à un jeune qui souhaite se lancer dans le métier de biologiste ?

De ne pas se tracasser pour les débouchés. Les jeunes ont parfois tendance à choisir une branche uniquement en fonction de ses débouchés et oublient de choisir ce qu’ils aiment. Je lui dirais : fais ce que tu aimes, si tu aimes la biologie, choisis la biologie. Il faut être conscient que ces études demandent d’être motivé, d’accepter d’étudier aussi beaucoup de mathématiques, de physique et de chimie avant de pouvoir faire uniquement de la biologie.

La biologie est-elle porteuse en termes d’emploi ?

Pas plus que d’autres secteurs scientifiques. C’est assez difficile pour tout le monde en ce moment, en dehors des ingénieurs. Ceux qui veulent vraiment travailler trouvent du travail. J’entends par là les diplômés de biologie qui acceptent de ne pas travailler uniquement dans leur spécialité.

Comment envisagez-vous votre avenir professionnel ?

Je suis vraiment contente du poste que j’occupe. Je ne souhaitais plus faire de recherche. Je voulais vraiment me consacrer à l’enseignement de la pratique. Je n’envisage plus de changer quoi que ce soit.

 

[1] Depuis le décret de Bologne en 2004, la durée des études universitaires en sciences biologiques est de cinq ans : trois années de bachelier de transition suivies de deux années de master.

[2] Science zoologique qui étudie les amphibiens et les reptiles.

[3] Exposition consacrée à l’électricité, organisée au Palais des Sports de Liège en 2001, à l’occasion du 100eme anniversaire de la mort de Zénobe Gramme.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.