Vincent Croisier, Cadreur

Interview réalisée en octobre 2010

Après une formation en photo et un passage par l'hôtellerie, Vincent Croisier est devenu cadreur pour la télévision locale namuroise Canal C. Entre deux reportages, il nous livre les secrets de son métier. 

 

Quel est votre parcours?

J’ai fait l’INRACI en photographie. En sortant, j’ai travaillé pendant deux ans dans une verrerie. Après cela, j’ai travaillé pendant 18 ans dans l’hôtellerie en tant que responsable de salle et économe mais je continuais à me former aux métiers de l’image, notamment au GSARA de Dinant-Philippeville. J’ai aussi suivi des cours du soir en Photoshop, etc. Je suis toujours resté en contact avec tout ce qui avait trait à l’image. Je suis arrivé à Canal C en tant que stagiaire où j’ai travaillé quelques mois à la pige tout en étant écolé par un cadreur. Comme ça fonctionnait bien, j’ai été engagé à temps plein et j’ai reçu deux fois une formation d’un cadreur qui s’appelle Jean-Marie Nicolas.

 

Concrètement, en quoi consiste votre travail? Comment s’organise-t-il?

Le planning de la semaine est affiché avec les tournages qu’on doit réaliser. En général, on arrive vers 9h, on assiste à la réunion de rédaction. On prend connaissance des différents sujets et puis on se répartit les tournages en fonction des affinités entre les journalistes. Pour ma part, comme j’habite Couvin, je ramène aussi des renseignements sur la région et le rédac chef décide de les traiter ou pas. Si c’est le cas, il m’arrive, quand un journaliste n’est pas disponible, de travailler en JRI (Journaliste reporter d’images).

 

Travaillez-vous uniquement sur des tournages?

Non, je fais aussi du plateau pour les émissions en studio. On a aussi des émissions en extérieur comme « La Belle Province » ou le FIFF (Festival International du Film Francophone). On travaille avec un réalisateur dans les deux cas. C’est moins créatif qu’en tournage car en plateau, on suit les consignes d’un réalisateur. En tournage, il faut non seulement posséder des connaissances techniques sur le matériel mais il faut aussi faire preuve de créativité dans l’image. Il ne suffit pas de savoir appuyer sur les boutons et de cadrer les gens, il faut aussi pouvoir raconter une histoire avec ces images.

 

S’agit-il d’un travail d’équipe?

Oui, absolument. En tout cas à Canal C, c’est le cas. Avec le journaliste, on forme un vrai tandem, pendant le tournage mais aussi pendant le montage. Le but, c’est que l’histoire que raconte le journaliste colle avec l’histoire que mes images racontent. Au montage, quand le journaliste a fait ses voix, son texte ou ses interviews, on donne son avis sur les images à montrer à tel ou tel moment car elles collent avec ce qui se dit.

 

Quelles sont les qualités requises pour devenir cadreur-cameraman?

Il faut une bonne condition physique car on transporte du matériel assez lourd (environ 25kg avec la caméra, les pieds, batteries, micros) et le dos en prend un coup. Il faut aussi de l’audace, pouvoir s’imposer parmi les autres cameramen ou photographes présents sur un lieu pour avoir ses images. Il faut être débrouillard. Il faut aussi un oeil artistique, créatif. Il faut aussi pouvoir estimer ce qui est pertinent à montrer ou ce qui ne l’est pas.

 

Quelles sont les évolutions rencontrées dans votre métier?

Il y a bien évidemment les changements de matériel. Avant, la caméra était reliée par un câble à un magnéto. On était donc moins libre dans ses mouvements. Maintenant, on travaille avec des caméscopes, mais c’est toujours aussi lourd à porter! Sur plateau, c’est plus facile puisqu’elles sont sur pied. On est également passé de la SX à la XD, ce qui signifie qu’on ne travaille plus avec des bandes mais avec des disques numériques Blue Ray. On est également passé d’un format 4/3 à un 16/9, en stéréo et haute définition.

 

Qu’est-ce que vous appréciez le plus dans votre travail? Le moins?

J’apprécie la diversité, le fait de ne jamais faire deux fois la même chose. Je rencontre aussi beaucoup de gens. Par contre, j’aime moins le poids du matériel et le salaire qui n’est pas très avantageux malgré les années d’expérience…

 

Quel est l’horaire de travail?

En général, on part en tournage vers 9h30 – 10h mais ça dépend vraiment du reportage. Il arrive qu’on parte plus tôt. Les horaires sont assez variables et il faut être flexible à ce niveau là. Ici, à Canal C, on a quand même une constante et on fonctionne selon un tour de garde pour les soirées. Moi, comme je fais aussi JRI pour Couvin, il m’arrive aussi d’être appelé à minuit car il y a eu un grave accident, par exemple. Dans ces cas là, je prends ma caméra et j’y vais. Je suis disponible 24h/24. Dans les grosses boites, sur d’autres chaines, ils travaillent différemment puisqu’ils ont des horaires fixes, ils récupèrent quand ils travaillent le week-end, etc. Dans le cas des télés locales, c’est différent, elles ne peuvent pas se le permettre financièrement.

 

Quels sont les conseils que vous pourriez donner à un jeune qui souhaite se lancer dans le métier?

Si tu aimes, fais-le! Il faut l’envie, être prêt à donner du temps et avoir le physique. Il ne faut surtout pas faire ce métier pour le salaire, en tout cas dans les télés locales! Je pense qu’il faut aussi un minimum de formation technique (image, photo, cinéma…) mais les ficelles du métier s’apprennent sur le tas.

 

Une anecdote?

Je me souviens qu’on avait rencontré Jean-Pierre Marielle sur le tournage d’un film à Mariembourg. Le journaliste me demande quel âge a Jean-Pierre Marielle et je lui réponds qu’il doit avoir 80 ans! Il s’avère que dans le film, Marielle devait ouvrir la porte d’un train et descendre juste deux marches, regarder à l’extérieur, remonter et puis fermer la porte du train. Le journaliste fait son interview et lui demande si ce n’est pas trop difficile pour lui de faire de telles cascades! Marielle, qui est très sympa, lui a répondu: « Mais enfin, vous me prenez pour qui? Dites tout de suite que je suis trop vieux pour faire ça! ». Et le journaliste s’enfonçait encore plus en lui disant: « Oui mais enfin, à un certain âge, c’est plus difficile de répéter une scène comme ça sept ou huit fois ». Et Marielle de répondre encore: « Espèce de petit con, dites tout de suite que je suis trop vieux! ». Heureusement, il l’a pris au second degré et moi, je pleurais de rire derrière la caméra!

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.