Vincent Dudant,
Journaliste Reporter Free Lance

Journaliste avant tout, Vincent Dudant se définit comme reporter-photographe. Depuis 1986, il sillonne le globe et couvre les principaux événements politiques et sociaux aux quatre coins du monde. Ses reportages se situent généralement en retrait par rapport à l'actualité brûlante et s'attachent principalement à décrire une  situation humaine en apportant un éclairage sur les causes profondes de ces événements.

Pourquoi et comment êtes-vous devenu photojournaliste ?

Je n'emploie jamais le terme photojournaliste [1]. Je préfère le terme de journaliste-photographe, ou encore reporter, ou plus simplement journaliste, puisque j'illustre mes textes écrits avec mes propres photos. Au départ, c'est une passion, le rêve de courir le monde, d'appréhender la planète, d'en découvrir certains aspects. C'est aussi une passion pour l'actualité, l'information, la compréhension des événements mondiaux et finalement, la volonté de l'expliquer en textes et en images. J'avais commencé des études (le droit) que je trouvais fastidieuses. Après un an d'études, j'ai voyagé sac à dos en Amérique du Nord et centrale pendant une année scolaire, en trouvant des petits boulots pour me permettre de continuer mon périple. J'ai trouvé l'expérience extraordinairement enrichissante. C'est alors que j'ai décidé de gagner ma vie en voyageant et plus particulièrement en faisant du journalisme.

Quels sont vos parcours scolaire et professionnel ?

J'ai donc fait une licence en journalisme et communication à l'ULB, que j'ai complétée par une licence spéciale en coopération au développement et par l'agrégation. Je suis aussi titulaire d'un diplôme de l'université de Kiel (Allemagne). Après deux ans comme chargé de recherche dans une institution internationale et une longue maladie, j'ai décidé de devenir journaliste-reporter-photographe. C'était en 1988. J'ai été aidé par les événements en Russie et dans l'Est de l'Europe parce que j'étais un spécialiste de cette région.

En quoi votre travail consiste-t-il ? Comment procédez-vous concrètement depuis le choix d'un sujet jusqu'à sa publication ?

D'une manière générale, je fais du journalisme : je traite de certains événements mondiaux et puis je publie mon travail aussi bien dans des quotidiens que dans des magazines. Certains événements sont très actuels comme au Congo, en Afrique ou encore au Moyen Orient. D'autres sujets sont davantage consacrés à des faits sociaux, déconnectés de l'actualité brûlante, mais qui permettent une compréhension plus profonde de la situation.

Je suis soumis à deux contraintes : le budget et le temps. Pour le reportage, il faut avoir un panel de témoignages qui permettent de faire le tour de la problématique. Quant aux images, elles doivent raconter en image ce que vous racontez en texte. Quant à l'emballage (c'est-à-dire la manière de présenter), il faut avoir un fil rouge, par exemple en suivant un personnage qui évolue dans la situation que vous décrivez et qui la fait découvrir au lecteur.

Quel est votre statut  et pour qui travaillez-vous ?

Je suis free lance. Les journaux, magazines, agences,... sont mes clients. En réalité, je suis une petite agence de presse unipersonnelle. Mes reportages sont publiés dans de nombreux médias européens ainsi qu'au Canada et au Japon.

Y a-t-il beaucoup de femmes qui exercent ce métier ?

Il y en a, mais très peu.

Votre métier est-il dangereux ?

Il faut savoir évaluer les risques : ce qu'on peut faire ou ne pas faire. Cependant, j'ai été blessé une fois grièvement dans l'ex URSS.

Quels sont les débouchés dans le secteur de la photographie de presse ?

Il y a beaucoup d'appelés et peu d'élus. Le nombre de photo-reporters salariés en Belgique n'excède pas la trentaine. Les vrais indépendants ne doivent pas excéder la dizaine. Quant aux journalistes-reporters qui, comme moi, font de la photo, il y en a moins de dix. Il faut savoir qu'un reportage coûte cher et que le marché belge ne suffit pas à le rentabiliser.

                                                                                                          Les nouvelles technologies ? et plus précisément Internet ? ont-elles des répercussions sur la pratique de votre métier ?

C'est évident. Les nouvelles technologies ont quasiment tué le photographe de presse attaché à un journal, à l'exception des «localiers». Les agences de presse photographiques, grâce à la rapidité d'exécution et de diffusion d'une part et des coûts d'autre part, se sont accaparé l'essentiel du marché. D'un autre côté, je ne pourrais pas fonctionner sans Internet grâce auquel je peux me faire connaître, avoir certaines informations et publier dans le monde.

Quels sont les aspects positifs de votre métier ?

Un enrichissement humain extraordinaire.

Et les aspects négatifs ?

Des conditions de vie matérielles qui ne sont pas à la hauteur des compétences réelles et des énergies mises en ouvre pour réussir ce boulot.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui souhaiterait exercer votre métier ?

J'invite ce jeune à aller au bout de son rêve. C'est possible d'y arriver. Mais au départ qu'il se teste : qu'il fasse un essai avec un bon sujet, une histoire réelle et actuelle qui se passe pas nécessairement loin de chez lui, qu'il mette cette histoire en images et qu'il la commente brièvement. Ensuite, qu'il la propose à des magazines belges. Ainsi, il pourra découvrir ce qu'est le marché et ce que celui-ci veut. C'est fondamental.

Quel est votre meilleur souvenir professionnel ?

Chaque reportage constitue une  magnifique aventure humaine en soi.

www.dudant.com


[1]Le terme de photo-reporter désigne le photographe de presse qui va sur le terrain, généralement loin, pour suivre des manifestations, guerres, soulèvements...) Celui de photo journaliste est plus générique.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.