Vincent Favier,
Chef d'entreprise en construction

Pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?

Mon nom est Favier Vincent. Je suis le dirigeant de plusieurs entreprises de construction.Je suis notamment l'héritier d'une entreprise de la troisième génération. L'ensemble de ces entreprises occupe une centaine de personnes dans une proportion de quatre-vingt ouvriers et une vingtaine d'employés cadres. Nous faisons en terme de CA - tous groupes consolidés - à peu près vingt millions d'euros annuels à l'heure actuelle.

Quel est votre parcours scolaire ? 

J'ai eu un parcours scolaire assez étriqué. J'ai fait mes primaires, commencé mes humanités artistiques et continué sur des humanités techniques. Malheureusement, à l'âge de 19 ans, j'ai perdu mon père. J'ai abandonné mes études, étant appelé à reprendre les rennes de l'entreprise familiale. J'ai complété ma formation par des travaux du cours du soir pendant 1 an. Ensuite, j'ai entamé une formation de gestion à Louvain-la-Neuve qui a durée un an et demi.

Ceci m'a été très utile parce que, en tant que chef d'entreprise, on a besoin de ces compétences. Pour terminer, j'ai effectué des formations privées.

Et qu'en est-il de votre parcours professionnel ? 

En fait, cela fait 30 ans désormais que je travaille dans les entreprises Favier.

D'après vous, quelles sont les principales qualités nécessaires pour faire ce métier ?

Il faut avoir de la patience, être capable de se remettre en question régulièrement et beaucoup écouter les clients, les fournisseurs, l'environnement qu'on a autour de soi. Il faut savoir mener des hommes, des équipes... ça c'est fondamental !

Celui qui n'est pas capable de mener une équipe d'hommes ou de femmes ne doit pas être chef d'entreprise. Il faut aussi du bon sens, et il faut aimer ce genre de métier, qui est quand même, il faut le dire, un métier à risques élevés.

Comment se déroule une journée type ? 

Il n'y en a pas beaucoup parce qu'elle sont toutes différentes. En principe, lever à 6h10 du matin pour partir au boulot à 6h30. La journée démarre à 6h45 à peu près tous les jours. Ça me permet de travailler 1h au calme avant que mes collaborateurs n'arrivent, et puis je travaille sur rendez-vous en clientèle, ou au bureau, quand ce n'est pas sur chantier. Il arrive aussi que j'ai des rendez-vous d'affaires. A midi, c'est l'heure de table. Et l'après-midi est à peu près la même que le matin, c'est-à-dire soit travailler sur chantier, au bureau ou en clientèle. Souvent, je termine ma journée vers 18h30 - 19h00.

Quelles sont vos responsabilités dans cette entreprise ? 

Je suis administrateur délégué de l'entreprise et président du conseil d'administration. Donc, j'ai toutes les responsabilités !

Quel genre d'activités exerce t'on dans votre entreprise ?

Il y a d'abord l'entreprise Favier qui est l'entreprise principale. On y fait de la construction.

Elle est composée de 4 départements :

  • les marchés privés (construction de maisons, petits travaux, ...)
  • les marchés publics (marchés donnés par la commune, la région, le fédéral)
  • les marchés industriels
  • et le travail dans le domaine de l'épuration des eaux (travail qui a duré une dizaine d'années mais qui se termine).

Notre zone d'activité est principalement le Hainaut Occidental, y compris Mons. On travaille aussi jusqu'à Waterloo, aux portes de Bruxelles, un peu dans les Flandres ainsi qu'en France.

Une deuxième entreprise s'appelle FAMECO. C'est une entreprise plus petite qui fait de la menuiserie, le parachèvement et la décoration. Là, il y a une quinzaine de personnes occupées, et le rayon d'action est à peu près le même. On travaille dans le secteur bancaire.

La troisième entreprise est STMC qui est une entreprise créée il y a quatre ans . Elle occupe 15 personnes. Là, on est sur les toits du Hainaut et on travaille donc la tuile, l'ardoise, les membranes et toute la zinguerie.

Il y a une quatrième entreprise qui, elle, occupe peu de monde et qui fait de l'immobilier, conçoit des appartements, des bureaux que l'on construit et que l'on vend.

Une cinquième société qui s'appelle GP, est une société de services qui s'occupe de toute la gestion des différentes entreprises. Elle travaille principalement pour les autres entreprises que je viens de citer, mais aussi pour des entreprises extérieures, en terme de comptabilité, de gestion, etc..

On a également crée une entreprise de coordination de sécurité il y a 4 ans. Une ré-législation dans la construction oblige la tenue sur chantier d'engagements en termes de sécurité et donc, pour contrôler tout ça, on fait appel à des auditeurs neutres extérieurs.

Et enfin, nous avons une entreprise en France qui est plutôt une entreprise boîte aux lettres qui fait la représentation fiscale. Ce qui nous permet de travailler très facilement en France et , à l'heure actuelle, nous avons une belle réalisation sur la rénovation d'un château le long de la Loire, dont nous sommes très fiers.

Quels sont les investissements importants pour une entreprise de ce genre ?

C'est avant tout le capital humain, ce sont les hommes. Quand on veut une équipe performante, il faut de bons éléments. Il faut les trouver, les engager, et les former : c'est le premier capital de l'entreprise. Ensuite viennent les investissements industriels comme les machines, ordinateurs, programmes.. mais c'est plus secondaire.

Le métier a-t-il beaucoup évolué depuis vos débuts ? 

Oui, tout à fait ! Ce n'est plus du tout le même métier qu'il y a 30 ans. A l'heure actuelle, on passe énormément de temps à la gestion, à la recherche de nouveaux produits, de nouveaux clients. Les marchés sont très difficiles donc il faut être très performant. Il faut bien observer la concurrence et voir les nouvelles opportunités du marché.

A quoi êtes-vous attentif en lisant un cv ? 

Sans la construction il y a différents types d’embauches. Il y a des embauches de cadres, d’employés, d’ouvriers. Il est clair que ce sont des présentations tout à fait différentes. En ce qui concerne les employés cadres, la présentation écrite a beaucoup d’importance et il est évident qu’un CV qui est rempli de fautes n’est pas bien perçu. Au niveau ouvrier, on impose au postulant de venir remplir une fiche type parce qu’il faut bien reconnaître qu’un ouvrier a plus de difficultés à s’exprimer par écrit. On les aide avec une fiche à compléter qui définit les compétences techniques mais aussi la personnalité à laquelle on attache beaucoup d’importance. Le bagage technique est une chose, mais la savoir être en est une autre.

Avez-vous un stage durant le cursus ?

Oui et non, je crois qu’il va toujours évoluer, qu’il faudra toujours du logement, des bureaux, des infrastructures, et pour ce faire il faut quand même des entreprises de proximité. Il y a malheureusement l’ouverture de l'Europe qui nous fait très peur parce qu’on met sur le marché des personnes compétentes et qualifiées mais qui viennent avec des salaires tout à fait anormaux et ça, ça risque de casser le marché à l’heure actuelle et fausser les données sociales entre autres.

Pourriez-vous dire quels sont les aspects positifs et négatifs de ce métier ?

Il n’y a que du positif !!

  • D’abord, c’est très  varié, il n’y a pas un jour qui ressemble à l’autre.
  • Ma fonction et mes collaborateurs me permettent d’avoir du temps à réserver à des choses que je préfère.
  • Comme nous sommes indépendants, je peux aussi décider si demain je travaille ou pas, et ça, c’est vraiment une très grande liberté et une très grande responsabilité.
  • De plus,  je trouve que c’est un métier qui est très beau car on traduit en 3D, en concret, de beaux dessins et des plans. Je peux ainsi montrer à mes enfants les maisons, les écoles qu’ont réalisés mes parents et grands-parents, et ça, c’est quand même une très grande richesse.

Bien sûr, comme dans tous les métiers, il y a des points plus difficiles :

  • c’est un métier à risques,
  • il y a des concurrents qui ne sont pas toujours corrects
  • et les règles du jeu ne sont pas toujours bien respectées.

Peut-on dire que la concurrence est un paramètre de difficulté ?

Je suis pour la concurrence à partir du moment où elle est saine, c’est-à-dire que les règles du jeu soient les mêmes pour tous. Or dans ce secteur-ci, les données sont parfois faussées : j’expliquais a l'instant la venue des nouveaux pays européens.

Il y a aussi le système qui est propre à la construction : c’est le système d’adjudication où en fait, c’est toujours le prix le moins cher qui compte. C'est là un mauvais système, sauf dans le privé et chez les industriels. On ne peut pas revendiquer autre chose qu’un prix, on a beau être une bonne entreprise, en marché public, ça ne sert pas à grand chose , c’est d’abord le prix qui compte !

Quel conseil donneriez-vous à un jeune qui voudrait se lancer ? 

D’y aller à fond et de s’engager, de ne pas trop se faire de soucis. De toute façon, quand on aime quelque chose, on ne compte pas.

Maintenant, il faut je pense :

  • une bonne formation,
  • s’entourer de bons collaborateurs,
  • ne pas vouloir aller trop vite,
  • bien réfléchir au secteur dans lequel on veut se lancer,
  • avoir des connaissances parfaites au point de vue technique
  • et ne pas avoir peur de se remettre en question.

Pensez-vous qu'il y ait des débouchés dans ce domaine ?

Il y a tellement de niveaux différents dans ce secteur. Cela va du manœuvre au chef d’entreprise et, OUI, à tous les niveaux il y a de la place. Bien sûr, on pousse de plus en plus la spécialisation, et les hommes de métier. Mais chez nous, on a besoin de comptables, de gestionnaires, d’informaticiens, d’électriciens, de métiers de la main...

Là je pense qu’il y a effectivement de la place pour beaucoup de jeunes. Et aussi - c’est une nouveauté mais qui est très intéressante - pour les femmes dans la construction. De plus en plus,  les femmes vont trouver des métiers aussi bien techniques ou de gestion dans le secteur de la construction. Une bonne décoratrice, ça vaut son pesant d’or, c’est très complémentaire !

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.