Virginie, Accompagnatrice de train

Interview réalisée en juin 2014

Comment êtes-vous devenue accompagnatrice de train ?

C'est après l'obtention de mon certificat d'enseignement secondaire supérieur (CESS), et après une formation en photographie à l'IFAPME, que j'ai pris connaissance d'une vaste campagne de recrutement d'accompagnateurs de train, de conducteurs et de sous-chefs de gare. Je cherchais un emploi stable et la SNCB m'offrait cette possibilité. Après une séance d'information sur le métier d'accompagnateur de train qui m'a convaincue de travailler aux chemins de fer, j'ai posé ma candidature.

Pouvez-vous nous décrire la formation ?

Elle dure un peu plus de quatre mois et est organisée à Namur pour les candidats francophones et à Bruxelles pour les candidats néerlandophones. La condition indispensable pour y avoir accès est le CESS ou un diplôme équivalent. Au préalable, il faut passer différents tests : psychotechniques, néerlandais, entretien de motivation, examen médical. La formation, qui dure environ 20 semaines, comprend trois étapes qui se terminent toujours par des évaluations éliminatoires autorisant ou pas le passage à l'étape suivante. Dès son entrée en formation, le candidat accompagnateur perçoit un salaire. Au cours de ces trois étapes, le candidat-accompagnateur découvrira le métier, les principaux titres de transport du service intérieur, l'usage de l'ordinateur portable, les réglementations, les procédures d'intervention en cas d'accident... En outre, il suit une initiation pratique de plusieurs jours sur le terrain en compagnie d'un coach. L'aspect pratique est fort mis en avant. Le candidat suit d'ailleurs un stage de douze journées durant lequel il assure, en compagnie d’un accompagnateur « mentor », des prestations complètes.

Qu'est-ce qui vous a attirée dans ce métier ?

L'autonomie dans le travail. Et aussi le fait de pouvoir voyager partout en Belgique dans le cadre de son travail.

Comment se déroule concrètement votre travail au quotidien ?

Je suis attachée au dépôt de Tamines qui compte au total 15 agents. Il dépend lui-même du dépôt de Charleroi. Un service (trajet) m'est attribué chaque jour. Je peux d'ailleurs en prendre connaissance plusieurs jours à l'avance. Sur la fiche de service sont donnés divers renseignements tels que le type de train, la composition des voitures, leur nombre, les arrêts et les horaires…

Lorsque le train n'a pas encore roulé de la journée, je procède à une inspection générale : je vérifie l'état général, le bon fonctionnement des portes… Si je constate un problème, j'en avertis aussitôt le service concerné. Si tout est en ordre, je donne le signal de départ au conducteur.

Dans le train, je dois principalement être visible par les voyageurs pour éventuellement répondre à leurs questions. L'idéal est de passer dans chaque voiture toutes les 15 minutes mais ce n'est pas toujours possible. Je contrôle les titres de transport et procède à leur vente lorsque les passagers n'ont pas pu, pour diverses raisons, s'en procurer. En cas d'irrégularités, nous pouvons procéder à un constat pour que le client puisse régulariser sa situation plus tard.

En fin de journée, on revient à son dépôt. Je travaille, selon les jours, de 6 à 9 heures. De temps en temps, les accompagnateurs restent au dépôt en "réserve", pour le cas où ils devraient remplacer un collègue absent. C'est ce que nous appelons le service "Planton".  

Y-a-t-il beaucoup de femmes accompagnatrices ?

Quand j'ai débuté, c'était un métier plutôt masculin. Aujourd'hui, il s'agit de l'une des professions des chemins de fer où l'on retrouve le plus de femmes. Au dépôt de Charleroi, je pense qu'il y a plus ou moins un tiers d'accompagnatrices.

Comment devient-on accompagnateur sur des trains internationaux ?

Une fois que l'on est accompagnateur, on peut passer des épreuves de sélection pour devenir accompagnateur principal. Ce grade permet éventuellement de travailler sur des Thalys et des Eurostars. Actuellement, j'ai entamé la sélection pour devenir instructrice, fonction qui permet non seulement de former les futurs accompagnateurs mais aussi, par exemple, d'établir le planning des accompagnateurs ou encore d'effectuer d'autres tâches plus administratives, soit au dépôt soit au siège central de la SNCB.

Avez-vous déjà été confrontée à des situations tendues avec des voyageurs?

En 15 ans de carrière, je n'ai heureusement jamais été confrontée à de la violence physique. J'ai déjà subi des agressions verbales mais cela en est toujours resté là. Mon tempérament fait que je parviens souvent à désamorcer des problèmes. Je suis parfois confrontée à la colère des voyageurs, notamment lors des retards. Quand cela arrive, même s'il semble tentant de se cacher, il faut au contraire montrer toute notre sollicitude et, dès que l'on a des informations, les communiquer. De même, je n'ai jamais été confrontée à une situation d’accident, tel un suicide ou autre. Lorsque cela arrive, les accompagnateurs peuvent bénéficier de l'aide d'un service psychologique.

Y a-t-il un volet administratif important à ce métier ?

Après chaque service, nous avons un rapport de train à réaliser avec notre ordinateur portable. On y  retrouve la composition du train, on y complète l'occupation approximative, on précise s'il y avait des voyageurs particuliers (groupes, personnes à mobilité réduite…) et d'autres choses encore. Et si un événement imprévu se produit, il est nécessaire de le consigner dans un rapport.

Qu'est-ce qui vous plaît dans votre métier ?

Nous n'effectuons pas les mêmes trajets tous les jours, ce qui est particulièrement chouette. Je suis souvent seule comme accompagnatrice et je dois bien reconnaître que cette autonomie me plaît. Néanmoins, sur certains trains plus longs et plus fréquentés, nous pouvons être deux. Nous changeons de collègues tous les jours et donc les contacts sont diversifiés. Il y a aussi le fait que l'on n'est jamais statique, on est toujours en mouvement. J'apprécie aussi de côtoyer une population variée.

Et quels seraient les côtés moins positifs ?

Les horaires ne sont pas toujours évidents, surtout lorsque l'on a une vie de famille. Parfois on travaille très tôt le matin et d'autres fois très tard le soir. Les horaires changent fréquemment et cela nécessite donc une certaine faculté d'adaptation. Depuis que j'ai commencé ce métier, j'ai ainsi chaque année travaillé soit le jour de Noël, soit le jour du nouvel an. Mais évidemment, travailler à certains moments peut s'avérer intéressant financièrement. Comme on est souvent debout, le métier peut être exigeant physiquement. Enfin, je citerais le fait de travailler par tous les temps, qu'il pleuve, qu'il vente, qu'il neige ou qu'il fasse super chaud. Or, un accompagnateur sort souvent du train lorsque celui-ci est en gare.

Est-ce un métier d'avenir ?

Je le pense, oui. Les prochaines années devraient voir de nombreux départs à la retraite. Des formations sont organisées régulièrement. 

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.