V.V., Monteur

Interview réalisée en septembre 2013

Quel est votre parcours ? 

J’ai obtenu un Baccalauréat en Sciences et Techniques Industrielles, spécialité Electronique, à Lille, puis je suis allé à l’INRACI à Bruxelles. J’ai aussi une certification Apple Final Cut Pro. 
J’ai travaillé pendant 4 mois dans la pub en tant que monteur pour Toyata Europe et j’ai ensuite travaillé en TV pour RTL-TVI et M6 pendant 2 ans et demi. Je suis monteur freelance depuis juin 2013.

Avez-vous suivi une formation particulière pour devenir monteur ? Est-ce obligatoire selon vous ?

A l’INRACI, j’étais dans la section montage. Cependant, ce n'est pas obligatoire de faire des études dans ce secteur pour devenir monteur vidéo. J'ai un ami autodidacte qui, en faisant des petits films seul ou avec ses amis, est devenu monteur professionnel par la suite.
Je connais aussi un infographiste qui a dévié vers le montage avec de la persévérance, en restant tard le soir sur ses montages. Il a progressé en 6 mois de temps et il est maintenant une valeur sûre. Tout est une question de volonté et d'implication.

Pourquoi avoir choisi ce métier ? Qu’est-ce qui vous a attiré ?

Lorsque j’avais 10 ans, j'ai suivi une semaine d'initiation avec un professionnel à l’école primaire où j'ai pu découvrir les différents métiers de l'audiovisuel. Par la suite, j'ai eu des cours en secondaire sur des analyses de films. 
Après mon baccalauréat, il y a 10 ans,  j'ai créé de manière autodidacte une web-tv pour mon club d'échecs et cela m'amusait beaucoup.
Suite à tout cela, j'ai eu envie de devenir monteur vidéo. Je suis donc parti à Bruxelles pour y faire mes études.

En quoi consiste concrètement votre travail ? Les différentes étapes?

Il y a principalement 3 étapes de workflow :
- La digitalisation. On importe la matière dans l'ordinateur à partir de cassettes ou de cartes mémoires. Quand on travaille dans des grosses sociétés TV, ce travail est déjà géré par une personne ou en ciné, par l'assistant-monteur.
- Le montage. On assemble des rushes (la matière vidéo) pour raconter quelque chose. Cela consiste principalement à faire une sélection du contenu et à l'habiller en général par des effets, de la musique, une voix-off, etc.
- L'export. On met la vidéo qui est prête à être diffusée sur une cassette. Ou alors, on exporte différents formats vidéo qui vont aller ensuite sur un DVD, un blueray, au cinéma, sur le web, sur une tablette tactile, etc.

Sur quels types de projets travaillez-vous ? 

J'ai travaillé plusieurs années principalement sur une émission de télé-réalité culinaire. J'avais envie de travailler sur d'autres projets donc j'ai démissionné. Je vais prochainement monter un documentaire tout en faisant du montage corporate (films pour promouvoir des entreprises) à coté.

Quelles sont les compétences techniques et les qualités à posséder ?

Avoir une bonne connaissance des logiciels est indispensable pour être efficace. Il existe pour cela plusieurs moyens. Les logiciels pro proposent souvent une version d'évaluation de 30 jours donc n'importe qui peut se former via des manuels en vente dans le commerce ou via des vidéos tutoriels. En allant dans un centre de formation, en faisant une école de cinéma ou même simplement en découvrant par soi-même le programme.
Il faut se remettre en question constamment et savoir prendre du recul. Ne pas compter (du moins au début) les heures pour arriver au résultat que l'on souhaite obtenir. De la patience lorsqu'on lance les rendus et les exports (les calculs vidéo). 
Je me souviens, à mes débuts, d'un effet vidéo qui m'avait pris une demi-journée. J'avais refait l'effet de « Retour vers le futur » avec la voiture qui disparaissait et qui réapparaissait ailleurs, et cela 2 fois. Au final, ça n'a pas été validé pour la diffusion par le chef-édito car cela sortait trop du format habituel de l'émission. Avec l'expérience, on apprend à se renseigner au préalable si le travail qu'on va faire ne sera pas vain par la suite.
Etre créatif est un plus ! Il y a des monteurs qui n'ont aucun style, qui font des montages basiques, qui mènent leurs petites vies de monteur tranquillement et cela convient parfois très bien dans certains domaines, autant pour le monteur que pour la société qui l'engage. Ensuite, il y a ceux qui prennent des risques en proposant régulièrement de nouvelles choses dans leurs montages. En général, ceux-là sont vite repérés. Cependant, ça n'est pas forcément un atout d'arriver dans une société et de se démarquer directement.

Est-ce un travail d’équipe ?

On peut être amené à travailler avec un journaliste ou un réalisateur, tout comme on peut travailler de façon totalement autonome.

Qu’est-ce que vous appréciez le plus et le moins ? Les avantages et les inconvénients du métier de monteur ?

J'aime travailler sur de belles images et avoir le choix de raconter ce que je souhaite en ayant une flexibilité sur le choix de la matière. L'idéal est d'arriver à un montage final où l'on est satisfait et le client aussi, il n’y pas de modifications à faire et c'est parfait. Par contre, il peut arriver de tomber sur des clients qui ne connaissent rien à la vidéo, qui demandent plein de changements dans des délais trop courts, et c'est parfois difficile de leur expliquer que ça n'est pas faisable.
Un autre inconvénient est de travailler toujours enfermé, parfois dans des petits bureaux où il fait chaud. Il est donc plus agréable d'alterner avec une autre profession l'été, comme le cadre ou la réalisation. Beaucoup de réalisateurs sont des monteurs à la base car le montage est une très bonne école pour réaliser des films.

Quel statut avez-vous ? 

Je travaille via SMART.be, comme si j'étais indépendant. Je choisis mes projets quand je peux me le permettre mais il y a aussi des périodes où il y a peu de travail. C'est le cas en juillet/août donc c'est l'occasion de faire des formations, de prendre un peu de vacances aussi.

Existe-t-il une différence entre le montage en télé et au cinéma ?

On demandera au monteur TV de savoir faire plein d'effets, de monter en musique et de faire toujours des montages dynamiques. Cela afin que le téléspectateur ne zappe pas et ne manque ainsi pas la pub. L'audimat est donc important et parfois, les résultats peuvent être difficiles à encaisser par rapport au travail fourni. Par exemple, je connais une émission qui a demandé beaucoup de travail et qui n'a eu que 1% d'audimat. Cela n'était pas important car il s'agissait d'une émission commandée par le service public, mais cela a du être difficile à encaisser pour les personnes qui ont travaillé dessus.
Etre monteur TV n'est pas très valorisant socialement, surtout quand on voit les émissions poubelles qui polluent de plus en plus les chaînes. D'ailleurs, beaucoup de personnes qui travaillent dans la télévision ne la regardent pour ainsi dire jamais.
Un monteur en cinéma, c'est plus de la réflexion. Moins de connaissances des logiciels sont nécessaires.
Il y a un côté ingrat dans le sens où j'estime qu'un monteur TV nécessite d'avoir davantage de qualifications par rapport à un monteur ciné qui fera principalement du montage cut (sans aucun effet). Pourtant, il est rare qu'un monteur TV se démarque d'un monteur ciné.
Il y a des prix pour les meilleurs montages au cinéma, pas en TV, du moins pas à ma connaissance.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui souhaiterait se lancer ?

Il faut se renseigner sur les dernières nouveautés logiciels, toucher à tout. Regarder des films, des séries, des clips et savoir s'inspirer de ce qui a déjà été fait pour essayer d'innover.
Montrer ensuite ses montages à des pros du milieu, leur demander leur avis et savoir encaisser les critiques pour s'améliorer.
Il faut avoir des horaires flexibles et savoir s'adapter. Vous pouvez être amené à monter le clip d'un groupe connu sur lequel vous prendrez du plaisir à travailler, ne compterez pas vos heures mais vous serez payé en cacahuètes. Et enchaîner ensuite sur un projet plus lucratif comme une pub mais pour du fromage frais…
Rares sont les monteurs qui ne veulent être que des presses-boutons. Il ne faut donc pas avoir peur d'exprimer ses idées à travers ses montages. Ca n'est pas toujours évident au début, mais c'est comme cela qu'on apprend avec le temps à s'améliorer. 
Après, il faut savoir se vendre au travers d'un showreel (une petite vidéo qui montre en résumé vos travaux).
Et surtout, surtout… Avoir un très bon réseau de contacts ! C'est un secteur où les contrats se font principalement grâce au bouche-à-oreille. Et ça, on ne vous l'apprend pas à l'école.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.