Xavier Baillon,
Gestionnaire des flux en production

Interview réalisée en février 2019

Vous exercez une fonction de logisticien en établissement pénitentiaire. En quoi consiste-t-elle ? 

Je travaille pour le Service Public Fédéral Justice et plus exactement auprès de la Direction Générale des Etablissements Pénitentiaires (DG EPI). L’intitulé exact de ma fonction est « Expert technique en logistique ». Cela consiste à assurer la gestion, la coordination et le suivi des tâches confiées aux agents pénitentiaires qui gèrent les différents ateliers occupés par des détenus. Ma fonction implique aussi la responsabilité de toute la logistique mise en œuvre pour la réalisation de ces ateliers. 

Quels types d’ateliers sont organisés dans les établissements pénitentiaires ? 

Les types d’ateliers diffèrent d’un établissement à l’autre. Nous y retrouvons de la menuiserie, forge, couture, emballage, reliure, numérisation, impression, électronique, atelier vélo, etc. A Ittre, mon lieu de travail, nous réalisons principalement de l’emballage et de l’étiquetage.

Quel est votre rôle concrètement ?   

L’accueil des nouveaux agents pénitentiaires et fournisseurs de marchandises, la mise en place de nouvelles procédures de travail, le suivi de l’évolution de la production, la gestion du personnel,  mais aussi la définition du nombre de détenus mis au travail ainsi que l’évaluation des agents. Je m’assure également du contrôle qualité de la production. 

Pourriez-vous donner un exemple concret ? 

Un client me fournit des petits bonbons emballés, des sachets et des étiquettes. Le job confié aux détenus est d’emballer les bonbons, d’étiqueter le sachet et de le fermer. Lorsque ce client est venu pour la première fois, j’ai dû voir avec lui comment nous allions fonctionner, s’il souhaitait une quantité minimale par semaine, s’il avait des contraintes particulières, quelles seraient les procédures de prises de rendez-vous pour l’enlèvement des marchandises, etc. Suite à cela, je l’ai mis en relation avec l’agent responsable de la marchandise et ai expliqué à ce dernier les divers arrangements convenus. En fait, nous fonctionnons le plus possible comme une entreprise privée, avec les aléas d’un établissement pénitentiaire (entrées et sorties contrôlées).

Et plus précisément en quoi consiste ce rôle de suivi de la production ? 

Vérifier les marchandises reçues, expliquer aux détenus le travail, vérifier la qualité du travail et  contacter le client quand la commande est finie.

Etes-vous soumis à une réglementation particulière ?

Le règlement général de prisons, l’Agence Fédérale pour la Sécurité de la Chaîne alimentaire (AFSCA), le Règlement Général pour la Protection du Travail (RGPT), le Règlement général sur les Installations Electriques (RGIE) et l’HACCP, la méthode qui permet d’assurer la sécurité hygiénique des produits alimentaires de manière préventive.

Comment devient-on expert technique logistique auprès d’un Service Public Fédéral ? 

La première promotion d’Expert s’est déroulée en 2015. Celle-ci a été proposée en interne. Comme j’exerçais déjà une autre fonction dans le milieu pénitentiaire, j’ai pu postuler. Pour pouvoir s’inscrire à l’examen, il fallait soit être bachelier soit avoir réussi une épreuve d’accession au niveau B. Cet examen se déroulait au SELOR[1] dans un premier temps pour les épreuves informatisées (général pour toutes les branches) et au siège central de la DG EPI pour les différentes épreuves orales en fonction de la branche choisie (Expert Logistique cuisine, Expert Logistique entretien bâtiment, Expert Logistique régie, Expert surveillance). Pour ma part, je suis « Expert Logistique régie ». En moyenne ce type d’examens a lieu tous les quatre ou cinq ans.

Quelles connaissances faut-il avoir pour exercer votre métier ? 

Il est indispensable de connaître le fonctionnement de la chaîne logistique. Il faut pouvoir identifier et comprendre les rôles de chacun sur la chaine et agir en fonction pour optimiser le processus de travail. Par ailleurs, une base de gestion et comptabilité est importante tout comme les connaissances de base en informatique. Enfin, je citerais aussi des capacités de management pour pouvoir voir gérer efficacement une équipe. 

Quelles difficultés rencontrez-vous dans l’exercice de votre métier ?

Le manque de personnel dans les établissements ne me permet parfois pas d’exploiter tous le potentiel de l’infrastructure de production. C’est parfois frustrant. 

Selon vous, beaucoup d’institutions publiques et ministères recherchent des spécialistes logistiques ?  

La logistique se retrouve dans énormément de secteur. Les formations et études ouvrent de nombreuses portes. Au niveau des établissements pénitentiaires, cela n’est cependant pas très courant, en tous cas actuellement, mais cela devrait l’être à l’avenir. 


[1] Bureau de sélection de l’administration fédérale.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.